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La
Banque mondiale gèle ses programmes pour le pays
L'Algérie
n'inspire plus confiance
Le Matin, 24 juin 2003
L'Algérie
n'inspire plus confiance à ses partenaires étrangers. En
tête, la banque mondiale, une des plus importantes institutions
financières mondiales et un des plus importants bailleurs de fonds
de notre pays. Après sa décision de suspendre tous ses programmes
d'assistance à l'Algérie jusqu'après l'élection
présidentielle de 2004 et au-delà en conditionnant cette
reprise aussi bien que la poursuite des programmes déjà
engagés par « les choix pragmatiques » du pays, la
Banque mondiale dresse un réquisitoire sévère de
la politique du pouvoir en place. Au mois de mai, la Banque mondiale rend
public un premier rapport accablant qui arrive à la conclusion
suivante : « La croissance limitée, les perspectives de diversification
des exportations, l'augmentation de la population active et le taux élevé
du chômage, avec la pauvreté comme conséquence, continueront
à être une source constante de pression pour relâcher
davantage la rigueur budgétaire, comme c'est déjà
le cas. Les tensions sociales persisteront ainsi que l'instabilité
politique. Il y a d'importants facteurs de risque qui saperont les perspectives
de croissance et de développement de l'Algérie si les réformes
continuent à être au point mort. » En dépit
des discours triomphalistes des responsables algériens, à
commencer par le chef de l'Etat, et jusqu'aux différents membres
du gouvernement, le verdict de la Banque mondiale est sans appel. L'Algérie
est un pays à risques à tous les niveaux : économique,
social, sécuritaire et politique. L'instabilité, selon l'institution
mondiale, caractérise le pays et ne permet aucune perspective de
croissance et de développement. Ce premier rapport coïncidait
avec la publication du peu reluisant rapport du Cnes sur la situation
économique. Si le Cnes restait modéré dans ses conclusions,
la Banque mondiale est loin d'être indulgente.
Plus d'assistance jusqu'à l'après-élection présidentielle.
Les responsables de la Banque mondiale ne s'arrêteront pas à
ce premier rapport. Ses experts qui se penchent sur le climat d'investissement
en Algérie depuis 2000 dressent un sévère constat
d'échec des réformes des différents responsables
qui ont pris à leur charge la création d'un environnement
attrayant pour les investisseurs étrangers. Dans une récente
enquête réalisée auprès de 600 entreprises
et une cinquantaine de groupes d'investissement étrangers, on relève
l'incapacité des pouvoirs publics à appliquer sur le terrain
leur politique de promotion des investissements. Des échecs liés
essentiellement au foncier industriel, aux difficultés d'accès
aux financements bancaires et aux lenteurs bureaucratiques, entre autres.
La Banque mondiale, qui prédestinait un programme d'assistance
CAS (Country Assistance Strategy) de l'ordre de 685 millions de dollars
au développement rural, au logement, au renforcement des capacités
administratives et à la reconstruction du quartier de Bab El Oued
ainsi qu'au secteur de l'eau et de l'environnement, a décidé
de le geler. Son responsable à Alger, Gilles Garcia, même
s'il reconnaît que la volonté de réformer l'économie
existe, le passage à l'acte, déclare-t-il, pose problème.
Il arrive à la conclusion que c'est la raison pour laquelle l'Algérie
demeure moins attractive comparativement à ses voisins, notamment
le Maroc et la Tunisie. Avec une stabilité macroéconomique
jugée excellente, une inflation maîtrisée et des réserves
importantes, l'Algérie n'arrive toujours pas à attirer les
investissements étrangers. Outre la mauvaise gestion et le manque
de transparence, l'enquête note la faiblesse du système judiciaire,
l'environnement concurrentiel et l'accès à l'information.
Les appuis politiques au pouvoir en place commencent, eux aussi, à
s'effriter. Pas plus tard qu'hier, les correspondants du quotidien La
Nouvelle République à Washington ont rapporté que
les conseillers du président américain George W. Bush lui
ont vivement déconseillé d'inclure l'Algérie dans
le périple qui le conduira dans 12 pays africains.
Les raisons invoquées sont d'ordre sécuritaire. L'Algérie,
un des pays pivot du Nepad, se trouve ainsi écartée de la
tournée du Président américain. Pour les conseillers
de la Maison-Blanche, l'Algérie est moins sécurisée
que le Nigeria, le Sénégal, le Botswana ou l'Ouganda, alors
que l'itinéraire initial l'incluait. A moins de dix mois de la
présidentielle de 2004, le répit que semblait accorder la
communauté internationale à l'Algérie, en attendant
de voir la concrétisation des différents chantiers lancés,
semble bel et bien révolu. La récréation est-elle
terminée ?
Ghada Hamrouche
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