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Les enjeux du gaz pour les vingt prochaines annéesEl Watan, 13 janvier 2010 L’OPEP du gaz n’est finalement pas une si mauvaise idée… » C’est le ministre de l’Energie et des Mines qui vient de le déclarer, il y a quelques jours, dans un entretien qu’il a accordé à un journal russe(1) ! Il y a des retournements de situation qui valent un détour. En effet, il y a moins de deux ans, ce même ministre déclarait dans la presse nationale et internationale que l’idée même d’une OPEP du gaz était totalement absurde, qu’il n’y avait pas de marché du gaz puisque totalement vendu et que ses prix étaient automatiquement indexés à ceux du pétrole… Circulez, il n’y a rien à voir ! Des experts étrangers(2) venus à la rescousse et invités en grande pompe en Algérie nous répétaient que l’idée d’une OPEP du gaz était « incongrue et irréalisable », voire sotte car, argumentaient-ils, le marché du gaz était « régional », indexé aux prix du pétrole et n’avait pas de producteur dominant. Nous avions modestement fait remarquer(3) que la régionalisation était levée par la liquéfaction(4) du gaz (son transport, par méthaniers, permet de livrer tous les marchés mondiaux), que l’indexation aux prix du pétrole(5), non seulement n’était pas automatique, mais faisait l’objet d’âpres négociations(6), d’arbitrages et de contentieux internationaux. Le prix du gaz(7), enfin, prenait de plus en plus ses distances par rapport à celui du pétrole et entrait, de plein fouet, dans le paradigme d’un produit de substitution relative, chantier vierge, nécessitant des études spécifiques importantes. En outre, le caractère long des contrats gaziers (entre 15 et 20 ans) peut être renégocié, dans la mesure où il extrait artificiellement ce produit de la logique du marché, à la condition expresse qu’une solidarité sans faille entre pays exportateurs se construise. Ces dossiers majeurs n’ont jamais été examinés au Conseil national de l’énergie(8), présidé par le chef de l’Etat et conçu justement pour étudier les points sensibles du secteur de l’énergie. Il a fallu attendre l’intervention du président de la République, dans le quotidien espagnol El Pais, où il affirma que « l’idée n’est pas à rejeter a priori et mérite d’être examinée et discutée par les intéressés », pour que le tir soit rectifié et que le ministre de l’Energie et des Mines déclare que « … l’OPEP du gaz peut être créée », dans une interview accordée au journal russe Kommersant… un an après. Dès lors, les événements se précipitent et le FPEG(9) voit le jour le 23 décembre 2008 à Moscou, adopte ses statuts (similaires à ceux de l’OPEP) et fixe son siège à Doha, après plus d’une année de tergiversations stériles et de sous-entendus malsains. Le 9 décembre 2009, le secrétaire général du FPEG est élu en la personne de Leonid Bokhaniovski(10), il dote d’un budget de 6 millions de dollars. Ce poste est primordial pour la coordination de l’activité du Forum et la cohérence de son action. En outre, la Russie doit présenter une étude exhaustive sur le marché international du gaz, pour débat(11). Le plus dur vient d’être accompli, reste à rendre cette institution opérationnelle, ce qui est loin d’être une sinécure. En effet, les enjeux sont à la fois économiques, géopolitiques et stratégiques et impliquent des pays de différentes cultures politique, économique et sociale et répartis dans toutes les régions du monde. Le point nodal de convergence du FPEG réside dans le fait que les pays membres ont tous pris conscience qu’ils possèdent une énergie qui a un certain nombre d’avantages et qu’ils souhaitent en faire un usage commercial qui leur soit profitable. En outre, la conjoncture internationale actuelle, mais surtout future, leur est favorable, s’ils savent tirer toutes les conclusions utiles de l’histoire de la découverte du pétrole en Afrique et au Moyen-Orient et des bouleversements majeurs qu’elle a induits ces cinquante dernières années. L’épuisement des ressources énergétiques fossiles, dans les vingt prochaines années, va très certainement faire du gaz une énergie qui pèsera de plus en plus dans le bilan énergétique mondial, d’autant qu’elle est plus propre et donc, moins polluante que le pétrole. Cette donnée ouvre des perspectives prometteuses, à moyen et long terme, pour peu que des stratégies équilibrées et réalistes(12), entre producteurs de pétrole et de gaz, soient mises en œuvre dans leur intérêt, bien compris, sans oublier celui des pays consommateurs d’énergie (la Chine en particulier). Les aspects techniques doivent être relégués au second plan par rapport à ceux géopolitiques et économiques. En effet, comment mener une politique énergétique commune à long terme qui assure la sécurité et la régularité des approvisionnements et génère un revenu juste qui rende compte de la situation réelle du marché, cela nous paraît être un point central à prendre en charge, pour créer des relations de confiance entre les producteurs et les consommateurs ? La fièvre spéculative qui s’empare des marchés spots doit également faire l’objet d’un traitement spécifique qui doit la restreindre dans une marge raisonnable, de manière à ne pas fausser les donnés objectives du marché(13). Un dialogue permanent, fructueux et constructif doit permettre de trouver un consensus qui préserve les intérêts de toutes les parties, s’agissant d’une ressource non renouvelable et qui exige pour son développement des investissements très lourds, consentis par les pays producteurs (exploration, production, recherche-développement, transport, liquéfaction, raffinage, commercialisation, sécurisation…). Des efforts de convergence soutenus devront être déployés par tous les pays exportateurs de gaz(14) de manière à faire passer les intérêts stratégiques en priorité par rapport aux avantages immédiats et éphémères qu’offriraient certaines opportunités en matière de prix (15). En d’autres termes, l’adoption d’un « gentlemen agreement » entre les membres du FPEG faciliterait la recherche de solutions aux problèmes que devra surmonter le marché du gaz, à moyen et long terme, de manière à éviter les pressions exercées par les marchés spéculatifs, les énergies de substitution ou encore sur les stratégies de préservation de cette ressource non renouvelable. A l’évidence, les enjeux du gaz pour les vingt prochaines années conduisent à l’élaboration d’un cadre de concertation entre pays exportateurs de gaz qui préservent leurs intérêts respectifs, bien compris et notamment en matière de niveau de prix, de fluidité des marchés, de sécurité des approvisionnements, du financement des investissements, de politique de liquéfaction et de transport. En outre, il ne faut surtout pas oublier la consommation intérieure des pays exportateurs de gaz et son impact sur le bilan énergétique mondial. Nul doute que le FPEG s’imposera sur la scène énergétique mondiale, en attendant son sommet d’avril 2010 à Oran. - L’auteur est : Président de l’ASNA (Association des universitaires algériens pour la promotion des études de sécurité nationale) Notes de renvoi : - 1) Expert Magazine. Par Dr Mourad Goumiri
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