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La longue attente des citoyens à Reghaïa Centre-ville de Réghaïa,
il est zéro heure dix minutes en cette nuit de vendredi à
samedi et les sauveteurs continuent de dégager les victimes coincées
sous les décombres du fameux «immeuble 10», complètement
effondré, tombé comme un château de cartes. C’est
la troisième nuit de fouilles dans ce qui en reste : un imposant
amas de béton. Des scènes insoutenables de cadavres, de
lambeaux de chair humaine arrachés du béton, parfois des
cadavres intacts, mais malheureusement plus de miraculés. Les chiens
renifleurs n’ont détecté que des personnes tuées
par le poids du béton et la puissance de la secousse. Cinquante
mètres plus loin, vers le stade de Réghaïa, la maison
de jeunes abrite des familles qui ont pénétré de
force dans l’établissement pour se réfugier. Il est
presque une heure du matin et, à cette heure-ci, des femmes, des
enfants et des nourrissons passent leur troisième nuit à
la belle étoile, allongés sur des matelas en mousse : «Il
n’y a pas une seule tente, nous n’avons rien vu venir depuis
mercredi dernier 19h44», affirment les sinistrés. Assis dans
un coin de la cour de la maison de jeunes, les hommes et les jeunes n’arrivent
pas à avoir sommeil et puis il y a les immeubles à surveiller.
Ce sont, en effet, les citoyens qui assistent les gendarmes dans la surveillance
des édifices et bâtisses pendant la nuit. Il faut le souligner,
les citoyens sont d’une lucidité extraordinaire, malgré
leur immense détresse bien visible et cette angoisse que nous avons
nettement perçue vers 1h 23 du matin lorsqu’une réplique
s’est produite. Malgré cela, les gens adoptent un comportement
digne et courageux et ne manquent pas d’indiquer : «On comprend
qu’un plan ORSEC tarde à se mettre en place. Mais, trois
jours d’isolement de la population d’une ville en situation
de catastrophe nationale, cela démontre que notre pays est mal
dirigé. Pas seulement au niveau local, mais à tous les niveaux.»
Quelques instants plus tard, des jeunes m’ont demandé de
transmettre leur message : «Où sont-ils ces messieurs qui
tenaient des meetings avant les élections ? Nous, on savait à
l’avance que ces gens-là sont des opportunistes venus amadouer
la population par des promesses…» Mis à part l’armée,
la gendarmerie, la Protection civile et, bien évidemment, les citoyens,
pas la moindre trace des autorités politiques ou des décideurs.
Qu’ils soient de l’APC, de la daïra, ou de la wilaya
d’Alger. Cela à un moment où le plan ORSEC est normalement
mis en place pour réunir le minimum de conditions de soutien aux
opérations de secours : hébergement, restauration, transport,
etc. Si les moyens humains et matériels de l’ANP sont largement
à la hauteur des besoins (bulldozers, pelles hydrauliques, chargeurs
sur pneus, camions de gros tonnage, soldats et officiers) et bien présents
pendant trois jours, ce qui n’est – visiblement – pas
le cas pour les élus du peuple (APC et députés locaux)
et l’administration. Selon les citoyens et secouristes rencontrés
dans la nuit de vendredi à samedi, à Reghaïa, qu’ils
soient civils ou militaires, «nous n’avons pas vu ces gens-là
et, s’ils sont quelque part, leur présence ne sert pas les
citoyens qui sont vraiment dans le besoin». Ce que disent ces citoyens
et ces soldats est loin d’être une simple affirmation. L’absence
des élus et de l’administration est vérifiable sur
le terrain. Ce qui est manifeste, en revanche, ce sont la solidarité
et l’entraide des citoyens. Des jeunes et des moins jeunes passent
au milieu de la foule pour proposer à manger à ceux qui
ont faim, de l’eau minérale à ceux qui ont soif, des
couvertures… Les bienfaiteurs viennent de partout Grâce à
l’élan de solidarité de la population, les civils
et les militaires ne manquent de rien. Notons, enfin, que le nombre de
sinistrés ne cesse d’augmenter. Les éléments
de la Protection civile, dépêchés de la wilaya de
Constantine, font ce qu’ils peuvent mais, «nous n’arrivons
pas à mettre tout le monde dans des tentes et les gens sont de
plus en plus nombreux à venir au stade de Réghaïa».
Un officier de la Protection civile nous avoue qu’il «prie
pour que l’assistance matérielle arrive». Il est trois
heures du matin. A toutes les sorties de la ville, les véhicules,
fourgons et camions qui passent sont systématiquement vérifiés
: «Il y a eu des vols et, par notre présence en certains
endroits de Réghaïa, nous voulons surtout servir de moyen
de dissuasion contre les voleurs.» A. S.
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www.algeria-watch.org
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