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«RÉVELATIONS» DE ABDELKADER TIGHA À «LIBÉRATION»
Autopsie
d’un complot
L'Expression,
25 décembre 2002
Cet
individu a un parcours des plus suspects du jour où il a déserté
son unité, jusqu’à sa mise en détention dans
une prison de Bangkok.
La presse française
s’est, encore une fois, saisie d’un «dossier brûlant
qui implique les services de renseignement algériens dans les tueries
commises durant les années 90». Cette fois, c’est l’assassinat
des moines de Tibehirine qui a ameuté pas moins de trois titres
et deux chaînes de télévision. Ces médias se
sont basés sur le «témoignage» d’un ex-officier
du DRS pour déboucher sur «des indices troublants qui attestent
de l’implication des services secrets algériens dans l’exécution
des moines».
Le témoin en question, Abdelkader Tigha, a un parcours des plus
suspects du jour où il a déserté son unité,
jusqu’à sa mise en détention dans une prison de Bangkok.
Avant d’atterrir dans la capitale de la Thaïlande, cet ex-officier
a traversé trois pays arabes, la Tunisie, la Libye et la Syrie.
A Damas, il prend attache avec l’ambassade de France où il
est reçu par un agent des services de renseignement. A ce propos,
tous les spécialistes du contre-espionnage que nous avons interrogés
sont formels sur les visées de ce périple arabe de Tigha.
Ils assurent que tout a été organisé par un clan
au sein de la Dgse pour accréditer la thèse de la persécution.
Le scénario a été pensé jusqu’au moindre
détail. A cet effet, on construit de toutes pièces un rapport
«qui aurait déplu à la hiérarchie», pour
justifier des mesures disciplinaires prises pour un tout autre motif.
Ainsi, les autorités militaires ne peuvent nier l’existence
d’une sanction à l’encontre de Tigha et personne ne
croira la version de l’armée sur le sujet après l’éclatement
de l’affaire.
Le scénario
Les spécialistes contactés par L’Expression penchent
plutôt vers une autre hypothèse qui veut que Abdelkader Tigha
a vraisemblablement été «recruté» à
Alger même, quelques semaines après l’assassinat des
moines de Tibehirine, histoire de monter un scénario vraisemblable
au cas où. Ensuite, un accord a été conclu pour provoquer
une infraction au règlement militaire en 1999, quelques semaines
après l’élection présidentielle en Algérie
qui a été suivie d’un début de réchauffement
algéro-français.
En décembre de la même année, Tigha entame son périple
à travers trois capitales arabes. Le vrai contact est établi
en Syrie, puis à Bangkok où l’homme est totalement
pris en charge par les agents d’un des clans de la Dgse. Manque
de pot pour l’officier déserteur, le cartel français
anti-algérien décide de faire profil bas devant les avancées
diplomatiques engrangées par l’Algérie et la France
officielles. Tigha tombe dans les filets de la justice thaïlandaise
pour séjour irrégulier, ces «amis» de la Dgse
pourraient être derrière son arrestation, dans le but de
réduire les frais d’entretien, car il commençait à
revenir cher à l’Etat français. Ils s’en désintéressent.
Mais ce n’était que partie remise. La carte de l’ex-officier
du DRS est néanmoins gardée en réserve à travers
de discrètes visites en prison pour entretenir son espoir. Jusqu’au
jour où des laboratoires de la politique fiction décident
d’une offensive tous azimuts pour torpiller l’Année
de l’Algérie en France.
Dans la panoplie de contacts dont ils disposent, figure, bien entendu,
le journal Libération. On lui refile le tuyau. Le quotidien dépêche
un envoyé spécial à Bangkok. Par on ne sait quel
tour de passe-passe, le reporter de Libération arrive à
décrocher une visite dans un pénitencier d’un pays
tiers et prend le «témoignage» de l’ex-officier.
Dans son papier, le journaliste se garde (de son propre chef?) de mentionner
les noms des agents de la Dgse qui ont été en contact avec
le déserteur. Ainsi une belle histoire sur «les crimes du
DRS» est rendue publique, sans qu’aucun nom des officiers
de la Dgse soit connu du grand public. Résultat: la campagne commence
et c’est seulement le sigle des services secrets français
qui est un petit peu égratigné.
On assiste, coup sur coup, à des campagnes de presse ciblées
et savamment orchestrées, avec pour seul objectif de ternir l’image
de l’Algérie au sein de l’opinion publique française,
histoire de réduire à sa plus simple expression l’initiative
des deux chefs d’Etat (Année de l’Algérie en
France). Au plan politique, après le député vert
Noël Mamère, c’est un autre élu à l’Assemblée
nationale française de l’UMP (parti de Jacques Chirac), qui
est mis à contribution pour réclamer une enquête sur
l’épisode malheureux des moines de Tibehirine. Le plan est
on ne peut plus clair: faire intervenir des personnalités politiques
proches du président français, pour amener Alger à
réagir d’une manière ou d’une autre.
Une puissante machine de propagande
Plus encore, le clan hostile au rapprochement entre Alger et Paris et
qui semble avoir des relais au sein de la Dgse et dans de nombreuses formations
politiques de l’Hexagone, apporte de l’eau au moulin de l’ex-FIS.
Ce dernier saute sur l’occasion. Il a rendu public, hier, un communiqué
où il soutient la thèse de Tigha en affirmant que le GIA
est une création des services de renseignement algérien.
La jonction entre l’ex-FIS et une branche de la Dgse n’est,
en fait, plus à établir. Le CC-FIS est, affirme-t-on de
bonnes sources, piloté à distance par les anti-Algériens
qui déboursent beaucoup d’argent pour le maintenir sous perfusion.
L’intégration du parti dissous dans la stratégie d’escamotage
des relations algéro-françaises relève d’une
démarche logique qui veut que les extrêmes se rejoignent.
Les spécialistes cités plus haut affirment que cette série
de campagnes contre l’Algérie n’est, en fait, qu’à
ses débuts. Il y a lieu de s’attendre à d’autres
«révélations» dans le courant de l’année
prochaine. Des stratégies de plus en plus élaborées
seront mises à profit dans le but de déstabiliser très
sérieusement les officiels des deux pays. En effet, les personnalités
qui auront à intervenir sur des «dossiers brûlants»
ont toutes les chances d’être de plus en plus nombreuses et
plus proches des deux chefs d’Etat.
Les détracteurs du duo Bouteflika-Chirac ont l’intention,
relèvent les spécialistes, de provoquer un véritable
incident diplomatique entre les deux capitales. En d’autres termes,
le réservoir des intervenants sur la question de la décennie
90 est très fourni en noms. De véritables «réseaux
dormants» attendent leur heure pour sortir au grand jour.
L’histoire de Tigha comme la cabale montée contre Abdelmoumène
Khalifa sont du menu fretin devant ce qui va suivre.
Mourad SID-ALI
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