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LA SALE GUERRE, TÉMOIGNAGE D'UN ANCIEN OFFICIER Mustapha Hadjarab, Algeria-Interface, 9 février 2001 Habib Souaïdia livre un témoignage de l'intérieur de l'armée algérienne sur le rôle des forces spéciales et des services secrets dans la terreur en Algérie.(lire) Paris, 9/02/01 - Outre sa participation à plusieurs opérations dans le centre du pays, Habib Souaïdia donne l'essentiel des détails et des noms sur celles auxquelles il a participé à Lakhdaria (80 km à l'est d'Alger), où est localisé un des plus importants maquis islamistes au début des années 90. Il y restera près de dix-huit mois, presque toute sa courte carrière de militaire sur le terrain. C'est donc là le coeur de son témoignage, qui met en cause les services secrets et les unités spéciales de l'armée. Le reste du récit, en effet, est une mise en perspective a posteriori de son appréhension du drame algérien, réalisée avec l'aide du journaliste Mohamed Sifaoui, qui n'a contresigné, précise l'auteur, que la version initiale du récit. Il raconte comment, un soir de mars 1993, il est confronté directement à la "sale guerre": il est chargé, sur ordre de ses supérieurs, d'escorter avec ses hommes un groupe de commandos et d'hommes du Département recherche et sécurité (DRS, services spéciaux), en mission au douar Ez-Zaatria (près de Oued-el-Alleug, dans la plaine de la Mitidja). Dans le hameau, le commando massacre douze personnes soupçonnées de soutien aux islamistes. Le lendemain, la presse titre «une attaque terroriste sur le village d'Ez-Zaatria». "Habtouh lel-oued
!" Tout commence par cet ordre qui ne permettait aucun doute sur le destin des prisonniers: "Habtouh lel-oued!" (littéralement, descendez le vers l'oued) que les militaires comprennent, explicitement, comme "exécutez-le". C'est au cours d'un débriefing qui suit une opération militaire, en 1993, que Souaïdia entend clairement l'ordre «d'exterminer tous ceux qui soutiennent les islamistes, pas seulement les terroristes!» Il commence alors à se demander si l'on doit aller vers «l'extermination des trois millions d'électeurs du FIS de décembre 1991.» En attendant, il tue déjà, au cours d'opérations, des innocents, comme ces deux civils près de la forêt de Bouchaoui qui rentraient chez eux mais qui ont pris la fuite par peur. Et il utilise les méthodes dictées par la hiérarchie: «A la suite d'un accrochage, nous ramenions les têtes des terroristes abattus, le reste des corps, on le laissait pour les charognards...» Mais, «quand il y avait plusieurs tangos (islamistes), on ne s'encombrait pas à prendre les têtes, on ne découpait que les oreilles.» Brûlés
vifs En janvier 1994, dans la maison coloniale occupée par sa garnison, il découvre pour la première fois que l'on torture un homme à l'électricité, et il donne les noms des tortionnaires, des officiers du DRS. En février, il constate que des agents du même service enlèvent et assassinent l'ancien maire FIS de Lakhdaria en se faisant passer pour des terroristes. Il sera ainsi témoin, affirme-t-il, en vingt-sept mois, d'une quinzaine d'assassinats. Il affirme qu'un adolescent de quinze ans et son père sont brûlés vifs après une séance de torture, dans la caserne, sous les yeux de tous, parce qu'on les soupçonne de renseigner les islamistes: «Nous étions en pleine folie. En face de nous, des terroristes se faisaient passer pour des membres des forces de sécurité et chez nous, des militaires se déguisaient en islamistes pour mener des opérations terroristes qui leur seraient ensuite attribuées.» Mais, l'armée perd aussi des hommes, et par dizaines, comme en cette fin d'année 1994 dans toute la région montagneuse à l'est de Lakhdaria. C'est, peut-être, pourquoi les militaires ne font pas dans le détail, comme durant l'été 1993, lorsqu'elle incendie des régions boisées à Lakhdaria et en Kabylie, parce qu'«il était impossible de voir quoi que ce soit par hélicoptère.», « Des arbres centenaires brûlaient. Ce désastre écologique n'a pas manqué de faire des morts parmi la population.» Des civils bombardés La courte carrière militaire de l'auteur se termine pour lui par une condamnation pour vol à quatre ans de prison en 1995, mais dont il se dit innocent. Dès sa libération, il cherchera les moyens de fuir vers l'étranger, malgré la surveillance dont il fait l'objet. Il arrive à Paris et affirme au Monde, daté du 3 juin 2000, être prêt à témoigner. "La sale guerre", confirme sa détermination. Il y livre en effet des noms d'auteurs de tueries, de tortures et d'expéditions punitives sanglantes contre des civils. -------------- Habib Souaïdia QUI EST HABIB SOUAIDA? Mohamed Sifaoui Ferdinando Imposito
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www.algeria-watch.org
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