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LES PRIX DU BARIL CHUTENT ET LES IMPORTATIONS EN HAUSSE
L’économie algérienne sous pression
L'Expression, 16 Août 2010
Le baril de brut vient de connaître une perte de 7 dollars en l’espace d’une semaine, tout en se maintenant au-dessus des 75 dollars, alors que des importations tous azimuts - viande rouge, blé, médicaments...- sont annoncées.
Le chiffre record de la facture des importations, qui avait atteint les 40 milliards de dollars en 2008, sera-t-il battu? La question mérite d’être posée à plus d’un titre. L’Algérie semble renouer avec ses mauvaises habitudes: importer, importer...
Le gouvernement, qui avait pris des mesures draconiennes, notamment dans le cadre de la loi de finances 2009 afin de réduire la facture des importations, semble être piégé par la stratégie qu’il a mise en oeuvre pour lutter contre la spéculation, en décidant d’importer massivement de la viande rouge, poissons et même...du citron.
4000 tonnes de viande de buffle d’Inde, 200.000 tonnes de poissons. Au sujet de ce point précis, le porte-parole des marins-pêcheurs, Bellout Hocine, a déclaré: «De notre avis, cette mesure protègera le citoyen ainsi que les professionnels du secteur de la spéculation.» C’est en fait le leitmotiv des décisions d’importations massives. En ce qui concerne ce produit de consommation (le poisson), fort prisé même pendant la période de Ramadhan, il faut signaler la très nette régression de la production nationale. Pour ce qui est de la filière des ressources halieutiques elle aurait chuté, selon certaines sources, de 400.000 tonnes par an à 187.000 tonnes. Ce qui expliquerait en partie la flambée des prix qu’a connu le kilogramme de sardine qui a atteint les 350 dinars il y a à peine quelques mois et qui continue à naviguer dans une fourchette comprise entre 200 et 250 dinars.
Quant au prix des autres poissons tels que le rouget ou bien la crevette, ils ont atteint des prix prohibitifs (entre 900 et 1200 dinars le kilogramme en moyenne) sur lesquels il est presque inutile de disserter. Du jamais-vu, encore moins pensé, de mémoire d’Algérien. Fermons cette parenthèse. Et revenons à nos moutons. Que dire en effet de la viande rouge qui flirte avec les 1000 dinars le kilogramme malgré la décision des pouvoirs publics d’en importer 4000 tonnes pour faire barrage aux spéculateurs? La mesure a-t-elle, d’ores et déjà, fait chou blanc? Le bilan sera connu dans les prochains jours et au plus tard à la fin du mois de Ramadhan, à condition qu’il y en ait un, bien entendu. Celui de la facture des importations sera fait et rendu public. C’est certain. Pour les besoins du trimestre à venir, plus de 14 tonnes de médicaments ont été importées pour couvrir, uniquement, les besoins du trimestre prochain, a indiqué le ministre de la Santé Djamal Ould Abbès. Pour ne pas être en reste, le secteur des céréales a fait l’objet d’une importation de 700.000 tonnes de blé. Il faut signaler que cette opération, qui a eu lieu ces deux derniers mois, intervient au moment où les prix du blé affichent les 200 euros la tonne, atteignant du même coup son record de 2008. Ce qui est de mauvais augure pour l’Algérie qui figure parmi les plus gros importateurs. Elle pointe au 7e rang mondial. En effet, la crainte est double: les récoltes en Russie seront sérieusement perturbées à cause des incendies tandis qu’elles sont également attendues en baisse en Europe de l’Ouest, dans des pays comme la France (premier fournisseur de l’Algérie) et l’Allemagne.Une conjoncture, qui favoriserait une flambée des prix sur les marchés mondiaux tout en faisant l’affaire des spéculateurs (décidément ils sont partout).
«Suite à la baisse de la rentabilité des autres placements, les spéculateurs à court terme sont de plus en plus présents sur les marchés des matières premières, notamment les matières premières agricoles, ce qui participe à la plus grande volatilité du marché du blé», annonce, l’associé fondateur de la société de gestion de fonds Prim’Finance, Benjamin Louvet.
L’économie nationale pourrait le payer au prix fort. A plus forte raison: les prix du pétrole qui constituent plus de 98% de ses revenus, viennent de chuter pour la quatrième séance consécutive. Ils ont baissé de plus de 6 dollars en une semaine tout en se maintenant dans la fourchette des prix souhaitée par les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole entre 75 et 80 dollars. Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de «Light Sweet Crude» pour livraison en septembre a clôturé la semaine à 75,39 dollars. L’amélioration de la demande mondiale de pétrole annoncée par l’AIE et l’Opep ne semble pas avoir eu d’impact sur un marché pétrolier qui donne l’impression d’être très tendu. «Les incertitudes qui entourent la conjoncture économique mondiale ont plombé l’appétit des investisseurs pour le risque...ils restent prudents, car la fragilité de la reprise en Europe et aux Etats-Unis et un possible ralentissement en Chine sont susceptibles de conforter les inquiétudes sur la demande pétrolière», a expliqué l’analyste de Sucden Financial Myrto Sokou. Une petite alerte qu’il faudrait prendre au sérieux.
Mohamed TOUATI
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