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Signe des temps LAlgérie : bilad el-âdjaïb Par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 3 octobre 2002 Linsupportable boutade du bouillant Ahmed Djeddaï du FFS : «El-Djazaïr, bilad el-âdjaib», serait-elle en train de prendre une forme concrète sur le terrain ? Des attitudes des plus inattendues, jusquà vous bloquer parfois la cervelle, se font jour et finissent par donner raison à celui qui s impose comme la nouvelle coqueluche de la scène politique algérienne. La presse nous a appris, cette semaine, quune association menace dester en justice lancien chef de gouvernement, Mouloud Hamrouche, sur la base de déclarations du général à la retraite Khaled Nezzar lui imputant, en tant que tête de file des «réformateurs», la responsabilité du drame doctobre 1988. Les évènements sanglants sétaient traduits par quelque 500 victimes mais avaient, il faut bien ladmettre, abouti à une puissante et réelle ouverture démocratique sous limpulsion de Chadli Bendjedid. A lépoque, Hamrouche logeait à la présidence, en qualité de secrétaire général, dans le voisinage de Larbi Belkheir notamment. Louverture démocratique bénie par la population et non pas par les «empires» en gestation, vit la propulsion de Nezzar au poste de ministre de la Défense et lui fut donc profitable. Une nomination qui devait consacrer la (fausse) sortie de larmée du champ politique. Nezzar, lun des officiers à qui avait échu la conduite de létat de siège à lépoque, revendique la paternité de larrêt du processus électoral en 1992. Tour de vis durable Une décision dont la facture nest pas encore arrêtée, mais qui nous coûte déjà, selon les estimations, plus de 100 000 morts, des milliers de disparus, des millions de déplacés - 4,8 millions de fellahs ont déserté leur mechta durant la dernière décennie - (lire le Jeune Indépendant du 30 septembre 2002) et lhémorragie, sans précédent, de nos cadres nationaux contraints à lexil. Un bilan encore provisoire, mais tout ce quil y a de désastreux. Janvier 92 na non seulement pas ramené un plus de liberté comme Octobre 88, mais il justifia l arrêt du processus démocratique et le tour de vis durable appliqué aux libertés, à la faveur dun état durgence dont le prolongement na d avantages que pour les seigneurs de la guerre. Un verrouillage draconien au point que des partis politiques reconnus par la force de la loi, drivés par des personnalités issues du sérail, se trouvent diabolisés et de fait interdits dactivité quant on ne les traite pas de «nazis». Adjaïb ! Lorsquon se penche sur les positions affichées par un Hamrouche, qui privilégiait le traitement politique et préférait se retirer lorsquon décida lusage de la poudre contre les concentrations sur les places publiques du FIS, et le choix controversé de Nezzar - M. Mohammedi, le ministre de lIntérieur dans le gouvernement Hamrouche, avait prévenu à l époque sur léventualité dune «solution à la chilienne» -, on ne peut éviter de dresser un parallèle entre les deux hommes. La question de savoir qui a donné lordre fatidique de tirer sur les foules désarmées - lordre est parti de la présidence mais pas de la bouche du Président, selon de nombreux témoignages, dont celui dHamrouche - reste posée et intrigue jusqu à nos jours, et Mouloud est probablement en mesure déclairer lopinion sur un geste qui a grandement contribué à faire basculer lAlgérie. Hamrouche peut éclairer lopinion publique Quant on survole le parcours et lattitude des deux hommes, on se demande alors si lassociation réveillée en sursaut pour brandir la justice, émanait effectivement dune essence purement civile, si elle nétait pas allée vite en besogne et fait un raccourci pour, peut-être, estimer quà linstar de la dévaluation de notre monnaie, les 500 Algériens morts jadis sous létat d urgence valaient plus cher que les 100 000 trucidés plus tard, à lombre de létat durgence, ou ceux portés sur la longue liste du «printemps noir». Bref, on ne pourra honnêtement sempêcher, au bout des interrogations, de se demander quand même si cest bien à Hamrouche de comparaître devant la justice, sachant que jusquà présent pas une femme ne lui a réclamé son fils disparu, pas un individu ne sen est plaint dune quelconque façon et qu aucune voix non plus nest venue limpliquer dans leffusion du sang algérien, y compris chez ses farouches adversaires politiques dhier dans le camp du FIS. Les plaintes ont pris dautres pistes, nous disent les médias nationaux et internationaux. Hamrouche, moudjahid, fils de chahid, réputé pacifiste, face au juge ? Adjaïb ! Parmi les autres âdjaïb dactualité, la drôle dopposition partisane quon axe, non pas contre le pouvoir en place, comme cela se fait dans les démocraties à travers le monde, mais contre... un parti de lopposition : le FFS. La plus ancienne formation opposante qui, paradoxalement, se trouve être dans la conjoncture actuelle lunique à tenir la dragée haute à un système quelle avait choisi de combattre dès le lendemain de l indépendance. Après le FIS, le FFS ? Alors quil était en droit dattendre naturellement un appui politique à ses revendications, le FFS se trouve en face dattaques multiformes, à un moment où le régime perd de son homogénéité et de sa verve et, par la force des choses, se fait plus enclin à la négociation des solutions. Depuis son mémorandum, étrangement talonné par la plate-forme dEl-Kseur, il est traqué jusque dans sa citadelle en Kabylie. Sauf que les attaques le font apparaître aux yeux des Algériens, toujours plus nombreux, non seulement comme la «mise» politique la plus fiable du moment, mais chose plus importante, comme le rempart le plus sûr contre les tenants de la division et les atteintes à lunité nationale. Doù lhommage public du professeur Abderrahmane Chibane, le président de lAssociation des oulémas, au FFS et à son leader, dont la position était saluée non sans une pointe de reconnaissance par dautres dirigeants de partis politiques. Dans limpossibilité de lui coller la casserole islamiste, on lui avait bien trouvé pendant un moment lInternationale socialiste. Une organisation quon nous présentait, il y a peu de temps, comme le monstre à lorigine de tous les maux du pays avant que des articles de presse jamais démentis ne nous avisent quil sagissait là du futur bercail du FLN dont les portes refusent de souvrir à Saïd Sadi. Le FFS et Hocine Aït-Ahmed, lune des figures les plus en vue du mouvement national, se voient, comble des âdjaïb accusés sans vergogne aucune de trahison, sachant que sil acceptait non pas de trahir, mais seulement de rentrer dans les rangs, on serait probablement prêt à lui déplacer le lac Leman à Aïn El-Hammam. Aujourdhui, le FFS se retrouve bizarrement dans une position plus ou moins similaire à celle du FIS lorsque, dans sa force, le front du salut parvenait à ébranler le pouvoir et à se placer comme l alternance, avant dêtre décapité puis dissous. Comme lui, le FFS est aujourdhui attaqué par cette même famille politique qui se targue de constituer «lAlgérie utile». Le dictat des minorités Lune des autres âdjaïb algériennes qui fait que des phalanges minoritaires se réclament de la démocratie et en son nom simposent à la majorité contre sa volonté. Une minorité qui refuse tout projet de société nétant pas calqué sur sa convenance, même sil était agréé en toute liberté par un scrutin régulier. Une frange devenue puissante on ne sait trop comment et qui entend imposer son projet non pas en consultant le peuple, mais avec le concours de baïonnettes. Boudés par une urne à la limite hostile, les démocrates algériens sadressent à la «casquette» comme si le texte fondamental du pays leur prévoyait des prérogatives exclusives sur le bon usage de lANP. Une attitude qui, vis-à-vis des masses algériennes, se fait aussi dominatrice, aussi méprisante que celle des pieds-noirs du temps de la France coloniale, et qui fait quaprès quatre décennies de (fausse ?) indépendance des Algériens se voient relégués de nouveau au statut du 2e collège. Adjaïb ! Mais, lAlgérie nest-ce pas le pays où les professeurs duniversité se font bastonner, où le salaire du policier dépasse celui du professeur ? Nest-ce pas le pays qui prône la paix et linstalle ailleurs, mais alimente chez nous jusquau vomissement la guerre ? Nest-ce pas le pays qui prétend instruire les Etats-Unis sur la conduite de leur sécurité, alors que tout indique que la stratégie sécuritaire chez nous semble plutôt tabler sur la vieillesse et la fatigue des acteurs. LAlgérie nest-elle pas le pays où la fraude électorale, au lieu dêtre sanctionnée de prison comme le dictent ses lois, est promue aux cimes de la hiérarchie ? Des adjaïb que le génie de nos responsables qualifie pudiquement de dysfonctionnements. M. Z. |
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