|
|||||
| L’Algérie en faillite : Le poids de la crise identitaire
J’ai lu la
traduction de la conférence
prononcée par Lahouari Addi dans une université américaine
. Comme toujours, il a su utiliser les mots qu’il faut pour décrire
la crise algérienne. Son objectivité et sa rigueur intellectuelles
sont remarquables . Cependant, l’armée
au pouvoir est loin d’être une première dans ce monde
. Dans de nombreux pays, l’armée est aux commandes mais ces
pays ne souffrent pas de guerres civiles. Dans ces pays ,les protagonistes
que sont l’armée au pouvoir et l’opposition islamiste,
ont tracé des lignes rouges à ne pas franchir .Ces lignes
rouges ont pour but de préserver le pays commun et l’avenir
commun . En Algérie, on n’hésite pas à scier
la bronche sur laquelle nous sommes tous assis car la notion d’intérêts
communs est mal assimilée . L’absence du sentiment d’un
avenir commun est liée à une crise identitaire . Les appartenances
ethniques, culturelles et territoriales caractérisent les identités
des individus et des nations . Osmani, l’ancien gardien de but de l’équipe nationale de football, déclarait aux journalistes, le jour où l’Algérie remportait la coupe d’Afrique des nations en 1990, qu’il dédiait cette coupe à tous les musulmans . L’athlète Merrah, championne olympique en 2000 sur le 1500 mètres, déclarait qu’elle dédiait sa médaille d’or à tous les arabes . Pour des raisons idéologiques, les islamistes algériens rejètent le costume occidental . Cependant, ils ne mettent que rarement le costume traditionnel algérien car ils préfèrent ceux d’Egypte et d’Afghanistan . Alors que le Carthaginois Hannibal fait la fierté des tunisiens et son portrait figure sur de nombreux billets de banque en Tunisie, des personnalités historiques comme Massinissa ou Saint Augustin, ne sont connus que par très peu d’Algériens . Ali Kafi, l’ancien président du haut conseil d’état ( Présidence collégiale de la république, de 1992 à 1994) , mentionne dans ses mémoires à plusieurs reprises l’expression « notre nation arabe »,mais il ne dira pas un mot au sujet de la nation algérienne . L’ancien président de la République Benbella, déclarait à son retour à Alger en 1962 : « Je suis arabe, je suis arabe, je suis arabe » . Messieurs les présidents,
être algérien tout court, ne vous suffit-il pas ? En psychiatrie, la crise identitaire représente un des symptômes de la crise d’adolescence . Peut-on dire que l’Algérie souffre d’une interminable crise d’adolescence ? Peut-on affirmer que le processus qui mène à la création de la nation algérienne est en cours et qu’il n’est pas encore achevé ? Dans ses discours, Bouteflika veut faire croire aux Algériens que du temps de Boumediene, l’Algérie était une grande nation . Monsieur le Président, avant de parler de grande nation, ne doit-on pas commencer tout simplement par créer la nation ? ou au moins commencer par achever le processus de sa création ? Je ne sais pas si
la nation Arabo-islamique a existé un jour, en tout cas je ne la
vois nulle part aujourd’hui . Sinon comment peut-on expliquer les
deux guerres du golfe arabo-persique ? Comment expliquer le fait que le
problème Palestinien est toujours d’actualité ? Le sentiment d’appartenir à des nations qui n’existent que dans l’imaginaire de certains, est révélateur de crise . Même si cette nation arabo-islamique existait, elle ne servirait à rien . Sachant que le zéro est un chiffre absorbant, l’accumulation de nullités ne créera pas obligatoirement une force . Autrement dit, si on signe un pacte d’union entre par exemple le Yemen, le Pakistan et l’Algérie, on ne débouchera sur rien tant que ces pays n’ont pas réalisé chez eux un minimum de progrès politique, économique et socioculturel . L’union pour commencer devrait se faire entre les différentes régions d’Algérie . Une dynamique économique et commerciale mobilisera les différents coins du pays dans un contexte de paix, sous l’œil veillant d’un gouvernement légitime représentant un état de droit . Une fois cet objectif atteint, l’Algérie se tournera vers ses alliés naturels que sont le Maroc et la Tunisie pour concrétiser enfin l’union du Maghreb . Cette union maghrébine ne sera possible qu’après un changement des mentalités . La conception tiers-mondiste du voisinage qui consiste à vouloir empêcher le soleil de briller sur le voisin est révolue . Quand le soleil brille sur un pays du Maghreb ,ce dernier ne fera pas obligatoirement de l’ombre à ses voisins. Le régime
en place en Algérie a oublié de donner une identité
algérienne au peuple d’où la crise identitaire . Cette
dernière est endémique et s’étend pour atteindre
le sommet de l’état . La médiation de Chadli a offert aux égyptiens le rôle de sous-traitants commerciaux vis à vis des libyens qui souffraient de plusieurs années d’embargo . En voulant défendre « les intérêts suprêmes de la nation arabe »,Chadli a privé l’Algérie d’un marché de plusieurs milliards de dollars . Cette crise identitaire a des conséquences. En continuant à regarder vers l’orient tout en refusant de se regarder et d’avoir confiance en nos capacités, nous avons fini par prendre comme modèles des pays tels que l’Egypte et l’Afghanistan alors qu’on a les moyens de faire beaucoup mieux . Beaucoup d’hommes politiques algériens se comportent comme des personnes adultères, ils vivent en Algérie, profitent des richesses du pays alors qu’ils ont le regard ailleurs . La crise identitaire n’épargne pas l’opposition qui reste prisonnière de ses particularismes communautaires et idéologiques . Les différents courants de cette opposition refusent les moindres concessions en vue de créer un front capable d’assurer une véritable alternance politique . Les Algériens devraient comprendre que ce qui s’écroule actuellement c’est l’Algérie et non pas l’Islam . L’application de la charia n’est pas une urgence . L’extrême urgence consiste à sauver rapidement le pays d’un écroulement qui semble imminent . Si les choses continuent à ce rythme, on risque d’appliquer un jour la charia sur les ruines de notre pays . Comme il existe des mythes fondateurs d’un pays, il existe aussi des mythes dévastateurs de celui ci . Des valeurs supposées sacrées telles que l’honneur de l’armée, la légitimité historique, le sacrifice pour un Islam qui serait menacé, la grandeur d’une nation arabe qui n’existe pas, constituent des mythes dévastateurs surtout s’ils évoluent sur un terrain marqué par une crise identitaire et par une indigence de la vie culturelle et politique . Le mouvement islamiste algérien devrait prendre rapidement conscience et évoluer par pragmatisme et réalisme vers un mouvement nationaliste . Le nationalisme algérien ne veut pas dire amour aveugle du F.L.N, ni culte des martyrs . Il ne veut pas dire non plus extrémisme, expansionnisme ni racisme . Il veut dire, une langue algérienne, une architecture algérienne, un moi algérien, des intérêts algériens défendus par un gouvernement légitime, moderniste, humaniste et réaliste . Le nationalisme islamique est né au Moyen-Orient . Les Ottomans l’ont utilisé pour étouffer toute tentative de séparatisme arabe et consolider ainsi leur domination . Le roi Fayçal d’Arabie Saoudite s’en est servi pour contrer le nationalisme de Djamel Abdennasser . Les américains l’ont exploité pour précipiter la chute du communisme . Le nationalisme arabe est né au Moyen-Orient aussi . Les anglais l’ont utilisé au 19e siècle pour encourager les soulèvements arabes contre les ottomans . Les Chrétiens d’orient l’ont utilisé pour éloigner toute menace de nationalisme islamique . Le Président égyptien Abdennasser s’en est servi pour pousser les pays de la région à payer les factures de ses guerres mal préparées et bien sûr perdues face à Israël . Ce même nationalisme arabe fut utilisé par les américains pour isoler l’Iran de Khomeyni . L’Algérie n’est en rien concernée par ces nationalismes arabo-islamiques qui ne servent pas obligatoirement nos intérêts et qui ont pour but de réduire notre pays à une éternelle province d’un Moyen-Orient souffrant de dictatures, de corruption et d’instabilité . Le Moyen-Orient, berceau des trois religions monothéistes est en faillite actuellement . Il n’a à nous proposer aujourd’hui que le populisme de Djamel Abdennasser, le cynisme et l’impulsivité de Saddam et le théâtralisme de Ben Laden . Le séparatisme politique et idéologique vis à vis du Moyen-Orient, peut constituer un premier pas vers l’émergence en Algérie d’un état moderne et réaliste . En sous-traitants fidèles à leurs maîtres respectivement américains et soviétiques, le roi Fayçal d’Arabie Saoudite et le Président égyptien Abdennasser voulaient se partager le monde arabo-islamique . La Turquie et l’Iran par leur poids et leur histoire ont échappé à ce contrôle. C’est ainsi
que le Pakistan, l’Afghanistan et la Tchétchénie se
retrouvent dans les filets Saoudiens . l’Algérie
n’a pas su se protéger contre les courants idéologiques
venus du Moyen-Orient . La crise identitaire a fait le reste en nous rendant
plus réceptifs . Le retrait de l’armée
du champ politique est impératif . Cependant il ne rétablira
pas à lui seul la paix et l’ordre . Les islamistes doivent
tenir compte des intérêts de l’Algérie . Le
contexte international actuel est une donnée à laquelle
ils ne pourront pas tourner le dos .
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||