Les diplomates étrangers commentent la visite de Védrine

La guerre d’influence franco-américaine fait rage

Par Mounir B., Le Quotidien d'Oran, 13 février 2001

L’arrivée d’Hubert Védrine à Alger n’a pas manqué de susciter des commentaires dans les milieux diplomatiques occidentaux à Alger.

Les diplomates étrangers en poste à Alger soulignent que le forcing diplomatique et politique français de ces dernières semaines est à inscrire dans «la guerre d’influence» que se livrent Français et Américains en Algérie.

Que ce soit Michelle Demessine, Daniel Vaillant et maintenant Hubert Védrine, les émissaires du gouvernement français ont, tous, divulgué le même message à l’adresse du gouvernement algérien décliné sous la forme de la «refondation» des relations bilatérales algéro-françaises.

Car la politique algérienne de la France a dorénavant un concurrent sérieux qui ne sont autres que les Etats-Unis d’Amérique: «Ce n’est pas un hasard du calendrier si le ministre français de l’Intérieur a programmé sa visite au même moment que mouillait dans le port d’Alger le croiseur américain USS Mitchell», nous a indiqué ironiquement un diplomate anglo-saxon.

Dans ce chassé-croisé diplomatico-militaire franco-américain, les actes politiques ont toujours valeur de symbole. Paris et Washington rivalisent d’initiatives et à ce jeu, ce sont les Américains qui semblent glaner des points en Algérie. Selon des sources diplomatiques occidentales, «l’activisme économique américain» à l’endroit de l’Algérie commence à porter ses fruits.

Depuis trois années, le total investi par les firmes américaines en Algérie avoisine les 3,7 milliards de dollars. Un chiffre qui est appelé à doubler, estiment les observateurs, qui soulignent que «les derniers investissements importants n’ont pas encore été inclus». De sources diplomatiques algériennes, on estime que «le processus de renforcement des relations bilatérales ira en s’accentuant» avec l’arrivée des républicains à la Maison-Blanche. Mieux, selon les derniers indices en matière d’investissements directs américains dans le monde arabe, l’Algérie se classe, actuellement, en seconde position juste après le royaume wahhabite des Al Saoud et devance, pour la première fois, l’Egypte qui est considérée comme un allié stratégique des Etats-Unis au Moyen-Orient puisque Le Caire abrite la plus importante ambassade US du monde arabe avec pas moins de 500 diplomates en poste et plus de 5.000 employés locaux. Ce qui représente une référence pour les diplomates étrangers rencontrés.

Les analystes estiment que même si l’investissement américain est à 90% axé sur le domaine pétrolier, les investisseurs américains suivent avec attention les derniers développements en matière de réforme du système bancaire, les services Télécom et la législation financière.

Face à la réussite économique de firmes américaines telles que Coca-Cola, Pfizer ou DHL, les Français ont du mal actuellement à opposer une concurrence au diapason des ambitions américaines. Paris a fait un geste en direction d’Alger en faisant baisser le Risque Algérie d’un point à travers la Coface mais les initiatives du Medef demeurent timorées et nombre d’investisseurs français se plaignent, aujourd’hui, de la prédominance du politique sur l’économique en termes de décision dans les cercles officiels français.

Cela va sans dire que cette guerre d’influence franco-américaine est appelée à s’élargir au domaine militaire où les Américains ont pris un avantage décisif sur les Français en Algérie à travers le renforcement des échanges militaires et le dossier de l’OTAN. Selon les mêmes analystes, la «disponibilité» du président Bouteflika et de l’ANP à jouer un rôle positif pour la paix en Afrique mais surtout «la modération algérienne» vis-à-vis du processus de paix au Moyen-Orient ont fini par sensibiliser Washington.

L’administration Bush Junior a émis des signaux en direction d’Alger, notamment par l’entremise de l’ambassadrice US à Alger, Mme Janet Sanderson, qui sont à même de renforcer des relations qualifiées «d’excellentes». Des hommes comme le vice-président, Dick Cheney, ou le secrétaire d’Etat, Colin Powell, seraient favorables, à en croire les diplomates occidentaux, à privilégier un accroissement de la coopération au Maghreb avec l’Algérie au détriment du Maroc. Ce qui est exactement l’inverse avec Paris qui a les yeux de Chimène pour Mohamed VI.

Quoi qu’il en soit, la visite de Védrine à Alger agite le microcosme diplomatique étranger à Alger. Français et Américains s’efforcent de mettre en relief leurs relations bilatérales avec Alger sous l’angle le plus positif qui soit.

Du côté algérien, on ne dissimule pas une certaine préférence au type de rapports entretenus avec les Américains qui fait appel au «pragmatisme économique» mais surtout qui n’est pas entaché par des dérapages verbaux ou médiatiques (affaire Yous Nasrallah, affaire Habib Souaïdia) comme c’est le cas, présentement, avec Paris et qui mettent à mal aussi bien Bouteflika que l’armée algérienne.

Le dernier en date est venu de Védrine, lui-même, à en croire Le Canard Enchaîné du 31 janvier dernier qui rapporte cette phrase du MAE français sur l’Algérie: «Le président Bouteflika n’a plus aucune marge de manoeuvre face aux militaires. Rien n’avance...». De quoi faire parler dans les chancelleries à Alger.

 

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