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ATTENTATS
DE 1995 : LA THESE QUI DERANGE
Et si
le pouvoir algérien était derrière tout ça
? C'est la thèse que reprennent les journalistes de Canal + après
les condamnations, mercredi dernier, des deux terroristes Bensaïd
et Beikacem.
Valérie
Beck, Le Journal du Dimanche, 3 novembre 2002
" ALLAH AKHBAR,
Dieu est grand. " C'est par ces mots que Boualem Bensaïd a accueilli
sa condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité
mercredi soir. Avec Smaïn Aïl Ali Beikacem, l'autre accusé
pour les trois attentats qui ont fait huit morts et 200 blessés
à Paris en 1995, il venait de découvrir le jugement des
magistrats professionnels de la cour d'assises spéciale, après
cinq semaines d'un procès qui n'a pas répondu à toutes
les questions de l'enquête.
" Les vrais terroristes, c'est eux ! Certains généraux
algériens. " L'accusation est faite par le capitaine Ouguenoune.
Cet ancien officier de la Sécurité militaire algérienne,
réfugié en Angleterre, réitère devant les
caméras de 90 minutes* les propos qu'il avait tenus dans la presse
britannique. En 1997, il y avait expliqué la stratégie de
l'armée algérienne afin que les islamistes n'arrivent pas
au pouvoir. " Les médias relayaient l'image sanguinaire des
mouvements islamistes. " A commencer par le Groupe islamique armé
(GIA) de Djamel Zitouni. Zitouni, agent double ? Une thèse déjà
évoquée dans la presse en juillet 1996 (Le Figaro, Le Monde,
etc.).
Jean-Baptiste Rivoire et Romain Icard, les deux journalistes de Canal,
la reprennent ici à leur compte. " Zitouni recevait ses instructions
de la part de nos chefs ", raconte le colonel Lahbib Samraoui, ancien
adjoint du directeur de la Direction du contre-espionnage. Samraoui se
souvient avoir vu plusieurs fois Djamel Zitouni " rôder "
dans une caserne. En 1992, après la victoire aux élections
législatives des islamistes, le gouvernement algérien décide
de mener une campagne de décrédibilisation de ces mouvements,
à commencer par le Front islamique du salut (FIS).
La violence règne. Le GIA (au service des généraux
?) sème la terreur. " Comment expliquer qu'on tue un bébé
de deux ans, qu'on éventre une femme enceinte ?, vitupère
le colonel Ali, ex-officier au ministère de la Défense.
C'était de la barbarie pure, pour choquer et frapper l'imaginaire.
Pour que la population divorce totalement avec l'idéologie islamiste.
" " On m'a demandé de liquider les chefs islamistes qui
avaient pris le maquis. Je pensais qu'on me demanderait de liquider aussi
Zitouni, se souvient le capitaine Ahmed Chouchen, ex-instructeur des forces
spéciales. Mais on m'a dit : "Laisse Zitouni tranquille. C'est
notre homme, c'est avec lui que tu vas travailler." "
Entre 1994 et 1995, au moment du détournement de l'Airbus d'Air
France et des attentats à Paris, la France aurait compris que la
sécurité algérienne était derrière
ces actes terroristes. " C'était une des réflexions
de la DST, témoigne Alain Marsaud, l'ancien chef du service central
de lutte antiterroriste. Plus notre enquête avançait sur
les réseaux islamistes, plus on trouvait des Algériens des
services officiels. C'est très vraisemblable que le G1A ait été
une organisation écran utilisée pour prendre la France en
otage. " Des soupçons si forts que le 15 septembre 1995, Jean-Louis
Debré, alors ministre de l'Intérieur, confiait en privé
: " La Sécurité militaire algérienne a tenté
d'orienter les policiers français sur des fausses pistes pour qu'on
élimine des gens qui les gênent. "
* 90 minutes (Attentats
de Paris, enquête sur les commanditaires. Et Balkany à Levallois,
victoire d'un clan), demain, 23 h 05. Canal +.
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