Le chef de la diplomatie française donnera une conférence de presse cet après-midi

Védrine vient à Alger avec le soutien interrogatif de Paris

Annoncée comme un événement politique important, la visite du ministre français des Affaires étrangères s’annonce plutôt comme une action de concertation sur les dossiers bilatéraux

Noureddine Azzouz, LaTribune, 13 février 2001

Le chef de la diplomatie française entame aujourd’hui une visite au cours de laquelle il passera en revue l’état d’avancement des relations entre la France et l’Algérie. Cette visite, c’est le moins qu’on puisse dire, intervient dans un contexte très particulier. Confusion politique extrême en Algérie et levée de boucliers en France s’y mêlent avec le concours significatif de milieux intellectuels et de militants des droits de l’Homme français.Les intellectuels et les militants pour les libertés, dans un appel publié récemment par le journal le Monde, ont demandé à Védrine de prendre ses distances avec le pouvoir algérien et accusent le gouvernement français de «complicité de crimes contre l’humanité». Une grave accusation dont les motivations principales sont puisées dans le livre publié par les éditions parisiennes La découverte, La sale guerre d’Algérie. Son auteur, Habib Souaïdia, ancien sous-lieutenant de l’ANP, réfugié politique en France, relate, selon ses propres déclarations à la presse internationale, son propre vécu au sein du dispositif de lutte antiterroriste. Il y raconte les dépassements graves auxquels il a assisté et accuse la haute hiérarchie militaire d’avoir géré de manière peu orthodoxe la lutte contre les groupes armés.Les accusations portées par l’ancien officier contre l’armée algérienne trouvent aujourd’hui une connexion très redoutables dans la dégradation brutale de la situation sécuritaire et la multiplication des tueries des civils depuis le ramadhan dernier.Ajoutés au sinistre politique actuel marqué par une incohérence dans les discours et dans les prises de position des différents acteurs du champ politique national, les massacres de civils ruinent les déclarations naguère rassurantes du président de la République. Cette addition finit même par donner de l’Algérie l’image d’un pays infréquentable aux perspectives sombres incompréhensibles pour Paris dont la position dominante depuis 1998, date de l’arrivée du président Bouteflika au pouvoir, est de miser sur ce dernier comme acteur susceptible de redonner à l’Algérie, un pays à la «proximité dangereuse», la lisibilité qui lui faisait défaut entre 1992 et 1998.Mais le paradoxe est que la France se trouve aujourd’hui confrontée aux mêmes questions que celles d’il y a quelques années : autant l’apparente visibilité politique que semblait avoir créée le président de la République lors des premières semaines de son mandat encourageait les milieux français à l’optimisme et à la volonté de travailler avec les décideurs algériens autant l’opacité et les blocages soudains les incitent à plus de prudence, voire à une hésitation quasi problématique faisant osciller Paris entre soutien et interrogation sur le cas algérien. La crise dans notre pays a fait perdre beaucoup de terrain à la France durant la période 1992-1998. Ne pas avoir choisi de camp, parfois au bénéfice de réseaux franco-algériens, lui a coûté cher. L’enjeu, aujourd’hui, est comment éviter cet écueil tout en préservant les acquis de ces derniers mois et après que le président Bouteflika, notamment à Yaoundé lors du sommet France-Afrique, eut multiplié les initiatives de rapprochement avec la grande puissance européenne. Un enjeu synonyme aussi d’écheveau à l’intérieur duquel le chef de la diplomatie française doit trouver les mots et les phrases qu’il faut. Non seulement pour ne pas perdre de vue les revendications des milieux français qui trahissent une situation de précarité politique algérienne mais également pour ne pas se risquer à de nouveaux malentendus avec Alger au moment où le processus de refondation des relations entre le pays, lancé en 1998, même s’il est loin des ambitions affichées voici quelques années semble toujours à l’ordre du jour.La brièveté du séjour (une journée seulement) et l’annonce d’un ordre du jour placé sous le signe de la coopération politique, administrative et économique indiquent une disponibilité de la part des Français à «gérer» avec pragmatisme le dossier Algérie : c’est-à-dire en tenant compte des incidences du débat actuel sur la crise algérienne et insistant en même temps sur la nécessité de poursuivre la coopération concertée entre les deux pays. «Le travail se poursuit de manière concrète : circulation des personnes, visas, conditions de séjour des Algériens en France, refondation de nos instruments de coopération culturelle et de formation, accompagnement des efforts de réforme de l’économie, coopération administrative et naturellement poursuite du dialogue politique», explique-t-on au Quai d’Orsay. Il s’agit d’un soutien interrogatif que déterminera l’évolution de la situation politique dans notre pays.Signe positif : une délégation de l’ambassade de France en Algérie se déplacera demain à Oran pour une visite de travail annoncée comme importante.

 

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