Un tremblement de terre meurtrier dévaste Alger et sa région


Le Monde, 23 mai 2003

Le fort séisme, le plus important depuis une vingtaine d'années, qui a touché, mercredi soir 21 mai, Alger et de nombreuses villes côtières sur une centaine de kilomètres à l'est de la capitale est particulièrement grave. De nombreux bâtiments se sont effondrés, des milliers d'habitants, paniqués, se sont rués dehors où ils ont passé la nuit. Jeudi soir, selon un dernier bilan annoncé par le ministre de l'intérieur algérien, la catastrophe avait fait 1092 morts et 6782 blessés. Mais on ignore le sort de centaines de personnes disparues sous les décombres.
Le plus important séisme qui ait frappé l'Algérie depuis deux décennies a fait trembler la terre sur une large portion du littoral, mercredi soir 21 mai, touchant Alger et plusieurs villes à l'est de la capitale. Paniqués, épouvantés à l'idée de rester prisonniers de leurs bâtiments vacillants, des milliers de personnes se sont ruées dehors. De nombreuses répliques entretenant la peur, ils ont passé la nuit dans des jardins publics, dans des mairies ou écoles ouvertes pour les abriter. Jeudi soir, le ministre de l'intérieur algérien Yazid Zerhouni a fait état de 1092 morts et 6782 blessés. Ce bilan peut encore s'alourdir puisqu'on ignore le sort de centaines de personnes disparues sous les décombres.

"Nous sommes en train de gérer une véritable catastrophe qui, malheureusement, n'a pas encore terminé de fournir ses résultats", avait déclaré jeudi matin, sur les ondes de la radio française RTL, le tout nouveau premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia. "De minuit à 3 heures du matin, nous sommes passés de 250 morts à 500 -morts- maintenant, et de 1 600 blessés à plus de 4 000. Ce qui est sûr, c'est que nous avons encore du monde sous les décombres."

Plusieurs immeubles se sont effondrés à Alger, dont les quartiers populeux de Bab el-Oued, la casbah, et de Belcourt ont été particulièrement touchés. Les dégâts sont encore plus importants à l'est de la capitale, sur une centaine de kilomètres le long de la côte. Des dizaines de bâtiments se sont aplatis comme des châteaux de cartes à Boumerdès-ville, à une cinquantaine de kilomètres d'Alger, selon des témoins. L'épicentre du tremblement de terre s'est situé à Thenia, à 70 km d'Alger, selon le Centre algérien de recherche en astronomie et astrophysique (Craag), qui a évalué la magnitude du séisme d'abord à 5,2 sur l'échelle ouverte de Richter, avant de la réviser à la hausse, à 6. Selon le U. S. Geological Survey, qui assure une couverture mondiale des mouvements tectoniques, les premières secousses ont atteint une force de 6,7 sur l'échelle de Richter.

"J'ai vu la terre trembler. J'ai vu des gens sauter par la fenêtre d'un hôtel", a affirmé un témoin, Icham Mouiss, à la télévision. A 19 h 45 heure locale (20 h 45 à Paris), lorsque le séisme a parcouru le littoral algérien, la chaîne nationale diffusait une compétition sportive. Très rapidement, à la télévision et à la radio, des appels au calme et des consignes pour limiter les conséquences du cataclysme - "Quittez vos maisons, éteignez le gaz et n'utilisez pas les ascenseurs" - se sont succédé. Dans tout un chapelet de villes privées d'électricité, et donc plongées dans le noir, d'Alger à Thenia en passant par Boumerdès, Bordj Menaïel, Dellys et Khemis el-Khechna, les secours se sont peu à peu organisés. Dans la soirée même, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, s'est rendu dans le département de Boumerdès, le plus durement touché. "Le pire est passé", a assuré à des habitants affolés son ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni, ajoutant : "L'Etat a les moyens de reloger la quasi-totalité des sinistrés..."

APPELS EN BOUCLE

Dans un pays où la crise de logement est aiguë, et où la distribution d'eau courante n'est pas même assurée dans la capitale, le doute a saisi de nombreux Algériens. "Pourquoi certains bâtiments s'écroulent et pas d'autres ?", s'est ainsi interrogé un habitant de Reghaïa, devant les décombres d'un immeuble de dix étages réduit à l'état d'un mille- feuilles, sinistre tombeau pour un nombre inconnu d'occupants. Des bâtiments alentour étant restés intacts, il soupçonnait que "les doses de ciment n'étaient pas bonnes" et qu'on aurait "gagné des millions" en prenant des libertés avec la qualité de la construction.

A Alger, dans la nuit de mercredi à jeudi, certains habitants ont tenté de fuir la ville à bord de leurs voitures surchargées, parfois avec des lits ou matelas brélés sur le toit. Sur les médias d'Etat, des appels ont été diffusés en boucle, pressant les médecins et autres membres du corps médical à rejoigner d'urgence leurs lieux de travail. La police a été obligée de repousser une foule de familles se précipitant pour prendre des nouvelles de leurs proches à l'hôpital Mustapha, le principal établissement de la capitale. "Je veux voir mon frère, je veux savoir s'il est mort ou toujours vivant. Laissez-moi entrer", criait, en pleurs, un homme venu spécialement de Rouiba, 30 km à l'est d'Alger. Alors que la télévision nationale diffusait des images montrant des dizaines de cadavres alignés sous des couvertures ou des draps, les forces de l'ordre ont également été réquisitionnées pour prévenir des pillages.

AIDE EUROPÉENNE

L'Union européenne a adressé ses condoléances à l'Algérie et s'est déclarée prête à apporter de l'aide si Alger le lui
demandait. La France a décidé d'envoyer deux équipes de la sécurité civile, soit 120 personnes épaulées par des chiens, ainsi que du matériel. L'Allemagne a également envoyé 22 techniciens et la Grande-Bretagne 42 pompiers.

Stephen Smith (avec AFP, AP, Reuters)


--------------------------------------------------------------------------------

Fin 2001, un millier de morts à Bab El-Oued


Le 10 novembre 2001, des inondations et coulées de boue provoquées par des pluies torrentielles ravageaient le quartier de Bab El-Oued, à Alger, provoquant la mort de près d'un millier de personnes. Cette catastrophe provoquait la fureur de la population algéroise face à la lenteur des secours et à l'incurie administrative. La presse avait violemment pris à partie les autorités, dénonçant une politique de l'habitat aberrante et "l'impunité" du pouvoir jugé responsable, par son laxisme, du drame. Le lendemain de la catastrophe, le premier ministre de l'époque, Ali Benflis, et le ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni, s'étaient fait huer aux cris de "pouvoir assassin". Par la suite, les services d'urbanisme et ceux de distribution d'eau dans la ville avaient également été mis en cause.

Sur l'ensemble du pays, plus de cinq mille familles s'étaient retrouvées sans abri. Dix-huit mois plus tard, beaucoup d'entre elles n'ont toujours pas été relogées et le mode de distribution d'aides et de logements à Bab El-Oued a été régulièrement mis en cause.

 
Version imprimable
 
www.algeria-watch.org