Dérives des politiques migratoires européennes en Algérie

Salima Mellah, Algeria-Watch, 8 août 2017

L’Algérie enregistre depuis quelques mois des accès de déchaînement raciste à l’encontre de réfugiés subsahariens. Ces poussées xénophobes sont accompagnées de déclarations de quelques responsables et personnalités politiques qui s’expriment crûment sur certains médias et sur les réseaux sociaux. L’objectif déclaré de ces attaques est l’expulsion de populations considérées comme inutiles, porteuses de maladie, source de trafics de drogue et de criminalité. Des déclarations de ce genre, surtout lorsqu’elles émanent de ministres et autres fonctionnaires, ne sont pas anodines. Ces propos très graves ne peuvent relever de malencontreux dérapages, ils traduisent les contradictions au sommet de l’État quant à une politique migratoire qui oscille entre laxisme et répression sauvage d’une part, et respect des engagements pris avec l’Union européenne en matière de régulation et d’externalisation de la migration, d’autre part. Les dernières annonces par presse interposée, qu’il s’agisse du recensement des migrants ou de l’introduction d’une loi d’asile ne sont pas l’expression de décisions souveraines du gouvernement algérien mais font partie du catalogue de mesures recommandées par l’Europe.

La fabrication d’un problème

Algériens et Européens s’entendent pour sonner conjointement l’alarme et souligner l’urgence d’endiguer l’arrivée de migrants. En réalité, le nombre de ces personnes en Algérie reste relativement bas par rapport à l’étendue du territoire et à la population du pays. Officiellement, il est question de 25 000 personnes, le nombre réel pourrait être de 100 0001. Dans de nombreux domaines tels la construction et l’agriculture, cette main-d’œuvre exploitée et sous-payée est indispensable. Dans ces populations, il y a lieu de distinguer les exilés qui ne souhaitent que transiter par le pays avant de se rendre en Libye ou au Maroc pour tenter de franchir la Méditerranée. Une majorité des migrants survit dans des conditions extrêmes, exploités par des employeurs jamais contrôlés, beaucoup sont contraints à la mendicité. Contrairement à des déclarations lénifiantes, les autorités n’accueillent pas ces réfugiés et ne les accompagnent que pour les expulser.

Alors que par le passé, elles traitaient la question de la migration dans un mélange de laxisme et de fermeté, les pressions européennes conjuguées avec la crise économique semblent justifier un durcissement qui se traduit par des rafles policières et des expulsions brutales comme celle de décembre 20162. Parallèlement, un discours de plus en hostile à la présence de Subsahariens est toléré, lorsqu’il n’est pas le fait des responsables eux-mêmes. Ce qui n’empêche pas ces derniers d’exprimer des critiques justifiées vis-à-vis de la politique migratoire européenne tout en se montrant verbalement solidaires avec les migrants subsahariens. Mais il ne s’agit là que de postures pour masquer une politique de plus en plus répressive à l’égard de ces émigrés de la désespérance. Ainsi des accords de rapatriement de nationaux ont été passés en décembre 2014 avec le Niger. Ce pays émet de surcroît des autorisations ponctuelles pour l’entrée de ressortissants de diverses nationalités africaines expulsés d’Algérie.

L’Algérie est objectivement donc loin d’être submergée par un afflux de personnes qu’elle ne pourrait prendre en charge. Sans les contraintes imposées par les politiques, et avec une véritable volonté d’accueil, la question des migrants ne se poserait pas avec une telle acuité. La situation qui est créée par ces déclarations racistes et alarmistes constitue la dimension visible, publique, d’une politique de prévention d’un problème qui ne se pose pas en termes de masses ou d’urgence. En effet, les Européens anticipent une évolution des itinéraires de migration. Ils craignent qu’avec la dégradation des possibilités de passage par la Libye, les routes vers le Nord ne soient détournées vers d’autres pays, parmi lesquels l’Algérie. Il est donc nécessaire dans cette logique d’établir dès que possible un système juridique, sécuritaire et social de gestion des migrants. Le gouvernement algérien se plie progressivement aux décisions prises lors des sommets et rencontres régionaux, non sans exprimer quelques réticences qui peuvent déboucher sur des débordements racistes.

Entre racisme d’État et promesses d’accueil

C’est ainsi que de manière récurrente les réseaux sociaux algériens s’emballent et fustigent sans nuance la présence des migrants et réfugiés subsahariens. Ces populations sont traînées dans la boue, traitées de tous les noms et rendues responsables de tous les maux. Comme lors d’une nouvelle campagne raciste initiée à la mi-juin 2017 et qui a atteint des sommets de férocité3. Ces attaques virtuelles qui malheureusement s’accompagnent également d’agressions verbales directes peuvent déboucher sur des affrontements entre Algériens et réfugiés4. Il faut tout de même relever que de nombreux citoyens, scandalisés par ces dérives honteuses, se mobilisent pour exprimer leur solidarité et dénoncer ces comportements dans un pays qui a lui-même subi le racisme et se targue de son héritage de soutien aux luttes anticoloniales sur le continent et au-delà. Mais comment s’étonner de ces flambées racistes quand des personnalités publiques comme Farouk Ksentini, ancien président de l’institution nationale des droits de l’Homme, déclare que les Algériens sont « exposés au risque de la propagation du sida ainsi que d’autres maladies sexuellement transmissibles à cause de la présence de ces migrants »5 et exige leur expulsion ?

Si d’autres responsables politiques ont eux aussi exprimé des propos hostiles à l’encontre des Subsahariens, Ahmed Ouyahia, président de parti politique et chef du cabinet de la présidence de la République, se singularise quant à lui par un discours extrémiste. Cette figure du régime algérien a, en quelques phrases, déversé tout son mépris en s’érigeant en donneur de leçons et critique des exigences européennes. Ses déclarations du 8 juillet 2017 sont de ce point de vue, particulièrement révélatrices : « Premièrement, ces gens-là sont venus en Algérie de manière illégale, secundo, la loi algérienne ne permet pas l’emploi de la main-d’œuvre étrangère. […] Cette communauté étrangère, qui réside en Algérie de manière illégale, est source de crimes, de trafics de drogue et plusieurs autres fléaux. Nous ne disons pas aux autorités, jetez ces migrants à la mer ou au-delà des déserts. Mais le séjour en Algérie doit obéir à des règles. On ne laissera pas le peuple algérien souffrir de l’anarchie. Quand on me parle de droits de l’Homme, je dis, premièrement, que nous sommes souverains chez nous. Regardez, il y a une grande nation dans le monde qui construit un mur pour que les étrangers ne viennent pas, regardez les Européens, ils veulent faire de l’Algérie et des pays nord-africains des camps de réfugiés pour empêcher les migrants d’aller en Europe6. »

En cadre discipliné d’un système qu’il sert loyalement, Ouyahia exprime la position des « décideurs » et ses propos sont autant de messages lancés au gouvernement : tolérance zéro pour les personnes en situation illégale. Le message est d’autant plus clair et direct que le Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, laissait entendre le 23 juin « qu’une “carte de séjour” sera octroyée à “chaque réfugié dont la présence en Algérie est acceptable”, ce qui lui permettra de “travailler”. Pour ceux qui ne seront pas considérés comme réfugiés, le gouvernement prévoit de les reconduire vers leurs pays dans des “conditions acceptables”7 ». Si cette déclaration semble plus conciliante, elle ne diffère dans le fond pas tant de celle d’Ouyahia, car l’un et l’autre veulent en réalité se débarrasser du plus grand nombre possible de migrants. Ahmed Ouyahia exprime ouvertement son irritation devant le rôle que les Européens aimeraient faire jouer à l’Algérie. Mais sur ce registre, il n’est pas isolé. De fait, le ministre de l’Intérieur le rejoint sur ce terrain comme en témoigne sa sortie on ne peut plus claire sur l’immigration illégale : « Nous supportons un fardeau de plus en plus lourd et nous agissons positivement, en dépit de tous les défis, même si nous pensons que nos partenaires internationaux doivent en tenir compte8. » Quant au ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, il considère pour sa part que « les migrants clandestins constituent une menace pour la sécurité nationale ». Ces discours choquants de responsables algériens font écho à ceux de leurs partenaires européens évidemment plus policés qui délèguent le « sale boulot » aux pays tiers.

Une politique européenne de plus en plus coercitive…

À travers le monde, des centaines de milliers de personnes sont jetées sur les routes en raison de la multiplication des guerres, des conflits, mais également des destructions écologiques, des pénuries de ressources et de moyens de subsistance, etc. Il faut toutefois relativiser l’impact de la migration sur l’Union européenne puisque des 65 millions de déracinés, dont 21 millions de réfugiés, sur la planète en 2015, près d’un million seulement est arrivé sur le « vieux » continent. Mais l’Europe anticipe des flux bien plus importants et met en place une stratégie qui a pour objectif de réduire au minimum les entrées de réfugiés en Europe. Il s’agit d’abord pour les Européens de fixer ces populations en mouvement dans les pays traditionnellement de transit, comme l’Algérie. Tout en sous-traitant la surveillance des frontières au Sud de la Méditerranée, à la frontière du Sahel par exemple, aux pays du Maghreb et du Sahel. Le but est d’imposer à ces pays des politiques qui violent leurs usages9 alors même qu’ils ne disposent ni des outils juridiques ni des institutions compétentes, et non plus des structures et moyens permettant une gestion bureaucratique et répressive des migrants.

Il en résulte pour ces pays une régression à tous les niveaux : les traditions de mobilité sont bafouées ; la circulation des hommes et des femmes pour des travaux temporaires est bloquée ; des check-points sur les routes de migration et les contrôles aux frontières génèrent un système de passe-droits qui se conjugue avec l’emploi de plus en plus systématique de la violence par les gardes-frontières. Des camps de fortune sont créés par ceux qui soit veulent migrer plus loin ou qui ne peuvent plus effectuer le va-et-vient entre leur pays d’origine et les pays voisins sans évoquer l’installation de camps par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) d’où sont organisés les renvois des réfugiés10. En revanche, les raisons pour lesquelles beaucoup de réfugiés ont fui leur pays et cherchent une protection ne sont pas prises en compte ni en Europe ni dans les pays où ils cherchent refuge. Les autorités algériennes ne veulent surtout pas de camps gérés par des institutions internationales, elles rejettent le principe de tels camps et ne mettent que de très rares bâtiments à la disposition des réfugiés tout en tolérant des bidonvilles de toile et de bâches où les exilés croupissent dans des conditions infrahumaines.

Pour l’Algérie, la machinerie s’est mise en branle avec l’entrée en vigueur en 2005 de l’accord d’association avec l’Union européenne dans lequel l’article 84 en particulier est consacré à la lutte contre l’immigration clandestine et consacre « la réadmission de ressortissants d’autres pays en provenance directe du territoire de l’une des parties11 ». Ainsi, il était prévu que des accords de réadmission soient signés et mis en œuvre entre les différents membres de l’UE et l’Algérie. Ces accords existent dorénavant avec la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni12. Les pressions se sont accentuées sur l’État algérien, depuis que ses voisins marocain et tunisien se sont dotés, respectivement en 2003 et 2004, de textes de loi régissant l’entrée et le séjour d’étrangers. L’État algérien a adopté le 25 juin 2008 la loi relative aux conditions d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers, qui remplace le texte sur les droits des étrangers datant de 1966. Le 25 février 2009, il a procédé à la modification du Code pénal pour y introduire le délit de sortie irrégulière du territoire pour les citoyens algériens et les étrangers résidents, ainsi que les crimes de trafic de migrants et de traite des personnes.

Toute une batterie d’accords, d’instruments, de processus et de dispositifs a été développée depuis une vingtaine d’année, notamment l’accord d’association avec l’UE. Dans cet ensemble très dense, certains dispositifs ont des implications particulièrement importantes. Ainsi le « processus de Rabat » en 2006 qui réunit plus d’une cinquantaine de pays européens et africains de l’Afrique du Nord, de l’Ouest et du centre afin de lutter contre la migration irrégulière ; le « processus de Khartoum » de novembre 2014, spécifique à l’Afrique de l’Est, qui vise à interrompre les mouvements de transit en contrôlant les frontières et en installant des camps dans les pays d’Afrique et du Maghreb-Machrek où seraient enregistrées les demandes d’asile. Ces dispositifs ont été renforcés lors du sommet de La Valette (Malte) en novembre 2015, auquel l’Algérie a également participé, par un plan d’action articulé autour de cinq priorités : lutte contre les causes de la migration irrégulière, protection et asile, migration légale, lutte contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants, retour et réintégration. Un fonds fiduciaire européen pour l’Afrique a également été instauré à cette occasion, notamment destiné à renforcer les dispositifs pratiques tels la formation et équipement des garde-côtes et des garde-frontières, la sécurisation des frontières par leur militarisation, l’identification des migrants, etc. La coopération s’étend également à des initiatives régionales comme le réseau méditerranéen Seahorse13. Mis en place en 2013 entre l’UE et les États d’Afrique du Nord, cette plate-forme sert à échanger directement des informations sur les mouvements en mer et les patrouilles des garde-côtes.

avec des répercussions dramatiques pour les réfugiés

L’année 2017 a été riche en rencontres entre l’Algérie et l’Union européenne. Cela est illustré par l’adoption de priorités de partenariat UE/Algérie en mars 2017 dans le cadre de la Politique européenne de voisinage (PEV) révisée, pour la période 2016-2020. Le ministre des Affaires maghrébines de l’époque, Abdelkader Messahel, s’est rendu à Bruxelles les 23 et 24 mai 2017 pour discuter de ces priorités parmi lesquelles figure, au premier chef, le volet migration. La coopération entre l’Algérie et l’UE, en référence au sommet de La Valette de 2015, s’étend à la « gestion des flux migratoires […] à travers un renforcement de leur dialogue et coopération en matière consulaire, de facilitation des procédures de délivrance des visas, de contrôle des frontières, de lutte contre la fraude documentaire et le trafic de migrants, de politique de retour des migrants irréguliers en s’attachant à leur réintégration durable, ainsi qu’en vue d’améliorer le système de protection internationale et d’asile14 ».

Au fil des négociations, l’État algérien intègre de facto les règlements définis par l’UE en introduisant des dispositifs inexistants jusqu’alors dans son corpus juridique pour réguler la présence de migrants et de réfugiés dans le pays ainsi que pour assurer le contrôle des frontières extérieures de l’Europe. C’est sur ce dernier volet que les autorités se concentrent de plus en plus. Le verrouillage et la militarisation de la frontière entre le Maroc et l’Algérie sont assurés par des murs et des tranchées15 ainsi que de nombreux postes de surveillance situées aux abords des villages frontaliers16. Les frontières avec le Niger, le Mali et la Mauritanie sont elles aussi de plus en plus sévèrement bouclées par un déploiement massif de l’armée, de la gendarmerie nationale et des gardes-frontières. Des bandes limitrophes à ces trois pays seraient classées zones militaires interdites aux civils qui ne sont pas munis d’une autorisation de passage17. La devise semble être : « Sans migrants pas de problèmes de migrants18. »

Il est entre-temps décidé que la réduction du nombre de réfugiés en Algérie soit accompagnée d’un encadrement plus strict. Ainsi, peu après la visite du ministre Messahel à Bruxelles, plusieurs annonces allant dans le sens des recommandations européennes ont été faites par des responsables algériens. Le Premier ministre a déclaré que « le ministère de l’Intérieur procède actuellement, à travers les services de la police et de la gendarmerie, au recensement complet de tous les réfugiés19. » Il s’agit en fait de la concrétisation « d’un premier projet au titre du fonds fiduciaire de l’UE pour l’Afrique : réalisation d’une enquête statistique sur les migrations20 ». Il est dorénavant question d’introduire un droit d’asile. Un projet de loi portant sur le statut des réfugiés et des apatrides serait en préparation au niveau du ministère des Affaires étrangères pour être présenté devant le Parlement lors de la session en cours21. Si les responsables algériens soutiennent le principe d’impulser le retour volontaire des migrants dans leurs pays d’origine, ils s’opposent catégoriquement à la mise en place de camps tels que le recommande l’UE afin d’étudier les demandes d’asile des réfugiés ou de les expulser. Selon M. Messahel, des négociations seraient en cours avec plusieurs pays pour le rapatriement de leurs ressortissants comme c’est déjà le cas avec le Niger et le Mali22.

La boucle est bouclée : le dialogue entre l’UE et l’Algérie mené à Bruxelles sur la sécurité, la lutte contre le terrorisme et la migration clandestine est directement concrétisé à Alger par des actions sur le terrain. Le durcissement des méthodes employées aujourd’hui contre la migration illégale s’accentue avec le recours aux moyens militaires mis en œuvre dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité. Dans ce décor de répression et de terreur, le discours déployé pour stigmatiser les migrants se sert de tous les registres : après la criminalité et les maladies, c’est la menace terroriste qui est invoquée. Le ministre des Affaires étrangères a annoncé le 10 juillet 2017 des « mesures urgentes » pour combattre les « réseaux organisés » responsables de l’« afflux de migrants », qui représenterait « une menace pour la sécurité nationale ». Le ministère souligne que les réseaux de trafic humain sont en relation directe avec des groupes terroristes et le crime organisé et « qu’il est de notre devoir en tant que gouvernement et Algériens de défendre la souveraineté et la sécurité de notre pays, et c’est aussi un droit23. » Cette déclaration d’intention prend tout son sens en s’inscrivant en droite ligne des projets de l’UE visant à soutenir la mise en place opérationnelle de la force conjointe du G5 (composée de forces du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Nigeria et du Tchad) à hauteur de 50 millions d’euros pour la « sécurisation » des frontières et la lutte contre le terrorisme. À ce niveau aussi, la lutte contre le terrorisme se conjugue avec lutte contre la migration24.

Les responsables politiques algériens se défaussent sur la population pour justifier les rafles policières et les expulsions violentes des exilés subsahariens. Selon les porte-voix du régime, les citoyens, bien que jamais consultés, ne toléreraient pas les campements sauvages à proximité de leurs quartiers, n’accepteraient pas la concurrence sur le marché du travail, craindraient la criminalité et les maladies, etc. Or, il est non seulement de la responsabilité de l’État d’accueillir ces personnes dans le respect de leur dignité mais également de cesser de les stigmatiser comme le font ses représentants. En flattant les plus vils instincts, ces indignes discours racistes suscitent et alimentent des comportements hostiles de la part de catégories désemparées en proie aux difficultés d’un pays écrasé par une bureaucratie aussi inefficace que corrompue. Au-delà de leur aspect manipulatoire évident, ces discours de « responsables » sont un véritable reniement d’un passé récent et confortent les pires racismes et banalisent l’oppression des populations d’origine algérienne en Europe. Plus éloquemment, ces dérives démagogiques, aussi vulgaires qu’irresponsables, ne peuvent occulter, bien au contraire, le fait que les Algériens eux-mêmes ont une longue tradition d’émigration. Durant la guerre de libération mais aussi pendant la « sale guerre » des années 1990 pour fuir la violence mais également pour échapper au chômage et la précarité. Loin des crispations sécuritaires des Européens et de leurs égoïsmes aveugles, l’Algérie a les moyens de pratiquer une politique honorable à l’égard de ses voisins du Sud, conforme à ses traditions et dans l’esprit de la solidarité africaine forgé au cours de son histoire.

Voir aussi de Salima Mellah

La « forteresse » Europe commence en Afrique du nord (12.03.17)

Une politique de la mort: Migrations, la Méditerranée et l’Europe (20.02.17)

Notes

1 Faten Hayed, « L’Algérie terre d’installation pour les migrants », El Watan, 9 septembre 2016.

2 « Algérie : le calvaire des migrants expulsés vers Tamanrasset », RFI, 9 décembre 2016, http://www.rfi.fr/afrique/20161209-algerie-migrants-voie-expulsion-precarite-tamanrasset

3 Voici quelques-uns des commentaires partagés sur les réseaux sociaux : « Il faut les exterminer comme des rats, car ils vivent comme des rats. » « Rentrez chez vous. » « C’est une occupation intérieure. » « Chassons-les pour préserver nos enfants et nos sœurs. » « Les Algériens prioritaires, dehors les Africains. » « Ils violent et répandent le sida dans nos villes » (cité par Adlène Meddi, « Algérie, campagne anti-migrants : ce racisme qui ne dit pas son nom », Le Point, 26 juin 2017, http://afrique.lepoint.fr/actualites/algerie-campagne-anti-migrants-ce-racisme-qui-ne-dit-pas-son-nom-25-06-2017-2138142_2365.php

4 A titre d’exemple voir : « Annaba, affrontements entre des Subsahariens et des habitants de Boukhadra », Liberté, 29 juillet 2017.

5 Achira Mammeri, « Farouk Ksentini accuse les migrants subsahariens de propager le sida en Algérie », TSA, 5 décembre 2016.

6 https://www.youtube.com/embed/Bxg0TB6O310?enablejsapi=1. Il faut ici relever que le directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), Abdelghani El Hamel, contredit les accusations concernant la « dangerosité » des Subsahariens en situation irrégulière et considère que le débat autour de leur rapatriement est « éminemment politique » (voir Madjid Makedhi, « Abdelghani El Hamel contredit Ouyahia et Messahel », El Watan, 18 juillet 2017).

7 R. N., « Tebboune : la présence des migrants subsahariens en Algérie sera réglementée », Le Quotidien d’Oran, 27 juin 2017.

8 Mokrane Ait Ouarabi, « Traitement des migrants clandestins : les explications de Bedoui », El Watan, 22 juillet 2017.

9 Samir Abi, « L’Afrique de l’Ouest : une intégration régionale mise en péril par l’UE », http://www.obsmigration.org/wp-content/uploads/2016/12/Rapport-mission-de-monitoring-des-droits-des-migrants-%C3%A0-Agadez-Niger.pdf

10 « L’UE a également alloué des fonds à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour ouvrir trois centres de transit, dont un à Agadez, permettre aux migrants de prendre “des décisions en meilleure connaissance de cause sur la migration” et aider ceux qui sont interceptés et renvoyés à Agadez à rentrer chez eux » (in Ibrahim Manzo Diallo, « La stratégie de l’UE freine le flux migratoire au Niger, mais à quel prix ? », IRIN, 2 février 2017, http://www.irinnews.org/fr/analyses/2016/06/30/l’europe-tente-d’acheter-sa-sortie-de-la-crise-migratoire).

11 https://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/accord_association_fr.pdf

12 Accord euro-méditerranéen CE/Algérie du 22 avril 2002, article 84, entré en vigueur le 1er septembre 2005, Journal officiel de l’Union européenne, 10 octobre 2005, http://www.gisti.org/IMG/pdf/accord_ce-algerie_2002-04-22.pdf

14 http://www.consilium.europa.eu/en/meetings/fac/2017/03/st03101-ad01_fr17_pdf/

15 https://www.bladi.net/algerie-mur-frontiere-maroc,46112.html

16 http://fr.le360.ma/politique/larmee-algerienne-installe-des-postes-de-surveillance-avances-sur-sa-frontiere-avec-le-maroc-56215

17 http://www.algerie-focus.com/2017/07/migration-lalgerie-blinde-frontieres/

18 Les ressortissants maliens et mauritaniens peuvent en principe se rendre en Algérie et y séjourner pendant trois mois sans visa. Ces nouvelles contraintes leur interdisant l’entrée enfreignent cette règle.

19 R.N., « Tebboune : la présence des migrants subsahariens en Algérie sera réglementée », Le Quotidien d’Oran, 27 juin 2017.

20 « Communication conjointe au Parlement européen, au Conseil européen et au Conseil, La migration le long de la route de la Méditerranée centrale, Gérer les flux migratoires, sauver des vies », 25 janvier 2017, http://eur-lex.europa.eu/resource.html?uri=cellar:6e6590bb-e2fa-11e6-ad7c-01aa75ed71a1.0010.02/DOC_1&format=PDF

21 Hanafi Hattou, « Réfugiés : un projet de loi bientôt devant l’APN », Liberté, 21 juin 2017, http://www.liberte-algerie.com/actualite/refugies-un-projet-de-loi-bientot-devant-lapn-272298

22 APS, « Messahel : “Le gouvernement en phase de prendre des mesures urgentes” », Le Soir d’Algérie, 11 juillet 2017.

23 Ibid.

9

 
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