La défense des animaux menacés d’extinction

El Watan, 26 août 2009

« La façon dont un pays s’occupe de ses animaux sauvages, démontre la grandeur du pays et de sa haute valeur morale. »

Ghandi

La préservation de notre faune sauvage et de notre avifaune riche et variée, comme le guépard du Tassili, le cerf d’El Kala, le mouflon de l’Atlas saharien, les différentes races de gazelles du Sahara, l’outarde, le chardonneret ... qui sont protégés par décret n083-509 du 20 août 1983 et par arrêté du 17 janvier 1995, est nécessaire et indispensable. Le massacre va bon train. La défense des animaux menacés d’extinction constitue chez nous une priorité nationale, une nécessité scientifique, écologique, esthétique, morale même et la préservation des équilibres naturels doit être conçue à l’échelle nationale et aussi planétaire. « Si la biodiversité disparaissait, il n’y aura plus de futur parce que nos vies sont liées »

Condamnés à disparaitre ?

Ce n’est pas seulement pour l’homme lui-même que l’homme est un loup, c’est aussi pour le loup. Encore faut-il remarquer que dans cette formule, l’homme attribue au loup ce qui lui revient au contraire de droit, car l’animal n’attaque et ne tue l’animal que pour vivre et pour se protéger. L’homme au contraire, en superprédateur, non satisfait de détruire la vie pour le plaisir ou pour le profit, détruit aussi les équilibres naturels, et en dépeuplant la planète des ses compagnons inférieurs, il se prépare à la rendre inhabitable pour lui. Dans notre pays et dans le reste du monde, beaucoup d’espèces d’oiseaux et de mammifères ont disparu depuis la nuit des temps et la morale écologique nous appelle aujourd’hui à sauver les plus menacés. C’est toute une éducation qui reste à faire et c’est un choix radical qu’il va être nécessaire d’effectuer. « La croisade pour la défense de l’homme ne peut réussir que si l’éducation apporte une vue claire sur les problèmes de l’homme, son avenir ambigu, sa puissance et sa fragilité. La société des hommes doit s’organiser, elle a tous les moyens de découvrir les clés d’une organisation qui la mettent à l’abri. Ce qui semble une utopie aux hommes d’aujourd’hui sera une nécessité urgente aux hommes de demain ». C’est l’opinion du professeur Jean Hamburger. Nous la partageons. L’homme préhistorique nord-africain, de la fin du paléolithique supérieur, les peuplades numides et maures ont cohabité avec les fauves et autres animaux sauvages : lions, léopards, éléphants, hippopotames, rhinocéros, ours (caverne des ours et du mouflon sur les flancs des gorges du Rhummel à Constantine) buffles, dont les gravures rupestres du nord du pays et du Tassili au Sahara sont les témoins de cette période. Les principaux sujets sont les animaux, des signes abstraits et quelques figures humaines, les herbivores, bovidés et chevaux dominent largement, suivis des bouquetins, cervidés, éléphants et girafes. Nos musées nationaux regorgent d’ossements de ces mammifères, à l’image du musée Cirta (os de mouflons, ours, éléphants, hippopotames, rhinocéros également), musée du Bardo à Alger, musée Zabana à Oran. A l’arrivée des Phéniciens, l’éléphant de Berbérie peuplait l’Afrique du Nord, dans le Constantinois, on le rencontrait à Bou Merzoug, à Ibn Zied. Près de Skikda, c’est à Fil Fila qu’il vivait en bandes. Le mot fil (éléphant en arabe) est d’origine punique. Hannibal, général carthaginois, ne l’avait-il pas utilisé pour attaquer Rome en passant par les Alpes en l’an 216 ? Lors de l’occupation romaine, la présence de fauves est décrite dans différentes mosaïques à scènes de chasse du IVe siècle (à voir dans les musées précités et ceux de Timgad, Djemila, Tipaza). 4000 à 5000 bêtes féroces ont été capturées dans leurs colonies nord-africaines et expédiées à Rome pour être tuées pour le spectacle dans les arènes du Colisée par les gladiateurs. L’occupation a été responsable de l’extinction progressive d’animaux sauvages. A l’arrivée des Turcs, on chassait encore des fauves dans les environs de Constantine, à El Ghaba (forêts d’El Menia et les environs d’El Hamma). Au XIXe siècle, les colons français tuaient pour le plaisir de la chasse lions, léopards à Souk Ahras, l’ancienne Taghaste ou ville des fauves. Le dernier léopard vu au Nord dans l’Atlas tellien massif de Sidi Ali Bounab, remonte à 1925 (voir l’animal empaillé de l’APC de Tadmaït). En plus de ces massacres organisés par l’homme, leur disparition totale est attribuée au changement climatique avec la disparition progressive de forêts, fleuves, lacs et mers intérieures. Tassili N’Ajjers ancienne appellation targuie, signifie plateau des rivières. Au milieu du 3e millénaire, l’assèchement du climat créera une barrière désertique entre le nord de l’Afrique et le reste du continent et certains scientifiques ont attribué aux chasseurs primitifs une part importante de responsabilité dans les disparitions d’autrefois, à leur avis, comparables aux destructions des temps modernes. Cette théorie est basée sur une pratique largement utilisée au cours de la préhistoire dans le monde, qui consistait à affoler le gibier pour le rabattre ensuite vers un ravin où les bêtes étaient précipitées et se tuaient d’elles-mêmes. L’avantage et l’inconvénient de cette méthode étaient qu’un petit groupe de chasseurs suffisait à anéantir plusieurs dizaines, voire des centaines d’animaux, en une seule fois sans pour cela disposer d’un armement puissant.

Les mammifères protégés en Algérie

La faune algérienne est variée d’après la direction générale des forêts, elle compte 107 mammifères, dont 47 espèces sont protégées par décret n° 83-509 du 20 août 1983 et par arrêté du 17 janvier 1995.

Le guépard : fahd en arabe et amais en tamahaq existe dans un rayon de 500 km autour de Djanet. Sa dernière apparition dans la région était en avril 1998. Un mâle s’est introduit dans l’enceinte d’une installation militaire vers le soir et a été abattu par la sentinelle. D’après les Touareg, sa population ne compte que quelques individus pas nombreux. Il fréquentait Beni Ounif (1966), El Goléa (1989 ) ; le Hoggar du Sud, le Tassili Azguer, Mouydir sont ses lieux. C’est une bête qui affectionne surtout les paysages dégagés, les déserts et les savanes sèches. On peut le rencontrer en montagne jusqu’à 2000 m d’altitude, il s’alimente en gazelles, lièvres, porcs-épics, chats sauvages, chacal, oiseaux, addax. C’est une bête strictement protégée. L’office du Parc national du Tassili N’Ajjers qui a été créé en 1974 ne pourrait-il pas en introduire d’autres et veiller à leur reproduction ?

L’hyène rayée : subsistait dans diverses localités du pays au nord de l’Atlas tellien à l’Atlas saharien jusqu’à El Goléa, au Hoggar ainsi que dans le reste de l’Algérie jusqu’à l’extrême sud à Reg Timiouine. Cette espèce a connu un rétrécissement de son aire de répartition durant les années 1990, affectionne les régions semi désertiques et les régions montagneuses et s’alimente en mammifères de taille moyenne et petite, oiseaux, lézards, serpents, tortues, insectes et fruits.

Le cerf de Barbarie : espèce de plus en plus rare, décimée par des chasses abusives et braconnage à la frontière algéro-tunisienne au niveau d’El Tarf, Bouchegouf, Souk Ahras. Cette dernière localité semble être sa limite sud. Il vit dans les forêts de chêne-liège et de chêne zen. Créer une réserve où il sera protégé, élevé et sa prolifération assurée, est une nécessité absolue, vu la menace de sa disparition totale de notre pays.

L’addax : antilope du désert, a connu une régression dramatique achevée durant les année 1980, suivie d’une extinction qui dure jusqu’à nos jours et qui persistera si aucune action n’est entreprise en sa faveur.

L’oryx : antilope aussi du désert est en voie d’extinction. Des empruntes lui appartenant ont été signalées aux alentours du Tassili N’Ajjers. Il se rencontre dans les régions sahariennes et semi désertiques, dans les paysages découverts en plaine et sur les collines.

La gazelle du Sahara : La gazelle dama, la gazelle dorcas, la gazelle cuvier ou gazelle de montagne ; espèces désertiques rares, endémiques au Sahara, n’existent plus de nos jours qu’au sud du Tassili. Elles affectionnent les steppes à armoise, des plaines, les régions semi désertiques et les déserts de sable mou avec végétation clairsemée. La gazelle dorcas a été signalée dans les années 1980 dans l’Atlas tellien et les Hauts-Plateaux. En 1999, elle a été vue dans le Tassili. En 2001, deux informations concernant sa présence, une à Stah (Illizi) et l’autre à Taghit (Béchar). La gazelle dama est considérée comme ayant disparu de notre pays du fait de sa chasse excessive. La gazelle cuvier n’a pas du tout été signalée depuis 1980.

Le mouflon à manchettes : ou mouton sauvage, affectionne les montagnes et les collines désertiques. C’est un excellent grimpeur, fréquente le nord de l’Atlas saharien. Lui aussi est menacé de disparition par excès de chasse.

Le singe magot : fréquente les forêts de cèdre et de chêne vert, les crêtes montagneuses, se rencontre dans les forêts de Jijel (Parc national de Taza), Ziama Mansouriah, gorges de Kherrata. La population du singe magot a disparu au cours de ces dernières décennies de certaines régions, Chréa, Theniet El Had, Collo, la forêt de Tighert.

L’écureuil de Barbarie : vit dans les zones rocheuses en montagne et se localise dans l’Atlas saharien, de la frontière marocaine jusqu’à El Abiod Sidi Cheikh à l’est. Espèce à protéger, car elle est en voie d’extinction.

Le phoque moine : vit sur les côtes rocheuses et grottes de la mer Méditerranée, s’alimente en poissons et crustacés. Il devient de plus en plus rare sur nos côtes. L’augmentation de la pollution des eaux marines par les déversements industriels, les eaux usées non traitées en sont la véritable cause.

La loutre d’Europe : (kelb el ma) fréquente les rives des eaux douces couvertes de buissons, roseaux ou arbres, les embouchures et côtes marines, s’alimente surtout de poissons, crustacés, d’oiseaux, d’œufs, de reptiles et de petits mammifères. Son espèce est en voie d’extinction. Elle a été observée uniquement à EI Kala et à Béchar dans le barrage Djorf El Torba et le long de l’oued Ghir. Son aire de répartition est très limitée. D’autres mammifères qui constituent notre faune sont à protéger, surveiller, suivre l’évolution, favoriser leur multiplication, combattre le braconnage tels le porc-épic, le fennec, le renard roux, la genette, la mangouste, le lièvre et l’hérisson du désert, la gerboise.... Les oiseaux protégés en Algérie L’avifaune algérienne est aussi variée, elle se compose d’oiseaux sédentaires, d’oiseaux nicheurs et visiteurs de passage. Elle compte 386 espèces dont 108 sont protégées par décret n°83-509 du 20 août 1983 et par arrêté du 17 janvier 1995.

L’autruche d’Afrique : peuplait la Numidie du nord au sud. Des fragments de coquilles d’œufs sont trouvés en grande quantité dans les escargotières (ramdyat) datant de l’ère capésienne et du néolithique sur les Hauts-Plateaux de l’est et en Tunisie. Elle vit en bandes dans les steppes et déserts. La chasse l’a peu à peu anéantie. Elle a été aperçue près de Hassi Bel Guebbour et au sud de Aïn Amenas en 1971 et 1973. Elle peut vivre en captivité. Des élevages existent pour ses plumes et sa chair.

L’oie cendrée : disparue elle aussi, elle affectionnait les lacs d’EI Kala, la plaine de Guerbès et la Sebkha Ghellif (Oran) ainsi qu’à Réghaïa.

Le flamant rose : niche par colonies, fréquente les lacs et les lagunes, séjourne sur les chotts du Sahara nord oriental (chott El Melghir, El Hodna), lacs d’El Kala. Cette espèce fréquente en nombre variable, à Oran, la macta et les sebkhas de l’ouest. Elle diminue d’année en année. Le héron pourpre et la grue cendrée : nicheurs migrateurs, visiteurs de passage, se nourrissent en eau peu profonde dans les roselières, lacs et étangs marécageux. Ils se rencontrent dans les lacs Fetzana (Annaba), lac Tanga (El Kala), à l’est de Jijel et au Sahara, Timimoun, Touggourt et El Goléa. Leur nombre est en régression.

Le pingouin torda : hivernant, fréquente les rochers et les éboulis inaccessibles, plusieurs dizaines de milliers d’individus hivernent en Méditerranée occidentale. Chez nous, quelques prises d’oiseaux bagués suggèrent que l’espèce est présente en hivers sur les eaux côtières.

L’ibis chauve : disparu, a niché près de Ksar El Boukhari. Une colonie a été découverte en 1974 à Djebel Amour et à Boughzoul.

Le chardonneret élégant : (maknine) nicheur sédentaire, préfère les campagnes cultivées, bosquets de feuilles, forêts de conifères, vergers, aime à se nourrir des graines de chardon. Son chant sympathique et son beau plumage le rendent très prisé des éleveurs. Actuellement, on lui fait une chasse obstinée, sa disparition totale est pour bientôt si on n’arrête pas le massacre.

L’ortolan et le rossignol : (el belbel, el asfour) nicheurs migrateurs, visiteurs de passage et chanteurs remarquables. L’un est granivore, l’autre insectivore. Ils fréquentent les cultures avec bosquets, clairières et pâtures arborées, traversées de cours d’eau. Longtemps, ils ont été poursuivis et chassés pour leur chant magnifique. Pour Constantine, Djebel Ouahch, Bekira, El Hamma, El Menia, endroits qu’ils choisissent pour nicher. Un « belbel » chantant le genre « h’ssaïni », est un régal pour les oreilles. Les « hchaïchias » (les amis des plantes vertes), cercle constitué de couches sociales issues d’anciennes familles d’artisans, commerçants, musiciens du Vieux-Rocher, organisaient des chasses en groupes. Les préparatifs sont un véritable cérémonial. Pour la collation, leurs femmes préparaient la veille, victuailles, gâteaux traditionnels, (makrout, tamina, brad accompagnés de café, thé, el khessis (galette améliorée). Certains parmi eux, en l’occurrence les commerçants, fermaient leur boutique quand le passage de ces passereaux du printemps est signalé et ces congés inopinés peuvent durer de 15 jours à 1 mois. Ils partaient avant le lever du soleil avec leurs cages en roseaux, utilisaient la glu, le filet ou la cage à double fond. C’est à l’aurore et au crépuscule qu’est perçu le chant de ces oiseaux. En cage, le rossignol était chouchouté par l’éleveur qui le nourrissait de cœur de bœuf coupé en petits morceaux, d’œuf dur, de feuilles de laitue et lui vouait une admiration infinie. Ces chasses passionnées et la pollution des rivières contribueront à la rareté de ce roi des chanteurs aujourd’hui dans la région.

Le porc-épic (el dorbane) : était aussi braconné avec le même acharnement, ce qui fait que sa population dans le Constantinois a régressé.

La tourterelle et la colombe : oiseaux voisins du pigeon, nicheurs migrateurs, fréquentent les forêts et les parcs à vieux feuillus. Ces espèces nichent au Djebel Babors, Tigzirt, Tikjda, régions de Tlemcen et de l’est. Elles sont menacées d’extinction par la chasse et la pollution, elles sont à protéger et hivernent dans l’ouest et le sud de l’Europe.

Le fou de Bassan : le grand cormoran, le goéland fréquentent aussi nos côtes.

Différents canards sauvages : la poule d’eau, la sarcelle, l’échasse blanche peuplent encore nos plans d’eau, lacs et rivières.

La caille : la perdrix, l’outarde houbara (Hauts-Plateaux, erg oriental et occidental) ganga de Lichtenstein (Hoggar-Tassili), gibier très convoité des chasseurs, sont en nette régression.

L’outarde : (Sud-Ouest algérien) est chassée sans répit. Des émirs du Moyen-Orient, avec leurs faucons apprivoisés, en déciment chaque année des quantités. « Arrêtez le massacre !!! » ,car bientôt elle sera une espèce disparue.

Les rapaces

« Un ornithologue américain avançait : faut sauver les condors des Andes, ce n’est pas pour les condors eux-mêmes, mais pour les qualités humaines, ces qualités humaines pour nous sauver nous-mêmes. » A Constantine, la dernière apparition d’un rapace était en mars 1998. L’aigle a survolé les gorges du Rhummel et ce, au grand étonnement des riverains et a trouvé refuge dans le ravin qui fait face à la passerelle Mellah. L’existence d’aigles et de vautours à Constantine a été relevée à une certaine époque, comme en témoigne le médaillon central de la mosaïque de Sidi M’Cid qui représente « un aigle tenant un foudre entre ses serres. » Autre témoignage de cette présence et selon une revue historique, le père de l’aviation Clément Ader se serait rendu en Algérie, précisément à Constantine, pour étudier le vol des grands rapaces et vautours et aurait fait ses principales observations dans cette ville. La chouette hulotte, le grand duc d’Europe, la buse féroce, la gypaète barbue, l’épervier d’Europe, nicheurs sédentaires, le milan royal, le busard, le vautour, nicheurs migrateurs ; vivant dans les lieux boisés et montagnes de l’Atlas tellien sont en régression alarmante. Ils se nourrissent de petits rongeurs, mammifères, amphibiens, reptiles, d’animaux morts, charognes et déchets divers. Pierre Ferran, dans son livre Les bêtes aussi ont le droit de vivre, souligne que le rapace est notre auxiliaire naturel pour la destruction des ennemis des cultures. Si nous les laissons en nombre suffisant, ils nous débarrassent gratuitement et efficacement des petits rongeurs dont ils peuvent empêcher le dangereux pullulement. On estime que les invasions de campagnols dans nos campagnes qui ont porté préjudice ces derniers temps à l’agriculture, tant par les destructions elles-mêmes opérées par diverses espèces de rongeurs que par le coût des pesticides employés pour les combattre, sont dues au déséquilibre causé par la diminution progressive des rapaces diurnes et nocturnes. N’oubliez pas que les pesticides, trop souvent employés à tort et à travers sans les précautions prescrites, peuvent présenter de grands dangers pour notre faune sauvage, le gibier, les animaux domestiques et qu’ils sont souvent responsables eux-mêmes de l’alarmante diminution de nos rapaces qui meurent ou deviennent infertiles pour avoir mangé des rongeurs rendus malades par les graines traitées. En réalité, à l’origine il y avait équilibre entre le nombre de rapaces et la quantité de rongeurs. L’homme a détruit cet équilibre au profit des seconds qui n’ont pas manqué d’en profiter malgré tous les pièges et poisons dont il s’armait. Actuellement, si l’on voulait renverser le processus, il faudrait d’abord commencer par convaincre l’homme de l’utilité des rapaces et du profit qu’il retirerait de leur réintroduction. Et il est utile de savoir que la totalité des rapaces nocturnes sont les plus efficaces dans la chasse aux rats et aux campagnols dévoreurs de grains. Les autres rapaces diurnes, les vautours, les gypaètes barbues, accomplissent une indispensable besogne d’assainissement en se repaissant des cadavres et de sélection naturelle en attaquant les animaux malades ou affaiblis.

Croissez et multipliez

Inconscient ou criminel, imprévoyant ou volontaire, toujours stupide et suicidaire, le grand massacre va bon train. La perturbation des biotopes, la perte de l’habitat essentiel pour les espèces, les défrichements trop rapides, la destruction des couvées ou de jeunes appâts empoisonnés, la chasse, l’augmentation de la population, le déboisement, la dégradation du milieu, les incendies, la pollution de l’air, de l’eau, des sols par les insecticides et pesticides, exercent une influence désastreuse. En 300 ans, 280 espèces d’oiseaux et de mammifères ont totalement disparu dans le monde. 450 sont actuellement directement menacées. On peut citer quelques-uns parmi eux : l’ocelot 180 000 ocelots d’ Amazonie en Amérique du Sud sont capturés par an pour leur peau, une des plus belles du monde. Dans le nord du Canada, 300 000 bébés phoques sont abattus pour leur peau chaque année. L’UE, le 5 mai 2009, vient de voter une loi interdisant leur importation. Le tigre royal, le rhinocéros de java, la loutre géante, le gorille des montagnes, le panda de l’Himalaya, le loup marsupial, l’addax, la tortue verte, l’éléphant de Ceylan, l’ibis nippon, le bec à sabot de Zambie, le daim de Mésopotamie, le guépard d’Asie et d’Afrique du Nord, le phoque moine de Méditerranée, le loup d’Abyssinie, l’âne sauvage de Somalie, en Europe : la chauve-souris, le hamster, le porc-épic, le castor, le vison, le lynx, le puma, le cerf de corse, le fameux cheval Przewalski (une réserve lui a été consacrée en Mongolie, son pays d’origine). C’est ainsi que nous comprenons l’impérieuse nécessité des mesures préservatrices et la création de parcs nationaux, réserves, parcs zoologiques, refuges, centres de repeuplement pour y introduire la faune et l’avifaune menacées. Pour nos chasseurs, le développement des réserves cynégétiques où faisans, cailles, perdrix, outardes, houbara, ganga seront élevés pour repeupler les zones de chasse, sera un appoint d’équilibre et un témoignage de notre volonté de renouer le vieux pacte de l’homme envers la nature.

Les parcs nationaux

Les parcs nationaux protégés, véritables sanctuaires de la nature, assureront la conservation d’un certain nombre de représentants de toutes les espèces actuellement. Un parc national est destiné à la sauvegarde d’un site naturel remarquable, la faune y est considérée que comme l’un des facteurs de son intérêt. Par contre, dans un refuge ou réserve, la beauté du paysage importe moins que la valeur des biotopes et leur degré de fréquentation par les espèces animales qui en dépendent. Ces réserves intégrales devraient englober toutes les formes d’habitat, en particulier certaines zones marines proches du littoral. Ces conservatoires d’animaux et de plantes serviraient de laboratoires aux biologistes, aux zoologistes et développeront le tourisme. Cela permettrait la création de postes d’emploi en gardiennage, vétérinaires et guides. L’ouverture du National Bison Range au Montana (USA), en plus du fameux Yellowstone, a sauvé le bison d’Amérique d’extinction. Au XIXe siècle, l’Amérique du Nord devint le théâtre de l’un des plus sanglants massacres d’animaux dont l’homme se soit rendu coupable (Buffalo Bill - et ses performances en excès de chasse). Des 60 millions de bisons recensés en 1800, il ne restait plus que 270 survivants en 1900. Les bisons du parc polonais de Bielowierza se portent bien. 110 petits aurochs, bœufs sauvages de grande taille, ont vu le jour dans le domaine zoologique russe de l’Oka. La réserve du Pic du Midi d’Ossau héberge en toute sécurité les derniers ours bruns pyrénéens. La réserve alpine du Mercantour permet aux chamois bouquetins et tout dernièrement les loups d’installer en altitude des familles nombreuses. Nous devons trouver le plus juste équilibre entre la vie humaine et la vie animale. La sauvegarde du fonds génétique de notre planète constitue une nécessité scientifique, écologique, esthétique, morale même et la préservation des équilibres naturels doit être conçue à l’échelle planétaire.

Petits poissons deviendraient grands

L’homme n’exerce pas uniquement ses ravages sur terre, il se conduit également en mer avec la même désinvolture, le même effrayant cynisme, le même manque de raison. La surexploitation est flagrante et l’état des populations de poissons est très alarmant. Chez nous, par la surpêche et l’emploi de la dynamite, la sardine a fuit nos côtes. On en importe de chez nos voisins tunisiens (30 tonnes importés El Watan du 7 mai 2009). Les mers et océans sont le théâtre d’un « overfishing » caractérisé. Cette pêche à outrance des pays industrialisés a été rendue possible par les progrès techniques modernes qui permettent de s’emparer massivement et sans coup férir de toutes les espèces. Des chaluts aux mailles trop fines raclent systématiquement les plateformes sous marines. Des appareillages électroniques permirent la détection des bancs de thons, mulets, bars, maquereaux, sardines au sonar. La pêche par pompage aspire gloutonnement petits et gros poissons mais aussi larves et œufs. Des sondes électriques repèrent les refuges de crustacés. Parallèlement, des appareils de congélation furent installés sur les chalutiers, appelés « bateaux usines » leur permettant de demeurer 6 mois en mer et prospecter des secteurs qui devaient servir d’abris ou de frayères à de nombreuses espèces halieutiques. Actuellement en Australie, leurs pêcheurs ont entamé la pêche dans les grands fonds austral très riche entre 4000 et 5000 m, avec des filets spéciaux et une technologie nouvelle. D’autre pays vont leur emprunter le pas. Ces techniques de prédations massives et pêches intensives risquent de démunir trop vite notre garde-manger océanique. Les pays sous-développés qui pratiquent une pêche artisanale le long de leur côte vont-ils profiter des produits des mers lointaines, une fois qu’ils auront leurs « bateaux usines ? » Il est temps de mettre en œuvre de vastes opérations d’aquaculture, d’aquaélevage. Face à la surexploitation des mers, l’aquaculture peut se révéler un remède qui préservera les espèces aquatiques et offrira de vastes ressources alimentaires. Quelques pays ont déjà enregistré des succès significatifs. En développant l’aquaculture aguale, le Japon a ainsi satisfait les demandes du marché intérieur, réalisé des exportations et augmenté sa production de poissons (anguilles, truites). L’Inde est devenue le premier producteur de crevettes au monde (plus de 80% sont exportées), la Chine a mis en valeur 2, 7 millions d’hectares d’eau douce, Taiwan et les Etats-unis connaissent une progression extraordinaire de l’aquaculture. Ce développement peut à terme remédier à l’appauvrissement des fonds marins. La conclusion est d’une extrême simplicité. Il faut que l’homme gère avec sagesse les ressources naturelles qui sont à sa portée, qu’il s’agisse des sols dont il épuise la fertilité à coups d’engrais, des océans qu’il exploite à outrance, des rivières et des mers qu’il pollue sans remords apparents, des champs souillés par les eaux d’égouts à ciel ouvert, qu’il encombre de dépôts d’ordures de toutes sortes, des bêtes sauvages qu’il détruit pour rien Haroun Tazieff, le volcanologue ajoute : « L’avenir, si l’on ne donne pas tout de suite le coup d’arrêt, si l’on n’oblige pas les pollueurs non seulement à payer mais surtout à ne plus polluer, l’avenir est effrayant. Seule l’opinion publique et la vôtre, jeunes gens, en tout premier lieu, y peut quelque chose. A vous d’agir. »

Sources :

- La direction générale des forêts.
- Les bêtes aussi ont le droit de vivre. de Pierre Ferrau.
- Sauvegarde de la vie sauve de Jean Lavoisière.
- La puissance économique de Pierre Vallaud.

Par Abdelhamid Benzerari

 
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