Le point de l'actualité

BULLETIN D'INFORMATION SUR L'ALGÉRIE
Commission socialiste de solidarité internationale
Genève, le 1er octobre 2001

(Le Jeune Indépendant 25.9 / AP, Libération 27.9 / AP, Reuters 28.9 / AP
29.9 / AFP, Le Soir, Le Quotidien d'Oran, Le Matin 30.9)

Un Algérien de 27 ans arrêté le 21 septembre en Grande-Bretagne, Lofti Raissi,
aurait formé quatre des auteurs des attentats du 11 septembre aux USA, selon les
procureurs britanniques. Lofti Raissi a comparu le 28 septembre devant le
tribunal qui doit se prononcer sur son extradition vers les USA. Il aurait
passé son brevet de pilote aux USA, dans la même école d'aviation que les
quatre "pirates de l'air". Il nie "catégoriquement toute implication dans
la récente terrible tragédie", a fait savoir son avocat. Lofti Raissi
restera en détention jusqu'à sa prochaine comparution, en principe le 5
octobre. Trois autres personnes, dont son épouse, interrogées dans le cadre
de la même affaire, ont été remises en liberté.Un autre Algérien arrêté en
Grande-Bretagne (en juillet), Amar Makhnoulif, alias "abou Doha", fait
également l'objet d'une demande d'extradition des USA pour son implication
présumée dans une tentative d'attentat à Los Angeles. Selon les Etats-Unis,
il était chargé de superviser un groupe d'islamistes algériens ayant pour
mission d'utiliser "une arme de destruction massive". Une quinzaine de
personnes sont en outre interrogées en Grande-Bretagne dans le cadre de la
campagne internationale "antiterroriste" (sélective) lancée par les
Etats-Unis après le 11 septembre. Enfin, un autre algérien, Kamel Daoudi, a
été expulsé le 28 septembre de Grande-Bretagne vers la France, où il a été
placé en garde - vue par le contre-espionnage (la DST) à Paris, dans le
cadre d'une procédure pour "association de malfaiteurs en vue de préparer
un acte terroriste" contre des intérêts américains en France.
En France, deux membres présumés d'un réseau de soutien aux GIA algériens
ont comparu le 27 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris, sous
l'accusation commune d'"association de malfaiteurs en relation avec une
entreprise terroriste", de"falsification de documents administratifs" pour
l'un (Zoheir Choulah) et de "complicité de falsification" pour l'autre
(Saïd Atmani). Les deux hommes ont réfuté ces accusations. D'origine
algérienne tous deux, ils ont acquis la nationalité bosniaque après avoir
combattu les Serbes en Bosnie dans les années '90. La justice française les
soupçonne d'avoir contribué à la mise en place d'un réseau de faux papiers
animé par Fateh Kamel. Ils ont déjà été condamné pour la même affaire à
cinq ans d'emprisonnement ferme en avril 2001, mais ont demandé à être
rejugés, le premier jugement ayant été prononcés alors qu'ils étaient en
fuite.
Le 28 septembre, le procès de 24 autres membres présumés d'un autre réseau
de soutien en armes et faux papiers pour les GIA algériens s'est ouvert
devant le tribunal correctionnel de Paris. L'un des prévenus aurait reconnu
que ce réseau avait été financé par Oussama Ben Laden. Selon le procureur,
les membres du réseau seraient adhérents du mouvement fondamentaliste
sunniste "Taqfir". 17 des 24 prévenus comparaissent libres, deux sont en
détention provisoire en France, l'un en détention extraditionnelle en
Italie et quatre ne se sont pas présentés. L'un des prévenus, Omar
Boualouche, a été extradé de Suisse à la fin septembre.
En Espagne, six Algériens ont été placés le 28 septembre en détention sous
l'accusation d'appartenir au GSPC de Hassan Hattab, lequel GSPC est accusé
d'être financé par Oussama Ben Laden et d'être l'un des éléments de la
"Qaeda".
L'offensive policière contre les réseaux islamistes en Europe n'a cependant
pas empêché le ministre allemand des Affaires étrangères, Joshka Fischer,
d'accuser "certains gouvernements" au nombre desquels, selon "Libération",
le gouvernement algérien) de tenter "d'utiliser la lutte contre le
terrorisme pour écraser leur opposition", et d'affirmer que les attentats
du 11 septembre ne sauraient être le prétexte d'atteintes aux droits de
l'homme".
En Algérie, si la presse met depuis le 11 septembre systématiquement en
avant les connexions entre la "Qaeda" de Ben Laden et les groupes armés
islamistes algériens, et fait le parallèle entre le terrorisme qui a frappé
les USA et celui qui sévit en Algérie depuis 10 ans, l'opinion publique
semble plus réservée, et douter à la fois de la responsabilité de Ben Laden
dans les attentats américains et de la parenté de ses réseaux avec les
groupes armés algériens. "La précision du montage de l'opération (aux USA)
et son exécution quasi parfaite font l'admiration de la rue", note l'AFP,
mais en même temps illustrent la différence entre le terrorisme brutal,
sauvage et "primitif" qui sévit en Algérie. Ces doutes nourrissent les
hypothèses les plus ivraisemblables sur les commanditaires réels des
attentats aux USA, comme cette hypothèse selon laquelle les attentats
auraient été commandités par les services secrets israéliens (pour avoir
les mains libres contre les Palestiniens) ou russes (pour avoir les mains
libres en Tchétchénie). Le 28 septembre, des jeunes ont défilé à Alger, à
la sortie d'un match de football, en scandant des slogans à la gloire de
Ben Laden et en dénonçant les "valets des Américains". La "Ligue pour
l'appel à la nation", qui rassemble les "islamo-conservateurs", a appelé le
27 septembre à Constantine à refuser toute "alliance avec les USA" (avec
les "oppresseurs américains") tant qu'une "justice globale" n'aura pas été
instaurée dans le monde, selon les termes du président de l'Association des
Oulémas algériens, Abdelrahmane Chibane Pour Ennahda, Lahbib Adami a par
avance condamné "toute attaque contre le peuple afghan". Le chef du MSP,
Mahfoud Nahnah (lors d'un meeting séparé) aurait quant à lui qualifié
Oussama Ben Laden de "victime comme le sont tous les musulmans dans le
monde".
Le GSPC, dans un communiqué signé de Hassan Hattab, daté du 21 septembre et
adressé par courrier électronique aux rédactions des journaux algériens, a
démenti être l'auteur du communiqué qui lui avait été attribué
précédemment, et dans lequel des menaces étaient proférées contre les
intérêts américains et européens en Algérie en cas d'offensive contre Ben
Laden. Hassan Hattab affirme dans le texte du 21 septembre que son objectif
n'est que "le djihad contre le régime" algérien, et qu'il ne fait la guerre
"qu'à ceux qui la lui ont déclarée". Quant aux attentats du 11 septembre,
le GSPC affirme qu'ils ne peuvent être le fait de Ben Laden, qui "n'a pas
les moyens de mener une opération de cette envergure", et a d'ailleurs nié
en être responsable. L'opération au surplus "ne se justifie pas du point de
vue de la religion", ajoute Hassan Hattab, qui attribue les attentats aux
USA à "d'autres Etats rivaux, écrasés par la superpuissance américaine".
Quant au président Bouteflika, il a évoqué, lors d'une visite dans la
wilaya de Jijel, le 24 septembre, risque des conséquences désastreuses
que pourraient avoir pour des pays comme l'Algérie les effets de la
campagne lancée par les USA après le 11 septembre, et si "l'Algérie ne fait
rien pour sortir de sa situation d'embrasement" : "elle risque d'ouvrir
grandes les portes aux étrangers et d'être par le fait recolonisée". Le
président algérien voit dans cette menace une raison supplémentaire de
pousser à la réconciliation nationale : "l'heure n'est pas à le vengeance",
même si "celui qui (ose) prendre les armes contre ses concitoyens ne (doit
bénéficier) d'aucun secours". Pour sa part, le ministre des Affaires
étrangères Abdelaziz Belkhadem, il a réitéré l'opposition de l'Algérie à
une action "antiterroriste" qui ne serait que militaire et ciblerait "un
pays, une culture, une civilisation ou une religion". Pour le ministre, la
lutte antiterroriste internationale doit être menée "avec des procédés
autres que l'action militaire", et doit impliquer une action contre les
bases arrière du terrorisme : économiques, militaires, financières,
politiques, diplomatiques et autres.

 

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