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PrésentationAnne Beaumanoir nous livre ses souvenirs et, sans remettre en cause la légitimité de la tradition révolutionnaire, s’interroge sur l’usage qui a été fait par les organisations radicales La lecture de son livre doit donc être éclairée par la connaissance du rôle de la mémoire du communisme et de l’anticolonialisme qui ne cessent de susciter polémiques et controverses dans le débat français, débat à mener non pas avec l’idée d’une culpabilité mais celle d’un bilan rigoureux et sans faux-fuyant du passé. Le rappel des défaillances d’hier est indispensable pour éviter demain de nouvelles défaillances. Loin d’être une incitation à fuir l’histoire, le témoignage d’Anne Beaumanoir est un appel à la vigilance contre les dangers des idéologies messianiques par une militante qui en a payé le prix. Au-delà des déboires individuels et collectifs, l’espoir dans un monde plus juste demeure. Il est le levain par excellence de toutes les résistances. Née en 1923, Anne Beaumanoir — ex-Annette Roger — s’engage très tôt dans la Résistance contre le nazisme et adhère au PCF, qu’elle quittera en 1955. Après la guerre, elle se consacre à la recherche en neurophysiologie. Pendant la guerre d’Algérie, elle s’engage dans le soutien au FLN. Arrêtée en 1959, condamnée à 10 ans de prison, mise en liberté surveillée en octobre 1960, elle quitte la France pour la Tunisie. Au cessez-le-feu, elle se rend en Algérie et devient membre du cabinet du ministre de la Santé. Elle est expulsée lors du coup d’État du 19 juin 1965 vers la Suisse, où elle exerce à l’hôpital universitaire de Genève jusqu’à sa retraite. ISBN: 978-2-35676-014-2 SommairePréface 7 Résistance 11 Clandestinité Paris 19 Le Parti 59 Moscou 77 Enfance 101 Algérie FLN. L'Algérie clandestine en France 117 Tunis. L'Algérie en exil 171 Alger. L'Algérie chez elle 193 Épilogue 253 Préface de Mohammed HarbiPréface C’est une tâche bien redoutable que de préfacer quelqu’un qu’on aime. Je le fais avec émotion parce que cet ouvrage évoque ma deuxième rencontre avec Anne Beaumanoir alors que je n’étais qu’un banni politique. C’était en avril 1973. Je venais de m’évader en compagnie de Hocine Zahouane du lieu de résidence auquel le gouvernement du colonel Boumediene m’avait assigné depuis novembre 1971. Transitant par la Tunisie sous de fausses identités, nous sommes arrivés à Genève, enfin libres. Nous avions un point de chute, mais le passeur que l’on nous avait indiqué ne pouvait ni nous héberger ni nous aider à quitter la Suisse. Fort heureusement, Hocine Zahouane s’était souvenu qu’Anne, expulsée d’Algérie après le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965, était en poste dans un hôpital genevois. Parti à sa recherche, il réussit à la retrouver. Informée de notre situation, Anne rassura Zahouane. « J’ai une solution », lui dit-elle. Le jour même de notre rencontre, la nuit venue, elle nous a fait franchir la frontière franco-suisse et nous a déposés à Lyon, à la gare, en nous mettant entre les mains un pécule, 2 000 francs suisses, que nous lui rembourserons plus tard, alors qu’elle ne nous avait rien demandé. Ce geste, expression par excellence de la fraternité, résume à lui seul le sens qu’Anne donne au militantisme. Si j’évoque ce souvenir, c’est pour marquer fortement que, de son engagement dans la résistance à l’occupation nazie à la guerre d’Algérie, son itinéraire s’inscrit dans une continuité. Juste, elle a été. Juste, elle reste. Avec cet ouvrage nous est donné un témoignage sur une époque où la réaction contre la régression barbare a nourri les espoirs de générations entières dans un monde autre. Femme de cœur, Anne nous restitue le parcours dans lequel sa réflexion a mûri. Cela nous vaut un récit passionnant, riche d’informations et dénué de toute complaisance. Il y aurait beaucoup à dire sur son don d’observation, sur ses rencontres, sur les portraits qu’elle fait des personnes qu’elle a côtoyées, sur les situations qu’elle a vécues comme militante. On mesure dans sa démarche la force de l’investissement affectif. Mais si elle a vécu son engagement sur le mode de la passion, sa liberté de penser et d’agir reste intacte. Quand les valeurs qui ont fait d’elle une militante sont en question ou sont dévoyées, elle fait preuve d’une indépendance d’esprit qui se traduit par la désobéissance et l’insoumission. Sa vocation est celle d’une « hérétique ». La rencontre d’Anne avec l’anticolonialisme s’est nourrie de l’héritage de la Révolution française et de celui de Karl Marx. On sait que l’anticolonialisme en France a revêtu plusieurs formes. Jean-Pierre Bondi et Gilles Morin (1) ont montré dans une synthèse remarquable la diversité des parcours et la spécificité des mouvements dans la grande famille anticolonialiste. En son sein, la gauche révolutionnaire occupe une place à part. Depuis la naissance de l’Etoile nord-africaine en 1926, elle « a su, nous fait remarquer Charles-Robert Ageron, proposer au Maghreb des modèles, des formules et une aide parfois inappréciable. Le Maghreb indépendant doit beaucoup plus qu’il ne veut se l’avouer à ces taupes révolutionnaires françaises » (2). Anne que nous admirions était une de ces « taupes ». Confrontée à l’incurie des grands partis de gauche sur les problèmes soulevés par la guerre faite au peuple algérien, elle a tenté, aux côtés d’autres francs-tireurs rassemblés dans les réseaux Jeanson et Curiel, de pallier leur carence, aggravée par le vote des pouvoirs spéciaux. Ces femmes et ces hommes qui ont apporté une aide directe à la Résistance armée étaient les représentants de nombre d’anonymes. Les colonialistes les classaient dans la catégorie des traîtres à la patrie, d’autres, à gauche, taxaient à tort d’« aventurisme » leur appel à l’insoumission. On saluera dans leur engagement l’honneur du peuple français. Pourtant, leur résistance est ignorée pour une grande part en Algérie, où une réévaluation de l’opposition en France à la guerre s’impose. C’est pour nous une dette à honorer à l’égard de ceux qui ont risqué leur vie, brisé leur carrière ou compromis leur vie familiale. Militante du présent, témoin du passé, tu nous donnes, Anne, un livre qu’on lit avec le plaisir que procure une belle écriture. (1) Les Anticolonialistes (1881-1962), Jean-Pierre Biondi et Gilles Morin, Laffont, 1992.
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www.algeria-watch.org
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