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Barrage de Keddara La pollution de l’eau est sérieuse El Watan, 10 mars 2004 Sous un soleil de plomb, mains nues et sans aucune protection, des ouvriers à bord d’une barque tentent de confiner une immense nappe de pétrole qui couvre une bonne partie du barrage Keddara, à Boumerdès. Depuis mercredi
dernier, et au détriment de leur santé,
ces ouvriers de l’Agence nationale des barrages (ANB) se battent
avec Dispositif rudimentaire Une fois la catastrophe révélée publiquement, le 7 mars, un communiqué rendu public, parle de «fuite totalement maîtrisée» grâce, a-t-on affirmé, «à la mise en place de 2000 m de barrages flottants, un barrage absorbant d’hydrocarbures, 100 m de moyens adéquats de récupération de prévention et de protection de l’eau». Des moyens que les ouvriers ont nié avoir reçus. Le constat sur place le prouve. Au cinquième jour de la catastrophe, la nappe de pétrole est toujours visible sur l’eau du Keddara, et le dispositif en place pour stopper son avancée est rudimentaire. «Chaque année, et souvent chaque mois, on nous berne avec les mêmes propos. Nous faisons face à la catastrophe pour des salaires misérables que nous dépensons souvent dans le traitement de nos dermatoses. Nous savons que chacun de nous ici risque de mourir du cancer. Le pétrole, nous l’ingurgitons à chaque fois que nous le manipulons pour tenter de l’extraire de l’eau. Ces opérations sont devenues notre quotidien, alors que cela n’est pas de notre ressort. Nous ne sommes pas formés pour ces missions. Les lois sont claires en matière de protection de l’environnement. C’est le pollueur qui doit mettre les moyens et les équipes nécessaires pour dépolluer les surfaces atteintes, à plus forte raison lorsque ces surfaces sont destinées à l’alimentation en eau potable. Le problème réside dans cet oléoduc qui devait être refait il y a déjà plus d’une dizaine d’années. Depuis 1995, nous avons recensé 65 ruptures de ce pipeline, sans compter les dizaines de centaines de fuites. Qu’attendent les responsables de Sonatrach pour le refaire ?», a déclaré un ingénieur sous le couvert de l’anonymat. A la centrale d’épuration de Baraki, l’eau est effectivement dépolluée grâce au charbon actif, dont les besoins ont quintuplé depuis cinq jours. Mais, selon les spécialistes, cette opération ne fait qu’éliminer les molécules légères. Les plus lourdes et dangereuses arrivent toujours à passer et constituent une véritable menace pour la santé des consommateurs algérois. Très cancérigènes, elles agissent à long terme. Dans les robinets de nombreux quartiers de la capitale, comme Gué de Constantine, Garidi I et II, Kouba, El Harrach et El Hamiz, l’eau sentait le pétrole et sa couleur était presque rougeâtre. Les analyses faites par l’Agence nationale de recherches hydrauliques (ANRH) ont fait état d’une présence anormale de produits pétroliers en tout début de la catastrophe, puis ont revu à la baisse ce taux, qui risque encore une fois de connaître une hausse en cas de vent ou de pluie. Contacté hier, le service de communication de Sonatrach s’est refusé à tout commentaire arguant qu’un communiqué sur ce sujet a été rendu public. De leur côté, les responsables du ministère des Ressources en eau et de l’Algérienne des eaux se sont murés dans un silence de mort. Ils étaient injoignables hier en fin de journée. La direction générale de l’ANB nous a, quant à elle, orientée vers le ministère des Ressources en eau. Par S. T. -------------------------------------------------------------------------------- «Nous sommes en pleine catastrophe» Ingénieur en pollution par hydrocarbure à l’Institut supérieur des sciences de la mer et de l’aménagement du territoire national (ISMAL), Mlle Bencheikh Samia a précisé, dans l’entretien qu’elle nous a accordé, que la pollution par le pétrole brut est «très dangereuse». «Les composés aromatiques qui constituent les hydrocarbures à l’état brut sont cancérigènes à long terme. Etant des molécules assez lourdes, elles échappent souvent au charbon actif utilisé pour la dépollution. Quelles quantités de charbon a-t-on utilisées ? Et comment ont-ils procédé pour dépolluer l’eau ? Ce sont des questions assez importantes qui doivent être posées à l’ADE pour savoir si effectivement l’eau est sans danger. Néanmoins, le fait que l’odeur du pétrole a été sentie dans l’eau des robinets de nombreux quartiers, cela suppose que le danger est là et pour une période assez longue. Nous sommes en plein dans une catastrophe écologique», a déclaré Mlle Bencheikh, qui s’est interrogée sur le fait que «les spécialistes formés à l’étranger pour ce genre d’interventions n’ont pas été interpellés». Par S. T.
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www.algeria-watch.org
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