Alors que des voix s'élèvent pour demander une commission d'enquête internationale

La France opte pour la prudence

Nissa H., Le Matin, 12 février 2001

A la veille de la visite de son ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine en Algérie, prévue le 13 février, la France opte pour la prudence. Elle refuse d'apporter une réponse à l'appel de certains intellectuels français qui, dans un texte publié récemment dans le journal Le Monde, plaident pour l'envoi d'une commission internationale en Algérie.

La France réserve pour l'instant son avis sur la question jusqu'à la réunion de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU qui doit se tenir au mois d'avril prochain à Genève.

« Vous savez qu'à la commission des droits de l'Homme, nous parlons autant que possible d'une seule voix avec les Quinze. Nous allons donc concerter notre approche avec les Quinze », a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay dans un entretien paru ce week-end dans Le Monde. La mobilisation de ces intellectuels français est motivée, semble-t-il, par la publication de deux livres écrits par des Algériens et édités par les éditions La Découverte, dont le directeur est François Gése. Qui a tué à Bentalha ? et La Sale Guerre ont fait tôt de réanimer la question de « Qui tue qui ? » en France et dans de nombreux autres pays européens. « Avec ces témoignages, l'hypothèse d'une implication de la haute hiérarchie de l'armée dans des crimes contre l'humanité et dans l'entretien de la terreur islamiste est suffisamment étayée pour l'exigence d'une commission d'enquête internationale », rejetée depuis des années par la communauté internationale, peut-on lire dans le texte paru dans le journal français.

Le groupe d'intellectuels français pense que son gouvernement « a trop longtemps soutenu la politique algérienne dont la lutte antiterroriste n'est rien d'autre que l'éradication tant physique que politique de toute opposition ».

Cette question sera-t-elle au menu de la visite du chef de la diplomatie française en Algérie à partir de demain ? C'est peu probable, car le Quai d'Orsay annonce seulement une discussion autour « des grandes questions internationales et régionales, le partenariat euro-méditérannéen, la réactivation de l'UMA et le dialogue 5 + 5 » relancé à Lisbonne les 25 et 26 janvier dernier.

 

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