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Bouteflika se fâche La Banque mondiale rectifie le tir Le Quotidien d'Oran, 30 juin 2003 Le mécontentement de la présidence de la République provoqué par le contenu du mémorandum de la Banque mondiale, a obligé cette institution à reformuler ses concepts et atténuer de ses critiques vis-à-vis du gouvernement algérien. Des sources crédibles font, en effet, état d’un sérieux mécontentement exprimé à ce sujet particulièrement, par le chef de l’Etat lui-même. Abdelaziz Bouteflika aurait reproché à cette institution de s’immiscer dans les affaires internes de l’Algérie. Il lui aurait fait savoir que le gouvernement gère comme il l’entend et que la Banque n’a pas à lui dicter la manière d’utiliser les ressources financières de l’Etat. La conférence de presse tenue hier à l’hôtel Sofitel d’Alger par l’un des représentants de la Banque mondiale semble, en tout cas, l’avoir été pour corriger «les écarts» contenus dans le mémorandum du 30 avril 2003. Son directeur du département Maghreb, Théodore Ahlers a tenu à dire, à propos du contenu de ce mémorandum élaboré par le président du département Développement de la Banque ainsi que par SFI que: «ce n’est pas une version finale et que celle-ci n’a été finalisée qu’en mai dernier». Pour plus de précisions, il affirmera que «les relations entre l’Algérie et la Banque mondiale sont très bonnes et se sont renforcées ces dernières années». Il confortera ses propos par l’annonce de programmes initiés et soutenus par cette institution à savoir: le CAS (Country assistance strategy), le programme d’appui à la PME en plus d’un appui à l’emploi rural «qui vient d’être signé par notre conseil d’administration». Secondé et appuyé par le représentant de la Banque mondiale en Algérie, Djamel Mostefaï, Théodore Ahlers précisera, au sujet de la mise en oeuvre du CAS, qu’il démarrera à partir de l’année fiscale «qui commence le 1er juillet». Dans le mémorandum, il est dit à propos de ce programme d’appui à l’Algérie que: «les priorités seront examinées après les élections présidentielles de 2004». Mieux encore, on y lit que «le manque d’un consensus national sur un programme de réformes et l’incertitude liée à la prochaine élection présidentielle, limitent les perspectives susceptibles de démontrer des résultats sur le court terme». Pour convaincre plus, la Banque mondiale estime «qu’avec les élections présidentielles de 2004, il y a une incertitude inévitable sur l’exécution soutenue du programme limité des réformes, décrit dans le présent CAS». Hier, le ton de la Banque était tout autre. Les deux représentants ont fermement écarté tout lien entre la mise à exécution du CAS et l’échéance électorale de 2004. «La première année du CAS débute le 1er juillet de cette année, le début de l’année fiscale et il sera évalué à mi-parcours c’est-à-dire la deuxième partie de l’année calendaire, au milieu de 2004 ou au début de 2005», dira Mostefaï qui avait souligné auparavant que la relation entre les deux parties est «de qualité et qu’elle n’a jamais été suspendue». Au-delà de l’appui technique et l’expertise qu’elle se propose d’apporter au gouvernement algérien sur une période allant de 2004 à 2006, la banque indique qu’elle parraine actuellement, au profit de l’Algérie, 14 projets «en cours de réalisation pour une enveloppe de 53 milliards de dinars dont 37 sont disponibles et peuvent être décaissés». Ahlers notera que sur 30 ans, la banque a appuyé en Algérie 73 projets pour un montant de 370 milliards de DA. Considéré comme étant un instrument d’appui à la gestion de la période de transition, le CAS est aujourd’hui prescrit pour «engranger les bénéfices après que l’Algérie ait bien supporté le Plan d’ajustement structurel (PAS)», dit Mostefaï. La Banque demande à l’Algérie pour cela de «libérer les énergies et de poursuivre les réformes structurelles». Ses responsables présents à Alger indiquent qu’il n’y a pas de conditionnalités préalables au CAS comme c’était le cas pour le PAS. «Il faut qu’on se mette d’accord avec le gouvernement algérien sur une stratégie et un programme», disent-ils. Pourtant, il est écrit dans le mémorandum «qu’il sera particulièrement important de veiller à ce qu’il y ait un lien solide aux politiques appuyant l’établissement d’un environnement propice au développement du secteur privé, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté». Un programme que la Banque mondiale veut «très sélectif sur les trois prochaines années, en fonction des demandes et des priorités du gouvernement». Cette sélection, elle la justifie par le fait qu’elle avoue avoir échoué dans sa mission de mener à bien le CAS qu’elle avait initié pour l’année budgétaire 1996. Elle reconnaîtra, en effet, dans ce même mémorandum qu’elle n’a pas réussi dans sa démarche d’accompagnement et de soutien à l’Algérie «en raison du terrorisme et de l’absence d’un consensus social sur l’orientation et la profondeur des réformes structurelles». Elle voulait par ce CAS de 1996 «aider l’Algérie à maintenir le difficile parcours de la stabilisation macro-économique, tout en veillant à atténuer de l’impact social de la crise économique et sociale provoquée par la chute des prix pétroliers et la violence civile». Pour le nouveau CAS, elle veut initier à l’Algérie la manière de bien utiliser ses ressources hydrocarbures «de sorte à ce que tous les citoyens en profitent», à asseoir une croissance durable, à créer des emplois et à lutter contre la pauvreté». Hier, les responsables de l’institution de Bretton Woods ont reconnu publiquement que l’Algérie traîne des difficultés de financement en raison du mauvais fonctionnement de ses banques, un accès difficile au foncier, des barrières administratives «parfois assez fortes», un accès limité à l’information, aux infrastructures en plus «de ses systèmes juridique et judiciaire peu efficaces». Le tout freine considérablement l’investissement privé national et étranger. L’un des trois axes «de la stratégie à venir de la Banque mondiale vise justement à améliorer le climat des affaires», affirme son représentant à Alger. Pour la réalisation du CAS, elle prévoit une enveloppe de 100 millions de dollars. «Si l’Algérie ne bénéficie plus de beaucoup d’argent de la Banque, cela ne signifie pas qu’on réduit de notre présence mais qu’elle a besoin, aujourd’hui, de plus d’assistance technique que d’argent», dira Ahlers. Ghania Oukazi |
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