L'armée rêve de «dissoudre tous les partis»

Un document confidentiel expose les projets du pouvoir

Par E. L. Libération, 1er juin 2001


En novembre, un groupe d'une douzaine de jeunes officiers travaillant autour du général Mohamed Touati, considéré comme l'idéologue du régime, a élaboré un long document sur la crise que connaît l'Algérie depuis dix ans, et sur la manière d'en sortir. Ce document qui n'a jamais été rendu public, mais dont certaines chancelleries étrangères ont pris connaissance, envisageait pour ce faire une «rupture radicale»... avec le multipartisme. Autant dire que pour la haute hiérarchie de l'armée, la solution de la crise est aux antipodes de la revendication pour les libertés et la démocratie exprimée par la rue.

Cette «rupture», estime ce document, «consiste à faire admettre la thèse selon laquelle la situation actuelle n'est que le résultat d'un biais (sic) introduit dans le processus de démocratisation dès son lancement» (en 1989, ndlr). Comment y parvenir, se demandent les militaires, notant l'importance de «changer radicalement de stratégie sans que cela soit perçu [...] comme une perte de maîtrise et de contrôle de la situation par l'Etat». Rejetant d'emblée «l'option» qui consisterait à «réhabiliter le FIS», car elle conduirait à «la réédition des années 90 et 91», le texte ne retient que la nécessité de «reconstruire le paysage politique».

Mais, note-t-il, le problème est d'obtenir «l'accord (ou la compréhension) de la communauté internationale», quitte à sacrifier «les principes figés de [notre] politique extérieure». Autrement dit, à faire preuve de souplesse sur le Sahara occidental (souci majeur pour Washington et Paris, ndlr). Et les généraux de définir leur «programme». Il s'agit notamment de «la dissolution (concertée si possible, sinon d'autorité) de tous les partis» et de leur «recréation en interdisant tous les sigles déjà existants».

Pas une seule fois, ils ne font référence à la société ou n'analysent les origines de la crise. Une seule préoccupation semble les animer: perpétuer le système en reconstituant un paysage politique à leur convenance. Selon des rumeurs, à Alger, cette étude sert aujourd'hui de base au débat qui se déroule dans le cadre de la «commission de réforme de l'Etat».


 

 

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