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Des intellectuels français dénoncent la prochaine visite de Védrine à Alger C'est le retour du « Qui tue qui ? » Le Matin, 10 février 2001 Les derniers témoignages d'Algériens mettant en doute la paternité du terrorisme en Algérie ont eu leurs premiers effets en France : des intellectuels de l'Hexagone dénoncent la prochaine visite de Védrine à Alger. C'est la conséquence directe de la politique de « concorde civile » censée replacer l'Algérie sur la scène internationale. ----------------------------------------------- L'Algérie revient à l'heure du « Qui tue qui ? » Youcef R., Le Matin, 10 février 2001 Un an après l'expiration de la loi sur la « concorde civile », et alors que le projet encore confus de Bouteflika portant sur la « concorde nationale » n'en finit pas de jeter le trouble au sein de la coalition gouvernementale, le terrorisme continue de faire des victimes, et la fameuse question « Qui tue qui ? » revient plus que jamais à l'ordre du jour, ouvrant de nouveau la voie à la revendication d'une commission d'enquête internationale. Appel pour une enquête internationale Des intellectuels français ont appelé, dans un texte publié par le quotidien Le Monde du 8 février, à une enquête internationale en Algérie qui déterminerait les responsabilités dans les massacres perpétrés contre les civils. A la veille de la visite
officielle à Alger du ministre français des Affaires étrangères,
Hubert Védrine, prévue le 13 février, certains intellectuels
français se mobilisent en appelant, à travers un texte publié
par le journal Le Monde, à « une commission d'enquête internationale,
à une mission en Algérie des rapporteurs de l'Organisation des
Nations unies (ONU) sur les droits de l'Homme et à des poursuites pénales
à l'encontre des responsables de crimes contre l'Humanité en Algérie
». Toute la matière est, selon eux, fin prête pour permettre
« une enquête sérieuse » sur le terrain. Les signataires
de cet appel se basent notamment sur deux livres, Qui a tué à
Bentalha ? et La sale guerre, édités par La Découverte,
dont le directeur est François Géze, l'un des signataires. «
Les deux livres ne sont qu'un des éléments d'un lourd dossier,
largement documenté par des rapports et témoignages accablants
accumulés depuis des années », écrivent-ils en interpellant
la commission des droits de l'Homme des Nations unies dont l'ouverture de sa
session prochaine est prévue pour le mois de mars prochain. « Au
vu de l'ampleur et de la gravité des faits, l'Algérie devrait
non seulement être sévèrement condamnée, mais des
rapporteurs de l'ONU sur les droits de l'Homme devraient impérativement
y être dépêchés », exigent-ils. Qui a tué
à Bentalha ? et La sale guerre, dont les auteurs sont respectivement
Nasroullah Yous et Habib Souaïdia (ex-officier de l'armée «
réfugié politique en France »), constituent une base de
témoignages qui pourront servir, selon les rédacteurs de l'appel,
à une piste d'investigation pour les enquêteurs. « Avec ces
témoignages, l'hypothèse d'une implication de la haute hiérarchie
de l'armée dans des crimes contre l'humanité et dans l'entretien
de la terreur islamiste est suffisamment étayée pour que l'exigence
d'une commission d'enquête internationale, rejetée depuis des années
par la communauté internationale, ne soit plus discutable », affirment-ils
en rappelant que « ces faits établis sur la base des témoignages
pourront aboutir à des preuves juridiques » permettant de condamner
les militaires algériens. Rappelons que dès la sortie, le 8 février,
de La sale guerre, les médias français s'en sont saisis pour amplifier
les témoignages de l'auteur. Ce jeudi soir, plusieurs chaînes de
télévision dont France 2 et France 3 ont parlé du livre
et avec son auteur. Faisant allusion à ce qui a été fait
en Yougoslavie, les signataires de l'appel soutiennent que « le cas algérien
n'a rien de spécifique, il y a lieu de lui appliquer les principes du
droit international que ceux qui ont été mobilisés contre
des dictateurs de ce type ». Tout en tentant de battre en brèche
l'argumentaire du pouvoir algérien, rejetant l'« ingérence
», ils lancent une mise en demeure au gouvernement français qui,
selon eux, a soutenu la politique d'éradication en Algérie par
son aide financière et militaire au régime. Il est sommé
donc de reconsidérer sa politique algérienne pour qu'il ne soit
pas accusé « d'une véritable complicité de crimes
contre l'humanité ». Les signataires rappellent, à cet effet,
le débat qui est engagé en France au sujet de la torture pratiquée
pendant la guerre de Libération pour demander à la classe politique
française de prendre ses responsabilités à propos «
des violations des droits de l'Homme sur la terre algérienne ».
C'est ainsi qu'ils concluent que la situation, qualifiée d'« une
gravité extrême », ne prête pas seulement aux «
habituelles condamnations frileuses et à des pressions diplomatiques
feutrées ». Mais il faut, selon eux, aller vers d'autres formes
de pression, d'interventions et d'embargo. Une telle exigence n'aurait été
jamais formulée si la situation n'a pas été vraiment rendue
favorable par la politique actuelle du pouvoir algérien. En appliquant
sa politique de concorde civile, assurant l'impunité aux terroristes,
Bouteflika a permis à ceux qui ont fait du contrat de Rome leur programme
politique de revenir à la charge et exiger « une solution politique
négociée ». Ils considèrent d'ailleurs que «
cette politique de concorde civile, au lieu de répondre à cette
exigence, a ajouté la confusion et l'opacité en entretenant les
tensions et la violence tout en consacrant l'impunité ». ------------------------------------- Le
commentaire Rachid Mokhtari, Le Matin, 10 février 2001 Un groupe d'intellectuels
français dont Pierre Bourdieu et Pierre Vidal Naquet, dans une déclaration
publiée dans le journal Le Monde du 8 février à l'occasion
de la prochaine visite en Algérie du chef de la diplomatie française,
Hubert Védrine, prévue ce 13 février, considère
que « de plus en plus d'éléments accréditent l'implication
au plus haut niveau des autorités algériennes dans les massacres
et les disparitions forcées ».
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www.algeria-watch.org
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