Algérie Sept: hommes clés

Le Parisien , mardi 19 juin 2001

LE SORT d'Abdellaziz Bouteflika et, au-delà, de l'Algérie est probablement entre les mains de sept généraux. Qui détestent les projecteurs.

Larbi Belkheir :
le « faiseur de président ». Ce général à la retraite de 63 ans est le directeur de cabinet du président Bouteflika et l'un des hommes les plus influents d'Algérie. Ce serait lui qui aurait convaincu les « décideurs », après la démission en 1998 du président (et ex-général) Liamine Zeroual, de faire appel à l'ancien ministre des Affaires étrangères de Houari Boumediene. Ce fils d'un « caïd » (NDLR : haut fonctionnaire local) de la région de Tiaret était sous-lieutenant dans l'armée française avant de rejoindre, en 1961, les rangs du FLN. On dit de lui qu'il fut l'éminence grise des années quatre-vingt.

Khaled Nezzar :
l'officier de l'ombre. Issu d'une famille pauvre des Aurès, fils d'un sous-officier de l'armée française, sous-officier formé à Saint-Maixent (Deux-Sèvres), il déserte en 1958 à l'âge de 20 ans. Formé à Moscou puis à Paris, il sera, dans les années quatre-vingt, adjoint au chef d'état-major, chef des forces terrestres puis chef d'état-major. Lors des émeutes de 1988, il commande l'état de siège. En 1990, après le raz de marée électoral des intégristes du Front islamique du salut (FIS) aux municipales, il devient ministre de la Défense, poste jusque-là réservé au chef de l'Etat. Khaled Nezzar se retire officiellement de la vie politique après la nomination, en 1994, de Liamine Zeroual au poste de président. Il aurait traité Bouteflika de « canasson » pour avoir refusé la présidence à cette époque. Le 25 avril dernier, il quitte précipitamment Paris, où il venait d'entamer une série de conférences, en raison d'une plainte déposée contre lui par des familles de disparus.

Mohamed Lamari :
l'« éradicateur ». Le tout-puissant chef d'état-major de l'armée nationale populaire (ANP) a été formé à l'école de cavalerie de Saumur. Il rejoint l'armée de libération en 1961 et passera, comme nombre de ses collègues, par l'Académie militaire de Moscou puis l'Ecole de guerre de Paris. On dit qu'il fut l'artisan en janvier 1992, pour combattre les islamistes, du départ du président Chadli Bendjedid. Cet « éradicateur » pur et dur prend la tête des armées en 1993, à 54 ans.

Mohamed Mediene (dit « Toufik ») :
le spécialiste du renseignement. Ce général major, Kabyle de 61 ans, est, depuis 1990, le patron de la direction du renseignement et de la sécurité (DRS), l'ancienne sécurité militaire. Il a fait ses classes au KGB, avant de servir sous les ordres de Chadli Bendjedid, et de se lier d'amitié avec Larbi Belkheir, alors chef d'état-major de la 2e région militaire. Il a connu une ascension assez fulgurante depuis la démission de Chadli. Dirigeant à la fois la SA (sécurité de l'armée), la sécurité intérieure et les renseignements extérieurs, il est l'un des poids lourds du régime.

Smaïn Lamari :
l'homme des contacts. Fils d'un chauffeur de taxi de la banlieue d'Alger, il rejoint très jeune l'Armée de libération nationale. L'actuel chef de la DCE (direction du contre-espionnage) est le second de « Toufik ». Agé de 61 ans, il a suivi des études militaires en Egypte, après l'indépendance. Et il a effectué l'essentiel de sa carrière dans les services opérationnels de la sécurité militaire. Depuis 1992, ce spécialiste de l'infiltration tous azimuts a dirigé la lutte contre le terrorisme et les islamistes. Mais en n'hésitant pas à négocier avec ces derniers. Il a été également l'interlocuteur privilégié de la DST (Direction de la sûreté du territoire) dans la lutte en France contre les réseaux islamistes. Lamari est l'artisan principal de la reddition en 1997 de l'Armée islamique du salut (AIS).

Mohamed Touati :
l'intellectuel. Ce Kabyle de 60 ans est, au sein de l'armée, d'abord un « politique ». Ancien élève de l'école d'artillerie de Châlons-sur-Marne, il était engagé dans l'armée française quand il déserta, en 1958. Actuellement conseiller pour la sécurité à la présidence, cet intellectuel brillant et fin stratège assure la liaison avec la société civile algérienne, voire avec certains partis d'opposition.

Fodil Cherif :
le crapahuteur. Ce général de 60 ans est avant tout un homme de terrain. Il a fait ses études militaires en France et a été à la tête des opérations antiterroristes au milieu des années quatre-vingt-dix. Cet homme d'action occupe actuellement le poste de chef de la 1re région militaire.

C.T.

 

 

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