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François BURGAT pour Dominique Francoeur (ARABIES) Comment expliquez-vous la faillite du projet islamiste un peu partout dans le monde arabe ? Lénine a longtemps annoncé au monde "la faillite du capitalisme". Rien ne permet à mes yeux de parler plus sérieusement d'une "faillite islamiste". Il serait dangereux en effet d'assimiler les performances policières des régimes (militaires) arabes qui s'accrochent au pouvoir à une défaite "idéologique" de leurs opposants. Ce triomphe conjoncturel de la violence d'Etat révèle en réalité la difficulté des sociétés toute entières (y compris les forces désignées comme laïques) à progresser sur la voie étroite de la démocratisation. Pour que l'on puisse parler d'une défaite des islamistes, en temps que forces d'opposition, il faudrait démontrer que s'y sont substituées d'autres forces politiques, notamment "laïques" et que ces forces ont, en terme de mobilisation, obtenu des résultats supérieurs. Or nous sommes bien loin d'un tel état de fait. Dans la "résistance" aux ordres politiques internes, (tout comme d'ailleurs dans la résistance palestinienne face à l'intransigeance israélienne), les islamistes continuent imperturbablement, n'en déplaisent à ceux qui voudraient les enterrer un peu vite, à fournir à la fois le fer de lance et le gros des bataillons de la mobilisation. Le récent recours à l'obscure notion de "post-islamisme" manifeste donc à mes yeux la faillite de la première génération des lectures académiques du phénomène islamiste plus sûrement qu'elle ne signale un quelconque effondrement des islamistes eux mêmes. Dans le cas emblématique de l'Algérie, mais dans bien d'autres pays de la région également, je demeure convaincu que des élections véritablement libres d'interférences juridiques et policières verraient la victoire des oppositions islamistes. Quelles perspectives ouvre ce constat ? Certainement pas la victoire redoutée du GIA ou des Talibans mais plus sûrement une participation inéluctable de la vaste composante modérée du courant islamiste à la transition démocratique en cours. Ces islamistes là, je les considère en effet comme ni plus ni moins capables que les autres d'accommoder les exigences de la difficile évolution vers la démocratie. On perd trop souvent de vue que l'un des très rares régimes au Proche-Orient à avoir permis à une consultation électorale de déboucher sur un véritable changement de majorité présidentielle n'est point, tant s'en faut, celui du "moderniste" Ben Ali, du "libéral" Moubarak et encore moins celui moins du "laïque" Bouteflika mais bel et bien la "République Islamique" d'Iran. Cette donnée-là, on ne saurait l'oublier, fait également partie de la complexe réalité islamiste.
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www.algeria-watch.org
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