Hubert Védrine

"La France ne détient pas la clef des problèmes algériens"

propos recueillis par Pierre Ganz et Alain Louyot L'Express du 22/02/2001

Le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, évoque tour à tour son récent voyage à Alger, la relation franco-allemande et la situation au Proche-Orient, dans le cadre de l'émission de RFI-L'Express L'Invité de la semaine.

 

Voilà un an et demi, vous vous félicitiez de voir l' «alchimie» entre Paris et Alger fonctionner. N'y a-t-il pas aujourd'hui un certain désenchantement?
Dès que le président Bouteflika est arrivé au pouvoir, il a manifesté la volonté de relancer la coopération entre nos deux pays. Depuis, nous avons beaucoup travaillé dans différents domaines comme l'économie, les mouvements de personnes, la réouverture des consulats, la culture. C'est une politique à long terme.

Le président Bouteflika n'attend-il pas une sorte d'adoubement de la part de la France?
Le président Bouteflika a une conscience suffisamment aiguë de la fierté et de la souveraineté algériennes pour ne pas chercher à être adoubé par qui que ce soit d'autre que le peuple algérien. Cela dit, c'est vrai qu'il y a, par rapport à la France, une attente énorme et qu'à travers la solution de problèmes concrets il est à la recherche d'un souffle, d'une vision. Mais cela ne veut pas dire que les responsables politiques français détiennent la clef des problèmes algériens. L'Algérie doit surmonter la fin d'une tragédie, mais ce sont les Algériens qui peuvent résoudre ce problème et on ne peut pas le faire à leur place.

La publication du livre La Sale Guerre , où un ancien officier accuse l'armée algérienne d'avoir participé à des exactions, a-t-elle pesé sur votre visite?
Cela a pesé sur les commentaires en France et en Algérie sur la visite, et non sur la visite en elle-même. Reste que je ne connais pas de grande guerre civile où des exactions de militaires n'aient pas eu lieu.

Où en est le projet de voyage à Alger de Jacques Chirac et de Lionel Jospin?
Le principe est acquis, mais le calendrier n'a pas encore été fixé ni pour l'un ni pour l'autre. Pendant ce temps-là, je poursuis mon travail. Ce serait bien que ces visites se fassent dans un contexte où elles apparaissent comme liées à des progrès tangibles.

Des efforts sont entrepris pour améliorer la relation franco-allemande; cela veut-il dire qu'elle ne va pas de soi?
C'est une relation qui n'a jamais été automatique. Même aux grandes époques de De Gaulle-Adenauer, de Giscard-Schmidt ou de Mitterrand-Kohl, il y avait toutes sortes de sujets de désaccord. Ce sont des pays qui réagissent différemment. Lors de notre dernier dîner, en Alsace, nous sommes arrivés tous ensemble, le chancelier, le président de la République, Joschka Fischer et moi, à la conclusion qu'il n'y a pas d'alternative sérieuse à cette relation entre la France et l'Allemagne. Nos partenaires souhaitent une impulsion du moteur franco-allemand, mais que ce soit complété par des relations fortes et ouvertes de la France et de l'Allemagne avec chacun des autres pays membres.

Après le terrible attentat commis en Israël par un chauffeur de bus palestinien, le processus de paix peut-il être encore relancé?
La tension restera permanente au Proche-Orient tant qu'il n'y aura pas une paix juste et durable. C'est le contrecoup de la perte de l'espérance d'une solution possible à assez court terme. Nous attendons le programme du nouveau gouvernement israélien d'union nationale. On voit l'extrême inquiétude du côté israélien qui a conduit le corps électoral à voter comme il l'a fait en raison des risques d'insécurité, et cela il faut en tenir compte. Mais il faut aussi faire très très attention au désespoir palestinien.

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