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L'évangélisation en Kabylie selon arte Une croix contre un visa pour Montréal Le Quotidien d'Oran, 22 novembre 2004 Vingt-quatre heures après la diffusion sur la chaîne culturelle ARTE d'un reportage sur l'évangélisation en Kabylie, la polémique a gagné la ville des Genêts, où la majorité des personnes rencontrées dénonce l'instrumentalisation d'une minorité de jeunes de la région par une association anglicane venue d'Amérique et surtout l'idée selon laquelle Tizi Ouzou est «une terre chrétienne». Vendredi soir, l'ambiance était lourde dans les cafés de la nouvelle ville de Tizi Ouzou. Le reportage a plombé l'atmosphère et les langues se délient. «La Kabylie est devenue un terrain d'expérience politique et religieuse en raison de l'absence d'autorité et surtout de contrôle», affirme un cafetier désabusé. Un étudiant, originaire de Aïn El-Hammam, reconnaît la présence de Kabyles chrétiens dans la région mais qui, selon lui, ne représentent qu'une «minorité». Invité à donner son avis sur le reportage diffusé jeudi par la chaîne franco-allemande, Boussaad, un jeune étudiant en langue étrangère, politisé au demeurant, explique que «le documentaire ne montre qu'un seul aspect de l'affaire». Ainsi, il précise qu'il y a en Kabylie «une guerre de religion» entre l'église catholique, proche des Français, et l'église anglicane, proche de l'Amérique. «Pourquoi le reportage ne montre pas la messe qui est célébrée chaque dimanche à l'église des Ouadhias, située à 35 km de Tizi Ouzou ?», s'interroge notre interlocuteur. En fait, précise ce jeune, il y a deux catégories de chrétiens en Kabylie. «Il y a les vieux comme le pasteur qui a été largement présenté dans le reportage et qui est devenu chrétien beaucoup plus par tradition et par «obédience» aux pères blancs. Et la seconde catégorie, composée essentiellement de jeunes, est manipulée par une association américaine représentant l'église anglicane». Questionné sur les objectifs de cette association, Boussaad préfère en parler en dehors du café que le sujet passionne. Il précise que l'objectif de cette association est de rassembler le plus de fidèles, profitant du rejet de la culture arabe par certains. Mais la chose sur laquelle insiste ce jeune étudiant, c'est l'objectif inavoué de ces nouveaux adeptes de l'évangile - qui n'a pas été révélé par le reportage -, c'est l'obtention d'un visa pour le Canada en échange d'une adhésion à une association anglicane. En effet, en consultant le site de l'église anglicane, il apparaît que cette forme de secte du christianisme fait partie du diocèse de Montréal, dont l'objectif est de rassembler en la communion le plus de fidèles. Présente en Afrique du Sud, l'église anglicane est depuis quelques années représentée timidement en Afrique du Nord, notamment au Maroc. Elle compte plus 70 millions d'anglicans, dont 3,5 millions d'expression française. De plus, l'église anglicane a une forte coloration locale. Chaque nation vit et célèbre sa foi selon ses coutumes. Elle possèderait certaines maisons qui servent d'écoles bibliques à Draâ Ben Khedda et aux Ouadhias. Un visa pour le Canada contre une croix en Kabylie, c'est donc la devise de certains jeunes qui n'ont pas hésité à épouser la religion chrétienne. C'est en fait ce qu'on reproche le plus au reportage, qui a préféré mettre l'accent sur l'évangélisation des Kabyles de la région sans citer les églises et les sectes qui sont derrière. Une thèse qui été également évoquée par un jeune de Béni-Douala rencontré à Aïn El-Hammam, qui affirme que le seul objectif de ces jeunes est d'obtenir un visa et de quitter le pays. Pour ces jeunes désespérés, l'adhésion à l'église anglicane est la seule solution pour espérer obtenir un visa. Aïn El-Hammam, plus précisément la commune de Aït-Yahia, regroupe quelques familles qui ont épousé le christianisme. Certaines localités sont également citées par d'autres jeunes. C'est le cas du village de Voudouval, du côté de Aïn El-Hammam, ainsi que celui de Tizi Hibel, le village natal de Mouloud Feraoun, qui sont souvent cités comme des régions regroupant des chrétiens kabyles. Mais c'est la ville des Ouadhias, dont l'église est très active dans la région, qui focalise les discussions et les commentaires. Celle-ci est située à 5 km de la commune de Béni-Douala, réputée elle aussi comme étant un fief du christianisme. Un vieux militant du FFS rencontré dans la commune de Tagmount Azzouz entérine cette configuration du paysage chrétien en Kabylie. Il ajoute que «le recul des zaouïas, qui avaient dans le passé joué un rôle de protecteurs religieux, a laissé l'espace libre pour les évangélistes». En tentant de chercher les preuves de l'existence de chrétiens dans la région, on découvre un magasin qui vend des CD vantant la parole de jésus. En demandant le prix et surtout l'origine de ces produits audio, la méfiance s'installe et le vendeur préfère rester dans le domaine commercial. En fait, nous explique un jeune de la région, la diffusion du reportage a instauré un climat de méfiance. De nombreuses personnes qui s'affichaient comme des adeptes de la croix auraient totalement disparu de la circulation. Aussi, selon des informations reçues par téléphone hier à midi, la messe du dimanche, généralement organisée à Azazga et aux Ouadhias, a été célébrée dans une totale discrétion. Le reportage a eu inéluctablement un impact important sur l'opinion des gens dans la région, et nos tentatives pour parler au père Johnson, représentant l'église protestante à Alger, à l'archevêché d'Alger ou encore au diocèse d'Alger à Hydra, sont restées vaines. Salim Bey
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www.algeria-watch.org
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