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CAMPAGNE
MEDIATIQUE EN FRANCE Larmée algérienne en accusation Nadjia Bouzeghrane, El Watan, 10 février 2001 A quelques jours de la visite du ministre des Affaires étrangères français à Alger, Hubert Védrine, la sortie dun livre intitulé La sale guerre, accusant directement la haute hiérarchie militaire algérienne dêtre responsable de crimes terroristes, est au centre dune campagne médiatique. Le livre, sorti le 8 février, a eu droit le même jour aux colonnes du Monde et de Libération, et à une large diffusion sur les chaînes de télévision. A cela sajoute la publication dans le même numéro du journal Le Monde (daté du 9 février 2001) dun libre propos par lequel Pierre Bourdieu, sociologue, François Gèze, directeur de La Découverte, Alain Joxe, directeur d études à lEHESS, Jeanne Kervyn, sociologue, Gema Martin-Munoz, professeur duniversité, Salima Mellah qui a écrit Qui a tué à Bentalha ?, Véronique Nahoum-Grappe, ingénieur de recherche à lEHESS, Fatiha Talahite, économiste, Brahim Taouti et Pierre Vidal-Naquet, historien, interpellent le ministre français des Affaires étrangères. «Jusquà présent, ladministration et la diplomatie françaises ont joué un rôle actif et militant pour empêcher toute condamnation de lAlgérie et sopposer à lenvoi de rapporteurs spéciaux.» «Nous tenons à interpeller avec fermeté le gouvernement français pour lui dire que nous sommes nombreux, en Algérie, en France et en Europe, à considérer que sa politique algérienne ne relève plus de relations ordinaires entre deux Etats, mais dune véritable complicité de crimes contre lhumanité.» Les auteurs de lappel écrivent, par ailleurs, que «de plus en plus déléments accréditent lhypothèse dune implication au plus haut niveau des autorités (algériennes, ndlr) dans les massacres et les disparitions forcées... Comment fournir, en effet, des preuves en labsence denquête crédible ? Et comment engager une enquête indépendante et impartiale dans un Etat de non-droit ? De ce point de vue, le cas algérien na rien de spécifique, et il y a lieu de lui appliquer les mêmes principes du droit international que ceux qui ont été mobilisés contre dautres dictatures de ce type.» De source diplomatique française, on confirme avoir pris connaissance de cet appel, «ne pas y répondre et ne pas engager de polémique». Avec ce commentaire, en ce qui concerne laccusation par les auteurs de lappel de la France de complicité de crimes contre lhumanité : «Tout ce qui est excessif est insignifiant.» Les auteurs de lappel reprochent à la France davoir fourni à lAlgérie des équipements sophistiqués pour combattre le terrorisme. Cette affirmation est démentie de source française autorisée. Depuis 1993, les demandes darmes faites par lAlgérie sont examinées avec une «extrême vigilance» ajoute-t-on de même source. Autrement dit, tout ce qui est «mortel» ou «susceptible de servir à la répression» rencontrerait une fin de non-recevoir. -------------------------------- Propre, la guerre ? A. Samil, El Watan, 10 février 2001 Témoignage de sa «sale guerre» dun jeune officier en rupture avec son institution pour une affaire de droit commun, un livre sur lAlgérie vient de sortir en France, sitôt porté aux fonts baptismaux par les grands médias de ce pays. Louvrage se veut accablant pour larmée algérienne, notamment les «exactions» quelle aurait commises sous couvert de la lutte antiterroriste et dont lauteur dit avoir été un témoin direct. Le problème nest pas dans la parution de ce livre en France où la liberté éditoriale est quasi totale, comme en témoigne la profusion décrits sur la guerre dAlgérie et sur un de ses aspects les plus condamnables : la torture pratiquée à grande échelle par larmée française et qui continue de révolter les consciences, malgré leffet du temps. Cest leffet des premiers commentaires à chaud de ce brûlot qui risque plutôt de contribuer à embrouiller la perception de ce qui est vécu ici comme une tragédie rarement égalée dans lhorreur à travers lhistoire. Déjà, beaucoup de propos se départent dangereusement du sens de la mesure. Par définition, il ny a pas de guerre propre, quon utilise des arme conventionnelles ou de luranium appauvri. Pour autant, surtout dans le cas de la lutte contre le terrorisme islamiste, la démarche intellectuelle qui consiste à renvoyer dos à dos les uns et les autres trahit souvent un a priori de sectarisme. Après un témoignage similaire sur le massacre de Bentalha, qui sest révélé peu fiable confronté aux vérités dautres rescapés, le récit par procuration de lancien officier soulèvera inévitablement les mêmes polémiques et controverses. Où est la part de vérité et où se situe lintention de jeter lopprobre sur un combat contre lislamisme armé qui a rallié la majorité des citoyens algériens, une fois passée la période des doutes et des interrogations ? ------------------------------------ La sale guerre et des interrogations N. B., El Watan, 10 février 2001 Habib Souadia se présente comme «un ancien officier ayant appartenu aux troupes spéciales de larmée algérienne». Il a quitté lAlgérie en avril 2000. Il vit depuis en France comme réfugié politique.Dès les premières lignes du livre, le cadre est planté : «Dès 1993, je me suis dit quil faudrait que je parle un jour des coulisses de la guerre civile dit Souadia. «Depuis 1992, cest une guerre secrète qui est menée par les généraux : faux maquis, intoxications en tous genres, manipulations et infiltrations des groupes armés islamistes. Ce rideau de fumée leur permet de mener impunément une guerre dune incroyable sauvagerie. Ce quon ignore, cest quils sappuient pour cela sur seulement quelques milliers dhommes en armes : ceux des unités spéciales de la police et de la gendarmerie, et, surtout, sur ceux de la sécurité militaire et des forces spéciales de larmée, celles dont jai fait partie. Cest nous qui avons été chargés de faire le sale boulot, cest nous que les généraux ont obligés à faire leur sale guerre...» Habib Souadia accuse : «Jai vu des collègues brûler vif un enfant de quinze ans. Jai vu des soldats se déguiser en terroristes et massacrer des civils. Jai vu des colonels assassiner, de sang-froid, de simples suspects. Jai vu des officiers torturer, à mort, des islamistes.» Habib Souadia a été arrêté courant 1995 «pour vol qualifié», dit-il. Il est resté quatre ans en prison. A sa remise en liberté, il «achète un visa» pour aller en France. Sans porter de jugement sur le bien-fondé et la véracité des faits rapportés par Souadia et des graves accusations quil porte contre larmée algérienne, la lecture du livre qui porte sa signature nest pas sans susciter certaines questions et impressions. Il donne à croire que cest quelquun de très bien informé, bien documenté, ayant une très bonne connaissance de la situation politique. Depuis Lakhdaria où il était affecté, il savait tout ce qui se passait à travers le pays. Il donne également à penser que dans larmée algérienne on se parle beaucoup «entre collègues», entre «camarades de promotion». La prison ne la pas non plus coupé de lextérieur, puisquil était au courant des massacres de Bentalha, de Raïs, de Béni Messous. Page 178 : «Lorsque jétais en prison, javais évidemment entendu parler de ces massacres (Raïs, Bentalha, ndlr) et, en discutant avec certains collègues, javais acquis la conviction quils avaient été perpétrés par des groupes manipulés par larmée. Ayant travaillé plus de trois ans avec les services, je sais très bien que certains groupes du GIA sont directement manipulés par eux, sans quils le sachent parfois eux-mêmes...» Page 111 : «Chaque fois que le chef présumé du GIA sera éliminé, un nouvel émir surgira du néant et larmée en sera immédiatement informée... On ne parlait dailleurs plus du GIA, mais des GIA. Nous étions nombreux à penser... quil y avait en réalité les vrais groupes islamistes armés et, de lautre, les groupes islamistes de larmée, manipulés par des hommes du DRS.»
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www.algeria-watch.org
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