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Mgr Henri Teissier
Archevêché d'Alger
13, rue Khelifa Bokhalfa
16000 Alger
Également par fax
: 00.213.021.63 38 42
Paris, le 1er mars 2001
Monseigneur,
Votre lettre du 17 février,
que le quotidien Le Monde nous a fait suivre, a retenu toute notre attention.
Il nous a paru important d'y répondre rapidement en notre nom propre
(et non en celui de l'ensemble des signataires, que nous n'avons pas eu le temps
de consulter). Dans cette lettre, vous exprimez votre " désaccord
" avec nous " quant à l'identité des auteurs de l'assassinat
des moines de Tibhirine ", en invoquant l'absence de preuves : " L'accusation
que portent les auteurs suppose qu'ils ont rassemblé des preuves qui
nous échapperaient. [
] Personne sur place n'a pu donner [aux membres
de notre communauté] des éléments qui permettraient de
dire avec certitude que l'on doit dégager la responsabilité d'un
groupe du GIA dans ce crime. "
Nous n'avons pas dit que ce ne sont pas les GIA qui ont tué les moines,
ou du moins, nous n'avons pas posé la question en ces termes. Sans doute,
nous ne nous sommes pas exprimés assez clairement : notre mise en cause
portait plutôt sur les GIA eux-mêmes, et leur prétendue autonomie
par rapport aux services spéciaux de l'armée algérienne.
Pour le moment, l'essentiel des éléments d'information dont nous
disposons va plutôt dans le sens de l'hypothèse d'une implication
des forces de sécurité qui auraient instrumentalisé les
GIA ayant revendiqué l'assassinat des moines.
Quant à la question des preuves, nous nous en sommes expliqués
: nous avons précisé qu'il était aujourd'hui impossible
de produire des preuves juridiquement valables en l'absence d'enquête
indépendante et crédible. Et c'est pourquoi nous avons rappelé
la demande, déjà ancienne, de nombreux défenseurs des droits
de l'homme qu'une commission d'enquête conforme aux normes internationales
de validité et d'impartialité puisse, sur place, établir
les faits et les responsabilités des crimes (dont bien sûr l'assassinat
des moines de Tibhirine).
Pour autant, tenter dès à présent d'établir des
faits n'est pas exprimer une opinion. Aussi avons-nous été étonnés
de lire sous votre plume qu'" en ce qui concerne le père Claverie
", vous avez " immédiatement informé l'évêque
d'Oran de la publication de cette position ". Là aussi, de nombreux
éléments factuels, certes non établis judiciairement, accréditent
l'hypothèse d'une implication des services spéciaux dans cet assassinat.
Cela ne constitue pas à nos yeux une " position ", mais une
présomption fortement étayée, que seule une véritable
enquête judiciaire - qui n'a toujours pas eu lieu à ce jour, à
notre connaissance - permettra de valider ou d'infirmer.
Plus généralement, nous observons que vous ne vous prononcez pas
sur d'autres faits évoqués par notre lettre, tels que l'usage
systématique de la torture, les enlèvements par les forces de
sécurité, les exécutions extrajudiciaires
Cela signifie-t-il
que vous ne contestez pas leur véracité ? Et dans ce cas, pourquoi
l'Église d'Algérie ne dénonce-t-elle pas de telles violations
des droits de l'homme et leurs responsables, quels qu'ils soient ? Doit-elle
se contenter de réagir uniquement lorsque sont concernés des gens
de l'Église, ou entend-t-elle affirmer une vocation universelle dans
ce pays ?
Nous ne doutons que vous partagez avec nous ces douloureuses interrogations
et le souci de ne rien épargner pour que le sang cesse de couler sur
la terre algérienne. Nous comprenons que votre situation n'est pas facile.
Sachez en tout cas que, comme vous, nous souhaitons que la vérité
soit faite et que les responsables, directs et indirects, de la mort des martyrs
de Tibhirine et de Mgr Claverie soient identifiés et jugés par
une justice impartiale.
Nous vous prions de croire, Monseigneur, à l'expression de nos sentiments
respectueux.
François Gèze, Salima Mellah, Fatiha Talahite
c/o Éditions La Découverte
9 bis, rue Abel-Hovelacque
75013 Paris
fax 01 44 08 84 39
algeria-watch
en francais
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