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Par Mahmoud Senadji, Libération, 2 juin 2003 Le tremblement de
terre a livré le vrai visage d’un pouvoir corrompu et corrupteur,
où les voyous ont la mainmise et répandent deuil, malheur
et désespoir. Le tremblement de terre expose la nature réelle d’un pouvoir arrogant et inique, uniquement préoccupé par sa survie, capable de générer les complots et de les gérer, mais non de gérer les crises et les catastrophes. A l’image du faux président se rendant sur les lieux du sinistre dans une tenue de primé de Cannes, d’un « Premier ministre » gonflé, imbu de sa personne, parlant toujours à partir d’une hauteur, signe d’un total mépris d’une population qu’il ne peut représenter. On ne peut représenter que les gens que l’on aime, que l’on respecte, que l’on considère comme des égaux. La représentativité implique que l’amour est le principe de l’État, que chacun voit dans l’autre le moment de sa propre substance. Les détenteurs du pouvoir en Algérie parlent au nom d’une Algérie mythique qu’ils servent idéalement dans le discours et s’approprient une Algérie réelle qu’ils dilapident, déforment et défigurent. Les Algériens, dans leur chair, depuis l’aube de l’indépendance « confisquée », font l’expérience de la duplicité du discours nationaliste qui aime l’Algérie dans le verbe et méprise les Algériens dans les faits. Seul un pouvoir
politique incarné par les ventrus, l’arrivisme pratique,
les frustrés des voyous, des serviteurs, des sanguinaires, des
persécuteurs, des traîtres , peut transformer un pays plein
de promesses en un pays qui souffre d’une grande défaillance
: le manque d’une cité. « L’élection du faux président nommé » en 1999 avait pour mission de rendre le pouvoir algérien fréquentable et de le soustraire à la catégorie d'« État voyou » ; le tremblement de terre extirpe des profondeurs de la terre algérienne la vérité si dissimulée d’un pouvoir qui a toujours été ce qu’il est : un pouvoir des voyous. Cette Algérie, pleine de promesses, ne verra le jour que si elle supprime de son inconscient collectif le désir de s’identifier à ces « voyous », de les envier, de désirer être à leur place, de jouir du pouvoir, et ainsi les porter implicitement au pouvoir. Que les Algériens
comparent ces détenteurs du pouvoir qui psalmodient l’hymne
national et qu’ils se disent : quel rapport ont-ils avec la personnalité
de l’émir Abdelkader, dont ils puisent la ferveur nationale
et prétendent être les héritiers politiques ? «
Comme Abdelkader est incomparablement plus digne d’éloges
que tous les bureaucrates réunis qui prétendent aujourd’hui
être ses héritiers politiques […]. Son évocation
pourra seulement servir à mesurer l’exacte indigence et le
néant révolutionnaire de la bureaucratie algérienne
comparée à ce seul personnage. » (1) Ce pouvoir incurable
n’étouffe pas seulement l’horizon des Algériens
mais tue tout ce qui ennoblit l’homme et fait sa grandeur. La communauté internationale, les sociétés civiles des pays démocratiques, si elles n’appuient pas efficacement les forces susceptibles d’asseoir l’avènement d’une société civile, livreront, comme c’est le cas, des populations à ces tyrannies du présent qui sont de véritables machines à fabriquer le terrorisme. Le terrorisme renforce et durcit un régime qu’il est difficile d’assortir d’une épithète (militaire, mafieux, policier… ?), dont l’essence est d’être une contre-société ; le terrorisme redevient un programme politique pour un régime où l’assassinat politique, l’esprit des complots ont été des valeurs fondatrices. L’humanité,
dans ce temps planétaire où elle comparaît à
elle-même, fait planer le sentiment qu’elle vit dans un monde
structuré par des « voyous ». Entre les uns et les
autres subsiste une différence d’échelle mais ils
participent tous à la même essence : la brutalité
du capital. Le tremblement de
terre, un des noms divins pour les anciens, tel un oracle du mont de Delphes,
nous lance ce message : il faut purifier la ville. (1) Encyclopédie
des nuisances, Abdelkader, page 124, n° 6, février 1986.
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www.algeria-watch.org
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