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Menaces
sur la famille de Habib Souaïdia
Habib Souaïdia,
le 11 février 2001.
Au moment de la parution
de mon livre, j'ai su que ma famille, qui vit à Tébessa dans le
centre-ville (rue de la Basilique), avait été intimidée.
Le mercredi 7 février, vers 19 heures, ma mère m'a appelé
deux fois sur mon porta-ble. Elle était complètement affolée.
Elle m'a dit que, le matin même, vers midi, elle a reçu la visite
d'un certain Mouloud Benmohammed, qui s'est présenté comme un
journaliste. Il lui a dit qu'il m'avait rencontré à Paris, que
j'avais fait un livre qui accu-sait des gens innocents, et qui allait bouleverser
l'opinion nationale et internationale. Il lui a demandé de l'interviewer
à mon sujet. Ma mère était convaincue que c'était
un policier et elle lui a répondu : « Vous l'avez mis injustement
en prison, vous avez brisé sa vie et il a du s'exiler en France ! Foutez-nous
la paix, je n'ai rien à dire sur tout ça, je ne sais même
pas qu'il a fait un livre. » Là-dessus, il a dit qu'il reviendrait
l'après-midi pour recueillir son témoignage, mais elle a insisté
en disant qu'il ne revienne pas car elle n'avait rien à lui dire.
Vers 17 heures, il est revenu quand même, demandant toujours de l'interviewer.
Devant son refus, il est allé voir mon frère Nourredine Souaïdia,
26 ans, dans sa bouti-que vidéothèque (où il loue des cassettes
vidéos), située dans la rue du 11 décembre. Il lui a posé
des questions sur moi, pour savoir comment j'avais pu arriver en France, dans
quel état psychologique j'étais depuis ma sortie de prison
Mon frère a dit qu'il ne savait rien à mon sujet et a refusé
de lui répondre. Alors, M. Benmohammed lui a dit qu'il reviendrait le
lendemain pour les interviewer.
Le lendemain, jeudi 8 février (le jour même de la sortie de mon
livre en librairie en France), ma mère m'a appelé vers 9 h 30,
complètement terrorisée, en me disant qu'elle avait peur pour
elle et peur pour moi.
Elle m'a dit que M. Benmohammed venait de passer chez elle, accompagné
de plu-sieurs hommes en civils armés (venus dans deux voitures de police
et des véhicules banalisés), qui ne se sont pas présentés
mais qui étaient certainement des policiers ou des hommes du DRS. Ils
avaient une caméra et filmaient ce qui se passait. Ma mère m'a
expliqué que tout le quartier était paniqué. Les policiers
ont interrogé les gens, amis et voisins, sur moi. Ils leur ont dit qu'ils
me connaissaient comme quelqu'un de bien, que j'avais été injustement
accusé de vol et qu'ils ne savaient rien d'autre.
Ma mère leur a redit qu'elle ne savait rien de ce que je faisais et qu'elle
ne voulait pas leur parler.
Le soir, mon frère m'a appelé pour me confirmer ce qui s'était
passé. Il m'a dit qu'il avait peur de ces policiers, qu'il ne comprenait
pas ce que je faisais avec mon livre, que je devais arrêter de remuer
les vieilles histoires, etc.
Ensuite, le samedi 10 février, vers 10 heures, j'ai reçu un nouvel
appel téléphonique de ma mère. Elle m'a dit que pendant
la nuit, la vidéothèque de mon frère avait été
dévalisée et saccagée. On lui a volé une chaîne
hi-fi, un téléviseur, quatre magnétos-copes et que tout
était brisé. Mon frère est allé déposé
plainte à la police. Ils lui ont dit que ce n'était qu'un simple
vol.
Aujourd'hui, ma famille
vit dans la peur. Déjà, quand mon interview dans « Le Monde
» a été publiée (le 3 juin 2000), des hommes qui
se sont présentés comme des agents de la DRS sont venus deux ou
trois jours plus tard pour les interroger. Ils ont emmené successivement
ma mère, mon frère Nourredine et quatre amis à moi dans
le bureau du DRS situé près de la daïra. Ils les ont interrogé
sur la façon dont j'étais parti en France, comment j'avais eu
un visa qui m'avait aidé et donné de l'argent, etc. Et pendant
tout le mois qui a suivi, la ligne téléphonique de ma mère
est restée coupée.
De plus, le 29 janvier, vers 19 h 45, une bombe a explosé dans le quartier
la Re-monte à Tébessa, à 200 ou 300 mètres de chez
moi. L'explosion a été entendue à plu-sieurs centaines
de mètres à la ronde. Les gens ont d'abord cru à une explosion
de gaz, mais quand les agents de la Sonelgaz sont venus ils ont constaté
qu'il s'agissait bien d'une bombe, qui a fait un trou de près d'un mètre
de diamètre sur le mur de la caserne de la garde communale, désaffectée
depuis plusieurs mois. Il n'y a eu que des blessés légers (selon
El Watan du 30 janvier 2001).
J'ajoute que j'ai effectivement
rencontré M. Mouloud Benmohammed à Paris, le 25 janvier. Il avait
contacté le service de presse des Éditions La Découverte
en se pré-sentant comme journaliste au quotidien El Moudjahid. Je l'ai
rencontré dans un café à l'Opéra, pendant une heure.
Il avait un magnétophone, un caméscope et un appareil photo. Il
a demandé à me photographier et me filmer, en expliquant que c'était
pour une chaîne télévisée arabe de Londres, MBC.
J'ai refusé qu'il me filme, mais j'ai ac-cepté qu'il enregistre
notre conversation. Il voulait m'interroger sur le journaliste Mo-hamed Sifaoui,
dont il m'a dit que c'était quelqu'un de malhonnête ; mais j'ai
refusé de lui en parler. Ensuite, il m'a interviewé sur ce que
j'avais dit dans mon livre, pour-quoi je l'avais écrit, etc. Je lui ai
précisé que j'assumais tout ce qui était dans mon li-vre,
que personne ne m'avait obligé à écrire autre chose que
ce que je voulais dire.
Plus tard, j'ai appris que M. Benmohammed était un agent du DRS. Dans
le quoti-dien français La Croix du 1er février 2001, le correspondant
en Algérie de ce journal, Amine Kadi, a écrit que ce « journaliste-flic
» s'était rendu à Bentalha à la fin 2000, après
la publication du livre de Nesroulah Yous Qui a tué à Bentalha
?, pour intimider les survivants du massacre. Je cite A. Kadi : « Messaoud,
un témoin cité dans le livre par Nesroulah Yous, a connu des ennuis
parce qu'il avait refusé dans un premier temps de s'entretenir avec un
très spécial journaliste d'El Moudjahid, connu de tous pour travailler
avec la Sécurité militaire, et qui parlait de faire, lui aussi,
un livre sur Ben-talha. Messaoud a été interpellé de nuit
par la Sécurité militaire. Le lendemain, il ac-ceptait de raconter
"comment la patrouille militaire n'a jamais existé". Mais personne
n'a cru à ce contre-témoignage. »
Cette information m'a été depuis confirmée par plusieurs
journalistes algériens. Elle recoupe celle diffusée par le «
Mouvement algérien des officiers libres » (MAOL) sur leur site
Internet en 2000 : « Mouloud Benmohamed est devenu presque un habitué
des rencontres sur les droits de l'homme à Genève et Paris. Il
est envoyé en mission pour prendre des photos et des enregistrements
qu'il remet ensuite à Zoubir. » Selon le MAOL, le colonel Tahri
Zoubir, alias Hadj Zoubir, dirige le centre de la communica-tion et de la diffusion
(CCD), qui dépend du « service psychologique » du DRS, situé
au centre Belaroussi à Alger, commandé par le colonel Aziz.
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