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| Lettre à un chef sanguinaire Par Khaled Ziari*, Le Matin, 9 janvier 2003 Je me vois enclin à vous élever au rang de l'espèce humaine. Il le faut bien puisque je m'adresse à votre créature. Mais pas au point de vous appeler « monsieur », comme l'a fait notre Président. Ni, non plus, vous attribuer quelque honorabilité que ce soit pour votre ciblage des proies et de l'adversaire. Le faire relèverait du péché impardonnable. En effet, vous vous repositionnez tactiquement en fonction de la vulnérabilité, des errements et de l'apathie du Pouvoir, pour placer votre terrorisme dans une logique que vous estimez défendable. Puisque vous ne vous attaquez apparemment qu'aux agents de l'Etat et à leurs auxiliaires civils. Epargnant la population dont l'utilité se fera sentir au moment opportun. Cette option pour le moindre mal semble surprendre, agréablement, quelques décideurs non décidés à en finir avec vous par la seule voie universellement admise. Celle de la primauté de l'action armée. Vous profitez d'un passage à vide circonstanciel de nos services de sécurité qu'une certaine politique vient de traumatiser. Mais vous finirez par connaître le sort de vos prédécesseurs. Criblés de balles ou déchiquetés. C'est le sort réservé à tous les criminels de votre espèce. L'alternative maquisarde n'est plus porteuse, notamment en ce début de siècle où la volonté internationale s'affirme pour éradiquer la vermine extrémiste. Rien ne peut justifier votre barbarie. Ni les fetwas « recette maison » ni cette quête de divinité que vous entretenez à des fins de pouvoir obscurantiste et d'accaparement généralisé. Les gouvernements qui se respectent ne négocient qu'avec leurs semblables et non avec des créatures qui n'ont d'humain que la carcasse. Malheureusement, le nôtre a préféré se démarquer de cette règle fondamentale, pour raison de pérennité et de commodité positionnelle. Le crétinisme ambiant, la médiocrité, le fanfaronnisme politique et l'ivresse du Pouvoir en ont décidé ainsi. Encore une transition à inscrire dans le registre des grandes pertes post-indépendance. J'ai harcelé vos sanguinaires sur votre propre terrain. J'avoue que sur le plan du courage et de la « roudjla » vous êtes en déficit manifeste. En revanche, sur celui de la lâcheté et de la trahison, vous n'avez rien à envier à vos collègues du GIA et de l'AIS. Je n'ai pas eu la chance de vous avoir en face. Mais peut-il en être autrement pour les énergumènes de votre genre qui se cachent, toujours, derrière leurs troupes. Vous n'avez jamais quitté votre grotte. Ce n'est un secret pour personne. Vous vous contentez d'embobiner quelques gamins auxquels vous faites miroiter les délices du sacrifice divin et l'ivresse du Paradis de l'au-delà. Au moment où, sans retenue aucune, vous vous attelez à vos extravagances charnelles. J'en connais assez sur vous, notamment sur votre quotidien guerrier et intime. Mais la pudeur m'interdit d'en dire plus par respect pour le lecteur et la morale publique. Vous élevez la cadence et renforcez vos troupes à des fins calculées. Il est vrai que la théorie du précédent si chère à nos Anglo-Saxons vaut la révérence. Les antécédents de compromissions et de marchandages cyniques des pouvoirs successifs ont jalonné le cours de l'histoire contemporaine de notre pays. Chadli a bien tenté une cohabitation impossible avec le FIS, l'ex-directeur général de la Sûreté nationale. H. Lekhdiri, a, lui, entamé une approche malheureuse avec Bouyali qui s'est terminée en bain de sang, emportant avec elle cinq gendarmes. Zeroual a suivi le même processus mais dans une conjoncture et des circonstances, accordons-le lui, très complexes. Cette manière commune de certains décideurs prêts à lâcher les leurs à la première opportunité semble s'ériger en règle de gouvernance et trouver en le Pouvoir actuel l'idéale fertilité pour une fécondation inespérée. Mais en fait, elle ne fait, n'en déplaise à ses adeptes, que ralentir le processus de démocratisation en cours qui finira par exclure tous ces imposteurs et ces revenants des temps maudits, dont le tort est d'avoir refait surface à un moment, au contraire, où leur absence aurait été plus rentable pour la nation entière. Enfin, vous vous retrouvez devant un Pouvoir qui, très tôt, a montré des signes de faiblesse et fait montre, prématurément, d'une crédulité politique ahurissante. Au point d'absoudre le crime politique sur fond d'approbation institutionnelle et populaire dirigée et d'en faire un registre du commerce modulable. Autorisant vos collègues de l'AIS et des autres groupes armés de retrouver la liberté de leurs mouvements. Plus grave encore, de bénéficier des avantages des héros au pays des pouvoirs occultes et des indus occupants. Au moment où leurs victimes souffrent le martyre et voient leur avenir compromis par la perte du père, de la mère, du frère ou de la sur, et par ce désengagement de l'Etat de ses obligations minimales envers elles. Mais n'est-ce pas le propre des régimes impropres, fraudants et fraudeurs ? L''on relèvera, quand même, à votre actif méritoire le fait que vos iédologues et commanditaires nationaux, mais aussi étrangers, puisqu'il vient d'être établi que vous êtes sous la botte d'Al Qaïda, arrivent à percevoir les nuances et à déterminer les calculs intéressés pour vous instruire de rejeter cette honteuse main tendue, qui indispose même ses initiateurs et qui, heureusement, ne trouve plus preneur. Une main tendue à des fins électoralistes évidentes. Une « rusette » qui a fait son temps. Ne dit-on pas charité bien ordonnée commence par soi ? Vous devez avoir une idée sur le strip-tease politique « conjoncturellement » coutumier. Ne pensez surtout pas que vous allez réussir à vous imposer, ni même vous réinsérer de nouveau dans une société débarrassée désormais de votre emprise psychologique. Votre nuisance n'a d'impact que sur un régime qui, à force de s'entendre parler et de n'être qu'au service de lui-même, a fini par naviguer à vue, devenant la risée des autres. On n'a pas, non plus, besoin d'armement moderne, de lunettes infrarouges et autres outils de détection pour venir à bout de votre nébuleuse. Ceci ne constitue qu'un motif récursif comme un autre pour justifier des insuffisances et susciter compréhension et assistance étrangères. L'honneur des hommes de mes services, que j'ai perdus, la plupart à la fleur de l'âge, tout comme l'idéal qu'ils servaient et défendaient, la mort prématurée à laquelle ils ont exposé leur vie finiront par avoir raison de cette sous-traitance dévalorisante du Pouvoir qui n'en finit pas de fortifier les traumatismes et d'affecter le processus de lutte antiterroriste. Ce qu'il nous faut dans l'urgence, c'est un Pouvoir fort, libéré des pesanteurs islamo-intégristes et de pression tribalo-familiale. En fait, nous évoluons depuis l'investiture de Bouteflika dans un cercle fermé qui vous profite. Toutes les issues de sortie en faveur de vos ennemis que nous sommes sont bloquées par une gestion musclée des comportements et des institutions. Mais rien n'est éternel. Les rescapés de l'histoire finiront par être emportés. Cette même histoire nous renseigne, éloquemment, sur le sort des hégémonismes dégradants qui s'érigent en ordres établis unilatéralement. Bafouant les droits élémentaires des citoyens et faisant des instruments de l'Etat une ceinture, suffisamment, sécurisante pour une poignée dirigeante. Ne criez surtout
pas victoire. Votre registre s'enrichit, en effet, de nouvelles pertes
cette année, principalement dans les rangs de l'ANP, de la garde
communale, de la police et des Patriotes. Ni ce Pouvoir et
encore moins Bouteflika ou un autre ne peut vous venir en aide. Même
votre reddition n'est plus intéressante. Vous reflétez la
négation la plus absolue que peut véhiculer une créature,
quelle que soit sa nature. L'indignité humaine que vous représentez
n'a d'égale que la déraison qui guide vos actions et nourrit
celles de vos commanditaires en cravate qui minent les rouages de l'Etat
et multiplient leurs alliances transnationnales par personnel politique
interposé. Leur échec est consommé, n'en déplaise
aux tenants des compromissions qui se donnent en spectacle à chacune
de leur sortie. La société a atteint une maturité
politique indiscutable. Le monde évolue. L'environnement n'est
plus aux élucubrations prophétistes. Désolé,
il n'y a pas de successeur moderniste à notre Prophète ni
de « mahdi » sorti de quelque désert paradisiaque ou
exil doré. A qui sait comprendre, peu de mots suffisent. Mais est-ce
le cas ? *Ex-officier supérieur
de la DGSN |
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