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AFFAIRE
BCIA
Des
vérités et des scandales annoncés
L'Expression,
16 juillet 2003
«D’autres
affaires autrement plus graves éclateront dans les prochains jours.»
Les récentes
précisions apportées par le P-DG de la Bcia, révélées
au cours d’une conférence de presse, organisée samedi
dernier, au siège de la direction de la banque, ont fait réagir
certains économistes qui ont cru déceler des contre-vérités
qui enfoncent plus qu’elles ne défendent cette institution
bancaire privée. Un cadre de la BEA n’ira pas par trente-six
chemins pour mettre au défi la direction de la Bcia de prouver
qu’elle avait réellement établi les traités
avalisés sur la base de solides garanties apportées par
les clients, aujourd’hui objet d’une interdiction de sortie
du territoire national. Notre source ne manquera pas de préciser
que l’affaire de la Sotrapla, autour de laquelle la Bcia veut bâtir
sa défense, n’est, en fait, que la partie visible de l’iceberg.
«D’autres affaires autrement plus graves éclateront
dans les prochains jours, et je vois mal comment la Bcia pourrait se défendre,
car la Banque d’Algérie a déposé plusieurs
plaintes auprès des tribunaux et non une seule», dira notre
source.
Notre interlocuteur se montrera plus loquace quand il reviendra sur les
garanties déposées au moment de la création de la
Bcia. Pour lui, le montage financier et le dépôt de garantie
ont fait l’objet de manipulation, puisque les biens réservés
comme hypothèque, en cas de faillite de la banque, ne valent pas
50 millions de dinars comme l’exige la loi. «Les estimations
ont été gonflées et, aujourd’hui, la valeur
immobilière des biens de Kharroubi se retrouve démesurément
gonflée», dira notre source qui ne manquera pas de souligner
que la loi sur la monnaie pourrait être un outil infaillible pour
prouver qu’au départ, il y a eu maldonne. Notre source ne
se montrera pas avare en détails techniques pour prouver que la
loi a été bafouée au départ. Il évoquera
ce que les financiers appellent les capitaux appelés. C’est-à-dire
qu’au moment de la capitalisation de l’entreprise, les associés
promettent de verser leur quote-part dans le capital social de la Sarl
ou de l’Eurl. Certains associés n’ont pas tenu cette
promesse. La banque s’est acquittée, par la suite, de cette
obligation en puisant dans les dépôts des clients. Cette
situation a été annulée par la nouvelle loi sur les
crédits et la monnaie qui oblige les propriétaires des banques
privées à apporter toutes les garanties avant tout début
d’activité. Un autre banquier d’Oran n’ira pas
avec le dos de la cuillère pour révéler que la Bcia
est fautive à plus d’un titre, et qu’elle a participé
à l’hémorragie de l’économie nationale
et à la fuite de capitaux vers l’étranger. «Malgré
le scandale qui vient de la frapper je suis sûr qu’ils n’ont
même pas inclus le nom de la Sotrapla dans la liste des mauvais
clients qui ne doit même pas exister au niveau de cette banque»,
dira-t-il. Il ressort de ses propos que cette affaire aurait pu être
réglée à l’amiable ou en puisant dans les fonds
des capitaux pour créances douteuses qui sont un chapitre reconnu,
à l’échelle mondiale, dans la comptabilité
des banques respectables. Finalement, le scandale de la Bcia vient de
démontrer les faiblesses de notre système bancaire, d’une
part, et mis à nu les prétentions de certains qui s’étaient
proclamés investisseurs pour jouir de largesses souvent au détriment
du Trésor public. Oran a servi, ces dernières années,
de machine à récurer pour blanchir un argent sale. Au lendemain
de l’apparition du phénomène du terrorisme, des fortunes
se sont constituées dans un laps de temps très court. Les
banques, souvent de par leur vocation de caisse de dépôt,
reçoivent des fonds sans en demander l’origine. Certes, cette
mission est dévolue à d’autres services de contrôle,
mais plusieurs mouvements de fonds, le plus souvent suspects ont été
effectués sans que cela n’émeuve personne. Des crédits
ont été débloqués et rares sont les investissements
qui ont généré un bénéfice pour la
ville. A Oran, on n’hésitait pas à dire, durant ces
années rouge sang, que l’Etat est généreux
et que pour le plumer, il suffit d’une bonne connaissance des rouages
du système bancaire, un dossier préfabriqué et du
cran. De l’argent est ainsi tombé dans l’escarcelle
de voyous en col blanc, qui ont profité de toutes les opérations
lancées par les pouvoirs publics. Après El-Khalifa, c’est
aujourd’hui le tour de la Bcia de défrayer la chronique et
on n’hésite pas à assurer que les prochains risquent
d’être riches en rebondissements même si certains veulent
à tout prix étouffer le scandale qui vient d’éclater.
B. HOUARI
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