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Une élection pour rien (débat avec François Gèze (dir. ed. de la Découverte), Luis Martinez (chercheur au Centre d'Etudes et Recherche International) Sans surprise, Abdelaziz Bouteflika a remporté le scrutin présidentiel du 15 avril. Le " candidat du pouvoir ", devenu " candidat unique " à la faveur du retrait de l'ensemble de ses adversaires, a été élu avec 73,79 % des suffrages, selon le ministère de l'Intérieur. Une élection pour rien, en l'absence de réelle compétition. Constatant des fraudes dès les premières opérations de votes au Sahara et dans les bureaux spéciaux des casernes, Hocine Aït-Ahmed, président du Front des forces socialistes (FFS), Ahmed Taleb Ibrahimi, Mouloud Hamrouche, Abdallah Djaballah, Mokdad Sifi et Youcef Khatib ont décidé de se retirer de la course à vingt-quatre heures de l'ouverture du scrutin. Ils ont, du même coup, retiré toute légitimité à une élection jouée d'avance et montré qu'ils étaient décidés à ne plus laisser l'armée gérer le pays à sa guise... Paris et Washington ne s'y sont pas trompés, en accueillant avec les plus grandes réserves l'élection du nouveau président. Le Quai d'Orsay s'est déclaré " préoccupé " par les circonstances de l'élection tandis que le Département d'Etat américain a avoué être " déçu " par le déroulement du scrutin. L'enjeu du scrutin, dans ces conditions, résidait dans le taux de participation. Officiellement, il s'élève à 60,25 % des inscrits. Un chiffre auquel personne ne croit, tant était grande la désaffection dont ont fait preuve les Algériens à l'égard de cette élection. S'appuyant sur ses propres sources, l'opposition avance le chiffre, plus vraisemblable, de 23 % de votants. Elu à l'issue d'un scrutin sans légitimité, Abdelaziz Bouteflika ne dispose d'aucune marge de manouvre vis-à-vis de la haute hiérarchie militaire, elle même divisée et discréditée aux yeux de la population, qui l'a placé au pouvoir. Le nouveau président, qui ne peut compter sur le moindre soutien populaire, aura beaucoup de mal dans ces conditions à faire sortir l'Algérie de l'ornière. Le pays est toujours victime de la violence des groupes armés tandis que la crise économique et sociale est à son comble. En quatre ans, près de 400.000 personnes ont été licenciées des entreprises d'Etat et le spectre d'un nouveau rééchelonnement de la dette extérieure refait son apparition. Djallal Malti François Gèze, directeur des éditions La Découverte Pourquoi les six candidats opposés à Monsieur Bouteflika se sont-ils retirés de la course à la présidentielle vingt-quatre heures avant l'ouverture du scrutin ? Les "six" ont pris cette décision après avoir constaté la mise en place d'un système de fraude massive là où le vote avait commencé, dans le sud du pays, dans les casernes, au profit d'un candidat, Abdelaziz Bouteflika. Il faut savoir qu'en Algérie, les élections ne sont qu'un leurre. Elles sont précédées par des conclaves au cours desquels les principaux généraux de l'armée décident les résultats de chaque candidat. En dépit des engagements pris par l'armée en faveur d'un scrutin "honnête et transparent", les candidats de l'opposition ont vu que ce qu'ils redoutaient depuis le début de la campagne, à savoir une fraude massive, s'est révélé certain. Donc, ils ont dit : "Maintenant, ça suffit !" Et cette initiative prise par des personnes représentants des courants totalement différents de la société constitue un événement considérable dans l'histoire de l'Algérie et, je crois, très positif, même si les lendemains ne seront pas nécessairement roses pour l'opposition. Pourquoi les six candidats ont ils accepté de participer à cette élection si ils savaient qu'elle serait truquée ? Cette question se pose en particulier pour Hocine Aït-Ahmed, qui avait boycotté toutes les précédentes élections parce qu'elles étaient jouées d'avance. Le fait qu'il ait accepté de participer à ce scrutin a été perçu par beaucoup comme le signe qu'enfin, on allait avoir des élections qui ne seraient pas entièrement truquées. Sa décision est motivée par le fait que, depuis un peu plus d'un an, l'armée est divisée. Hocine Aït-Ahmed, Mouloud Hamrouche et d'autres se sont donc dit qu'à la faveur de ces divisions au sein de l'armée, une vraie parole de paix et de démocratie pourrait être entendue à l'occasion de ce scrutin. C'est pour cela qu'ils ont franchi le pas. Ils n'avaient pas d'illusions sur le résultat de l'élection. Ils savaient qu'elle serait truquée. Mais leur pari a été gagné dans le sens où une vraie campagne, avec une ferveur sans précédent, a eu lieu dans tout le pays. Et même si la déception est brutale, ce qui a été acquis au cours des derniers mois est irréversible. Ce sont ces divisions qui ont abouti à la démission du président Zeroual ? Les généraux les plus importants ont en effet décidé de se débarrasser de Zeroual parce qu'il avait décidé de s'autonomiser, de s'émanciper de leur tutelle, notamment par le biais de son principal conseiller, le général Betchine. Ce dernier tentait, de manière trop ouverte, d'instaurer un pouvoir autonome vis-à-vis de l'armée et de la sécurité militaire, d'une part en armant des milices, d'autre part en contrôlant des filières de corruption, mais de façon grossière et maladroite. Dès les premiers mois de 1998, une violente campagne de presse, qui en Algérie est tout sauf indépendante, a été déclenchée contre le président Zeroual et son conseiller, pour finalement aboutir à sa démission et à l'élection présidentielle du 15 avril. Cet épisode a révélé l'ampleur de la crise au sein du pouvoir. C'est un élément sans précédent, car c'est la première fois que ces turpitudes s'étalaient sur la place publique. Avant cela, personne n'osait dire que les généraux contrôlaient les marchés du sucre, de la farine, des médicaments... Quel est l'état d'esprit de la population au lendemain de ce scrutin ? Il y a une colère contenue face au constat de ces fraudes massives alors que les élections devaient être "honnêtes et transparentes". Mais je suis frappé par la grande maturité et le grande lucidité des discours lors des meetings des candidats de tout bord. Le peuple algérien ne croit plus au mensonge de ses dirigeants. Il sait qui a le pouvoir, il sait d'où vient la violence et il n'aspire qu'à une chose, la paix, mais pas à n'importe quel prix, c'est-à-dire pas sans un retour à la paix et à la démocratie. On a un pays de 30 millions de personnes face à une poignée de quelques centaines d'individus qui tiennent grâce à leurs réseaux, leur clientèle et leur argent, mais je crois que c'est le commencement de la fin pour ces gens là. Y'a-t-il des risques de regain de violence ? Malheureusement, la violence sert encore le pouvoir. Elle peut le servir d'autant plus qu'il est dans une impasse au plan économique et politique. Et comme ce pouvoir est prêt à tout pour se maintenir, on peut craindre de nouvelles flambées de violence instrumentalisée. La situation sociale est absolument dramatique. Des millions de gens vivent en dessous du seuil de pauvreté, s'entassent à dix par appartement, des milliers de gens qui sont licenciés, les jeunes ne trouvent pas de travail. N'importe quel autre pays aurait explosé depuis longtemps. Si l'Algérie n'a pas explosé, c'est parce que l'armée a déchaîné la violence en faisant la guerre aux islamistes. Elle l'a instrumentalisé et manipulé avec de faux maquis, comme le faisaient les Français pendant la guerre d'indépendance. C'est ainsi, en faisant couler le sang, que les militaires contrôlent la population. La violence empêche les gens de descendre dans la rue pour manifester leur ras le bol. Il y a toutefois un risque, car la fraction de l'armée qui reste au cour du pouvoir peut être tentée par un regain de violence. Dans le même temps, cette situation est contrebalancé, pour la première fois, par des forces qui se sont opposées et qui disent non, ce n'est pas par la force mais par le droit que l'on peut résoudre les problèmes. Et ils l'ont dit en recueillant une audience très importante au sein de la population. Quelles peuvent être les prochaines étapes de la démocratisation en Algérie ? Tout dépendra de l'attitude des militaires. L'élément nouveau, comme je le disais tout à l'heure, c'est qu'il y a une mobilisation sans précédent et sur des bases beaucoup plus saines que lors des précédentes élections d'une bonne partie du peuple algérien, ce qui signifie qu'il y a une pression politique qui s'exerce sur le pouvoir. Mais pour l'instant, on ne peut pas parler de démocratisation. On peut parler de rapport de force pour tenter de rétablir la paix. La vraie question est de savoir s'il y a une possibilité pour que la paix revienne et qu'ensuite, les étapes vers la démocratisation puissent s'établir, ou est-ce que l'échéance de la paix va encore une fois être reculée. Là-dessus, ma conviction est que la position de la communauté internationale va être déterminante. Précisément, quelle est la position de la France ? Le gouvernement français est extrêmement embarrassé par cette situation. On peut observer que, depuis la démission de Zeroual, la France est restée très discrète. Le Quai d'Orsay est en faveur d'un soutien ferme au régime actuel, ce qui n'est pas le cas de l'ensemble du gouvernement. Aujourd'hui, la France est à la croisée des chemins. De fait, que ce soit la droite ou la gauche, elle soutient ce régime militaire depuis toujours, malgré la guerre, les dérapages et les violations des droits de l'homme. La France ne peux pas continuer à rester silencieuse et à ne rien faire pour que la démocratie revienne en Algérie. Actuellement, la France s'est engagée sur le Kosovo alors qu'en Algérie, on tue les gens et on ne fait rien. La communauté internationale peut-elle influer sur l'évolution politique du pays ? Les Américains ont essayé d'exercer des pressions discrètes dans le sens d'un retour vers la paix, mais c'est la position française qui est centrale. Les décideurs algériens ont leurs regards tournés vers la France et la majorité d'entre eux ont des appartements particuliers à Paris où ils passent une partie de l'année. Une bonne partie de la vraie vie politique algérienne se passe à Paris. Et même si, dans les discours nationalistes, la France apparaît discréditée, ce qui compte, ce sont les relations entre les décideurs algériens et les leaders français. Les relations existent. Elles sont notamment économiques. C'est pour moi un des points centraux puisque le nerf de la guerre, c'est l'argent de la corruption. Si le gouvernement français se décidait enfin à aller mettre son nez dans les relations commerciales troubles entre les deux pays qui remplissent le poches des militaires, alors les choses changeraient. Ils seraient beaucoup plus affaiblis. Mais j'observe que le pouvoir en France reste silencieux. Est-ce que certains veulent protéger l'argent de la corruption dont une partie des revenus revient ici en France ? Est-ce que la France a définitivement cédé à la menace terroriste ? Car il faut le savoir, les militaires algériens ont menacé Paris de bombes "islamistes". Le message est passé de façon extrêmement claire depuis 1997. C'est pour cela que Monsieur Jospin avait déclaré en 1997 à propos de l'Algérie : "Je suis contraint dans mon expression", alors que six mois auparavant, il avait fait une très bonne analyse de la réalité du conflit algérien et de la corruption. On a donc l'impression que les gouvernants français sont tenus par les décideurs algériens et cette paralysie empêche que l'Union européenne s'implique sur le dossier et favorise le retour à la paix en Algérie.
Luis Martinez, chercheur au CERI (Centre d'Etudes et de Recherches Internationales) Pourquoi les six candidats opposés à Monsieur Bouteflika se sont-ils retirés de la course à la présidentielle vingt-quatre heures avant l'ouverture du scrutin ? J'ai l'impression, depuis trois mois, que Monsieur Bouteflika est le président de l'Algérie. Lorsqu'il a annoncé sa candidature, le FLN, le RND, l'UGTA, l'Union nationale des étudiants, l'union nationale des sportifs, tout le monde lui a accordé son soutien et l'a reconnu comme président. Ce qui manquait, c'était une élection. Il fallait donc trouver des candidats qui acceptent de jouer les "lièvres". A l'exception de Hocine Aït-Ahmed, aucun candidat ne représente un parti politique. C'est-à-dire que, concrètement, l'élection était jouée depuis des mois. En revanche, la grande surprise est venue de ce retrait. Les six candidats espéraient que l'armée ne leur ferait pas l'affront de faire élire Bouteflika au premier tour, mais l'information qu'ils ont dû obtenir à partir de lundi (13 avril) leur a montré qu'ils n'avaient servi qu'à meubler l'élection. Or, ils refusaient de jouer ce rôle et d'être battus par un candidat comme Bouteflika, c'est-à-dire un individu qui revient de l'histoire après dix années passées dans les Émirats arabes unis. Ce qui a choqué, c'est la méthode pour le faire élire. Ces candidats n'ont pas accepté d'être ridiculisés. Pour eux, un deuxième tour s'imposait pour avoir une possibilité d'accéder au pouvoir passé le scrutin. Pourtant, cette élection avait soulevé de réels espoirs de retour à la démocratie... Cette élection a effectivement soulevé un espoir mais je ne crois pas que ce régime soit prêt à évoluer par lui-même. Il suffit de voir qui a appelé à soutenir le "candidat du régime". Il y a l'ancien parti unique, le FLN, le parti administratif, le RND, les partis modérés islamistes le MSP et En-Nahda, finalement ce qui constitue l'Algérie des années soixante, celle qui a fourni les cadres de l'indépendance et qui n'a pas envie, pour de multiples raisons, d'assurer la transition vers la nouvelle génération politique et militaire. Les Algériens eux-mêmes ne se font plus d'illusion sur ce régime. Ils savent depuis 1992 qu'il ne tient que parce qu'il a développé un appareil sécuritaire redoutable, qui cherche à assurer l'ordre et la sécurité et à apparaître comme l'acteur hégémonique par qui tout changement doit passer. Je ne crois pas que ce régime recherche une quelconque légitimité, mais seulement à conserver les apparences de la légalité. Depuis l'indépendance, les différentes Constitutions sont destinées à rendre les actes politiques légaux alors qu'elles sont sans cesse contournées et détournées, si ce n'est violées. L'armée demeure donc le principal acteur de la scène politique algérienne ? Il est difficile de penser que l'armée ne serait qu'un petit groupe de personnes qui se manipuleraient les uns les autres. Les islamistes ont cru, entre 1989 et 1991, que l'armée se résumait à un petit nombre d'individus, réunis en conclave, des généraux qui faisaient la pluie et le beau temps. Ils pensaient qu'il suffisait de les terroriser pour avoir la sympathie des appelés. Là-dessus, il ont essuyé une très grande déconvenue. Ils ont vu que l'armée, c'était aussi des gendarmes, des soldats et des gardes communaux, des régions entières qui, pour des raisons historiques, considèrent que l'armée n'est pas forcément l'acteur le plus compétent mais bien le plus légitime pour gérer le pays. L'armée s'appuie sur ces rélais à l'intérieur du pays, et qui ne se résument pas, je crois, aux palais d'Alger. Le FIS en a fait l'expérience. Il ne faut pas oublier que tous les scénarios que l'on échafaudait depuis 1994 se basaient sur ce préjugé. Les militaires ont démontré que lorsqu'ils veulent recruter, ils savent le faire. Ils ont trouvé les moyens de faire voter 750.000 membres des forces de sécurité, ce qui signifie, concrètement, que de 2 à 3 millions de familles vivent grâce à l'armée. Le FIS en a fait l'amère expérience, dans sa période qu'Olivier Roy appelait "infantile", entre 1989 et 1991. Il a vu que lorsque l'armée voulait se défendre, elle en avait les moyens humains, matériels et bien évidemment politiques. Les islamistes l'ont reconnu en 1997 à travers la trêve de l'AIS. En revanche, il y a une incompétence totale de l'armée à organiser la transition politique. Dans ces conditions, que peut attendre le peuple algérien de cette élection ? Au regard de la campagne, pas grand chose. Beaucoup de candidats ont axé leur campagne sur la paix, sur le retour du FIS sur la scène politique et la réconciliation nationale... De ce point de vue, c'est une très grande déception. Pour beaucoup, ce qui est affligeant dans cette élection, ce n'est pas tant l'élection de Monsieur Bouteflika, qui était annoncée depuis trois mois, mais le procédé, la méthode, la manière de gérer le pays, de le gouverner. Les Algériens se sentent encore une fois floués par ce qui s'est passé. A court terme, ils ne peuvent donc pas attendre grand chose de cette élection. Y'a-t-il des risques de dérapages ? Le temps des maquis est terminé. Les gens qui étaient prêts à prendre les armes il y a quelques années ne sont pas prêts à le refaire aujourd'hui. Il y a 100 000 victimes, 400 à 500 000 orphelins, 200 000 Algériens en exil. L'Algérie sort meurtrie de cette période et il y a une perte de repères par rapport à l'État. Ça, c'est fondamental. Pour 95 % de la population, qui n'est pas sortie du pays depuis 1992, l'Algérie, c'est les assassinats et la violence au quotidien.L'évolution du système algérien et celle de la démographie laissent penser que le pays se rapprochera du modèle du Nigeria, plutôt que comme un pays où la violence reprendrait sa courbe ascendante comme en 1993. C'est-à-dire une société qui entre dans une "informalité", se déconnecte de son système politique et administratif et se débrouille comme elle le peut pour survivre. L'armée elle-même ne va-t-elle pas être tentée de jeter de l'huile sur le feu pour mieux asseoir son pouvoir ? Depuis la période des massacres, en 1997, ce qui unissait l'armée, c'est-à-dire le péril islamiste, a disparu. D'autre part, une partie de l'armée a très mal digéré le fait d'être mise au banc de la communauté international par les ONG des droits de l'homme et de se voir accusée de laisser massacrer la population sans réagir et d'être, finalement, l'équivalent du GIA. Je crois que l'armée algérienne avait des principes et une dignité, notamment vis-à-vis de l'étranger, et qu'à l'intérieur, elle a perdu le reste de capital qu'elle pouvait avoir auprès de la population. Il y a des militaires qui pensent que le plus grave danger pour l'armée serait d'être un acteur totalement délégitimé et considéré comme irresponsable et en quelques sortes dangereux pour l'environnement régional. C'est sans doute la rupture qui s'est opérée en son sein, si on peut avoir une analyse de ce système qui reste secret. Quelles peuvent être les prochaines étapes de la démocratisation en Algérie ? Bouteflika dispose à l'Assemblée nationale de quatre partis qui représentent 80 % des suffrages des élections législatives de 1997, truquées elles aussi, il faut le préciser, mais qui, politiquement, représentent la scène politique formelle. Dans ces conditions, il n'a pas besoin de dissoudre l'Assemblée. L'opposition qui se manifeste aujourd'hui est une opposition de personnes, qui représentent des courants politiques importants, mais elle ne constitue pas une force liée à des structures politiques. De ce point de vue, la situation est difficile. Comment canaliser, administrer, structurer l'opposition quand les personnalités qui l'incarnent représentent leur propre histoire et leur propre parcours ? C'est là sa faiblesse. Ce qui s'est passé cette semaine est porteur d'un projet nouveau et montre le décalage de la société par rapport au régime, mais ces opinions n'ont pas les structures adaptées pour se transformer en contestation organisée. Si demain en revanche, on apprend que les candidats qui se sont retirés créent leur propre structure politique, je crois alors que cela serait porteur de grands changements en Algérie. Comment la communauté internationale va-t-elle réagir face à ce scrutin ? Cette élection va décevoir un pays, les États-Unis, qui est des rares pays qui officiellement espérait que cette élection serait transparente et qu'elle permettrait une véritable transition démocratique en Algérie. Ils l'ont fait savoir officiellement par le représentant du département d'État. Le déroulement de l'élection risque non pas de froisser les relations algéro-américaines mais de décevoir celui qui était censé devenir le partenaire de l'Algérie dans le secteur énergétique et qui est beaucoup plus critique que la France sur la situation politique et l'état de l'avancée démocratique. Par le biais d'organisation indépendantes, les États-Unis assurent l'analyse critique de la situation algérienne. Ils ont une position très claire : ils espéraient une élection transparente permettant une transition démocratique. Il faut donc s'attendre à une critique claire de l'évolution de la situation. Juste une critique ou des mesures plus sévères ? Concrètement, les États-Unis ne sont pas impliqués sur le plan sécuritaire. A l'exception de l'équipement de radars au Sahara, je ne crois pas que les américains soient présents. Par contre, ils sont un acteur hégémonique et leur point de vue est considéré comme important dans la mesure où il détermine l'évolution de l'environnement régional. C'est paradoxal, mais en dépit de sa position, la France peut dire ce qu'elle veut, son discours est discrédité. Il y a une vieille rengaine algérienne qui dénie au pays colonisateur de s'exprimer sur la situation. Les diplomates français sont conscients que quoi qu'ils proposent, ils ne seront pas entendus. C'est pourquoi la France a beaucoup encouragé l'Union européenne, à travers l'Italie, l'Espagne, voire l'Allemagne, à s'impliquer sur le dossier. Et c'est aussi la raison pour laquelle la France a été ravie de voir les États-Unis s'intéresser au dossier. Cela a représenté l'occasion d'avoir un discours beaucoup plus crédible en faveur d'une véritable transition démocratique. Les Algériens restent sensibles à l'investissement hors-hydrocarbures, notamment par le biais de compagnies canadiennes et américaines. Il y a là un marché porteur et il ne faut pas oublier que de nombreuses délégations canadiennes se sont rendues en Algérie pour tester ce marché.
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