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EN SE LIMITANT AUX IDEES*
Par El Hadi Chalabi
et Khaled Satour, Algeria-Watch,
le 10 août 2004
El Watan des 31
juillet et 1er août 2004 ouvre ses colonnes à Ali
Yahia Abdennour qui, s’exprimant comme président de la LADDH
et en réponse à notre position (publiée le 12 juillet
sur le site d'Algeria-Watch, Du
sens des valeurs et de leur détournement),
se met en devoir de nous administrer la leçon des idées.
Ce faisant, en collusion et dans l’entente manifeste avec l’organe
qui le publie, le président de la LADDH fait la démonstration
de ce détournement des valeurs ( droits et libertés) de
leur sens.
Comment expliquer en effet, que le président de la LADDH qui prétend élever
la liberté d’expression et la liberté de la presse à l’échelle
de la bataille d’idées (puisqu’il titre Ne pas affaiblir
la bataille des idées), nous attaque sur un texte qui, pour les
lecteurs, demeure un texte fantôme puisque :
1° El Watan n’a ni publié, ni résumé,
ni même mentionné une position, la nôtre, à laquelle
une armature argumentaire est opposée, laissant ainsi entendre
que le quotidien en question y fait au moins écho, quelque part.
2° Le lecteur est pris à témoin d’un prétendu
débat dont la partie opposée est volontairement soustraite à son
examen, la seule référence qui lui en est offerte étant
une citation … inventée de toutes pièces. Est-ce
ainsi que se construit une opinion publique ?
Qu’est-ce- à dire ? Sinon que les lecteurs d’El Watan étant
maintenus dans l’ignorance de notre argumentation, le président
de la LADDH peut construire le propos qu’il choisit de nous attribuer
en lui ajustant un dispositif qui n’a pour cohérence que
les attaques personnelles nichant dans le langage animalier et la métaphore.
Ce procédé lui permet de nous mettre en terrain nu et de
nous mettre en joue avec délectation comme une cible confectionnée
sur mesure, à coups de lieux communs sur les droits de l’homme.
Peut-il se poser en référence des droits et libertés
et offrir un tel modèle de travestissement des idées d’autrui,
de cet « abus d’interprétation » qu’il
s’était plu à dénoncer chez la presse algérienne
tout au long de la dernière décennie ? Ainsi fait-il mine
de croire que nous désapprouvons une campagne pour la libération
d’un homme et nous accuse-t-il de « persécuter un
détenu », de vider des « querelles personnelles » et,
pour finir, d’inciter au « crime » et à la « terreur ».
Convoquant Saint-Just pour nous et à notre place, le chantre des
libertés en oublie, ce faisant, qu’il se forge un portrait
sur mesure : celui du thermidorien.
Les outrances du président de la LADDH nous confortent dans la
justesse de notre analyse. Elles prouvent que celle-ci a fait mouche
et que notre contradicteur ne l’a éludée que parce
qu’il n’a rien su trouver pour lui faire pièce.
Nos arguments portaient sur le double plan de la clairvoyance politique
la plus élémentaire et d’une haute perception des
droits de l’homme car, sous peine de sombrer dans l’angélisme
et de succomber à toutes les manipulations, les deux approches
sont indissociables :
- D’abord, la suspicion est de rigueur face à une mobilisation
se revendiquant de la défense de la liberté de la presse,
quand bien même se draperait-elle dans des signatures réputées
pour leur autorité morale, dès lors qu’elle se fait à l’initiative
de journalistes compromis dans la désinformation organisée
au service du crime de masse, et au profit du plus zélé d’entre
eux. Loin de viser Benchicou personnellement, il s’agit de remettre
la cause de la liberté de la presse en bonne place et dans le
bon sens, dans le passé et pour l’avenir. Libre au président
de la LADDH de voir en Benchicou un homme « engagé dans
la voie de la vérité et de la justice, dénonçant
la répression et la corruption », abjurant l’appréciation
avancée naguère dans son livre Raisons et déraison
d’une guerre : « Il n’y a qu’une liberté pour
le journal Le Matin, celle du pouvoir ». Est-ce pour une telle
liberté qu’il se mobilise ?
- Ensuite, l’attachement aux principes de l’universalité et
de l’indivisibilité des droits ne saurait commander de souscrire
aux actions qui, les utilisant comme subterfuges, en sont la négation
délibérée. Lorsque des centaines de personnes pétitionnent
pour les droits et libertés dans un pays où la terreur
d’Etat, à coups de massacres, de torture et de disparitions
forcées, vient de faire des dizaines de milliers de morts dans
une imperturbable impunité, et qu’elles n’y font pas
la moindre allusion, qu’elles continuent même, dans leur écrasante
majorité, à la nier, il nous importe de nous hisser justement
au niveau des idées et des principes pour mieux souligner les
dérives qui nous guettent. Au président de la LADDH qui
prétend n’avoir jamais « cédé à l’indignation
sélective », nous opposons les faits qui se chargent de
montrer comment il y est empêtré, en l’occurrence,
enrôlé dans une mobilisation orchestrée par les pires
faussaires des droits de l’homme.
Si on ne peut lui retirer le mérite du combat qu’il a mené au
cours de la dernière décennie, il ne doit pas s’en
autoriser pour verser dans la suffisance. Un retour sur la vie politique
et médiatique, pour nous en tenir à l’année écoulée,
illustre amplement à quel point il s’est écarté de
cette ascèse intransigeante du militant des droits dont il se
targue dans sa réponse. Sa part d’ombre s’est révélée à un
point tel qu’on a pu se demander à certaines occasions s’il
prenait position au nom des droits de l’homme et de la LADDH en
s’impliquant et en impliquant son organisation dans les conflits
opposant les clans du pouvoir.
Le président de la LADDH aura bien du mal à soutenir que
c’est le défenseur des droits de l’homme qui parlait
en lui lorsqu’il exigeait l’an dernier, pendant la « crise » du
FLN, que soient « emprisonnés immédiatement » les
chefs d’une des factions (Le Matin du 9 juin 2003). Il a égaré les
militants des droits de l’homme en s’emparant de l’affiche
médiatique généreusement offerte, dans le combat
clanique destiné à crédibiliser une élection
présidentielle qui n’en est pas une (Voir « Bouteflika
et la Constitution. Par le flic et le fric », El Watan, du 16 février
2004). De même, il ne pouvait prétendre n’engager
que sa personne dans l’aventure des « 10+1 », aux côtés
des personnalités politiques les plus compromises en saisissant
en février 2003 l’état major, hissé à la
dignité de Haute Cour, d’un mémorandum sur les « violations
de la Constitution » commises par Bouteflika, assorti d’un
appel pressant à intervenir dans l’élection présidentielle
(El Watan du 16 février 2004). De quelle constitutionnalité se
prévalait-il alors ? De celle dont il dénonçait
la mise à mort en 1992 et qui aurait miraculeusement ressuscité ?
Et, pressentant que l’appel ne serait pas entendu dans le sens
souhaité, c’est dans le même esprit, vraisemblablement,
que, dans une interview à l’Expression (24 février
2004), il affirmait qu’« en l’absence d’institutions
crédibles et fortes, c’est à (l’armée)
que revient le rôle d’arbitre », ajoutant : « Les
généraux sont avant tout des patriotes […] je reste
persuadé que cette réaction aura lieu ». Peut-être
ignorait-il qu’elle était déjà en marche.
Ces exemples démontrent que le président de la LADDH sait
accommoder ses principes à ses passions politiques, à ses
haines intimes. Qu’il s’abstienne donc de forcer le trait
de la vertu outragée lorsqu’il est pris en défaut.
Le retentissement donné à l’affaire Benchicou, est lesté d’une
manœuvre grossière des journalistes et intellectuels qui ont le
plus explicitement soutenu la répression. Ceux-là campent sur
leurs positions tout en voulant nous convaincre de tirer un trait sur les « divergences » des
années 90. Pendant ce temps, ils désinforment de plus belle,
avec les charniers de la Mitidja, le procès de Bentalha et la question
des disparus. Les compromissions du président de la LADDH se propagent à l’ensemble
d’une organisation qui tranchait jusque là dans le paysage politique
par son souci d’autonomie et de distanciation. Elle risque à court
terme de se trouver entraînée dans une vaste opération
de blanchiment de criminels qui n’auront jamais plus à répondre
de leurs actes.
Il s’en faut de beaucoup que le problème des droits de l’homme
soit devenu une cause nationale en Algérie. Que le président
de la LADDH se soit fait contre nous le porte-voix des plus irréductibles
d’entre les négationnistes de la terreur d’Etat n’en
est que plus désolant mais significatif de la brume sous laquelle les
signes d’intelligibilité de la situation politique sont ensevelis.
* Texte adressé le 5 août 2004 au directeur d’El Watan pour
publication au titre du droit de réponse.
Du
sens des valeurs et de leur détournement - A propos de l'affaire
Benchicou (E-H. Chalabi et K. Satour, 12.07.04)
Ali
Yahia Abdennour: Ne pas affaiblir la bataille des idées (EW,
01.08.04)
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