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Attentats
de Paris: On pouvait les empêcher
Enquête
de JB Rivoire et Romain Icard.
Montage: Laurent Caujat.
Image: Jean-Claude Fontan.
Son: Jean-Marc Blanzat.
Documentaliste: Emanuelle Charles,
stagiaire : Guillaume Barathon, Aurélie Badel
DIFFUSIONS
Lundi 4 Novembre 2002 à 23h 15 (Canal +)
Jeudi 7 Novembre à 11h 10 (Canal +)
Vendredi
8 novembre à 5h 20 (Canal +)
Vendredi 9 novembreà 17h10, le 13 novembre à 17h50 et le
15 novembre à 19h37 sur "canal + bleu"
.
INTRODUCTION
Pont St Michel, 25
juillet 1995
Juillet 1995
: C'est la troisième fois en un an que le " GIA ", Groupe
Islamique armé, frappe la France de façon spectaculaire,
cette fois au cur de Paris.
Premier attentat
le 3 août 1994, avec cinq français mitraillés à
Alger.
Le 24 décembre
de la même année, un airbus d'Air France est détourné
en Algérie avant d'être pris d'assaut à Marseille.
En Juillet 1995,
ce sont les bombes dans le RER, puis, en 1996, l'assassinat des moines
de Tibhirine.
Point commun à
tous ces attentats: ils sont attribuées à un certain Djamel
Zitouni, chef du "GIA".
Mais aujourd'hui,
d'anciens officiers des services secrets algériens affirment que
derrière le terroriste Zitouni, se cachait en fait des intérêts
beaucoup plus importants.
Voici l'histoire
d'une incroyable manipulation.
LA
CREATION D'UN MONSTRE
Il y a cinq ans,
un ex-officier des services algériens écoeuré par
la sale guerre qu'on lui a fait mener se confie à la presse britannique.
Synthé : L'Observer
8/11/97
Ce que dit
cet officier est d'abord politique : il révèle que les militaires
algériens, effrayés par la victoire électorale des
islamistes en 1992 ont mis en place une stratégie radicale pour
les empêcher d'arriver au pouvoir. Une stratégie meurtrière
dont Djamel Zitouni était l'instrument.
Quelques semaines
après les révélations de l'Observer, nous retrouvons
l'officier. Réfugié en Angleterre, il est méfiant
et nous soupçonne de renseigner les services français.
Puis au fil des rencontres,
la confiance s'installe. Dans un hotel de Londres, il nous explique dans
un français mal maitrisé comment son service a recruté
Zitouni.
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ancien des services secrets (DCSA)
" Djamel
Zitouni a été recruté dans un camp au Sahara, où
les islamistes avaient été envoyés. Il a été
surpris dans des conditions très très gênantes, avec
des murs homosexuelles. Le chef de la sécurité du
centre lui a dit : soit tu travailles avec nous, soit on te balance au
niveau du centre , au niveau du camp de concentration. C'est sûr
qu'il aurait eu de très très graves problèmes .Dans
un centre où il y a des milliers d'islamistes , entendre parler
d'un truc comme ça
"
Les services secrets
algériens auraient donc forcé Zitouni à collaborer
avec eux. Et le jeune islamiste n'aurait pas été choisi
par hasard.
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ex-officier de la sécurité militaire (DCSA)
" Parmi
les islamistes , il y avait des médecins , il y avait des docteurs,
des universitaires. Pourquoi ne pas prendre un universitaire et faire
ça ? Pourquoi prendre un vendeur de poulets qui a à peine
le niveau de 6ème ou de 5ème ?C'est uniquement pour pouvoir
le manipuler , pour pouvoir faire de lui ce qu'on veut . "
Après l'Observer,
Le Monde publie le témoignage d'un autre officier. Il confirme
que les services secrets algériens manipulaient Zitouni et qu'ils
sont impliqués dans les attentats de Paris.
Synthé : Le
Monde 11/11/97
Il nous faudra
un an et demi pour convaincre cet officier menacé de mort de nous
parler, même à visage masqué. Pour lui, il y a une
vraie guérilla islamiste en Algérie, mais elle est parfois
manipulée.
Colonel Ali
Ex-officier au ministère de la défense
Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL)
" Celui
qui nie l'existence des groupes islamiques armés, il est de mauvaise
foi , mal informé ou c'est quelqu'un qui est manipulé. Mais
le noyau central, les groupes de la région centre et ouest étaient
dès le départ infiltrés et manipulés. Zitouni,
c'était ce qu'on appelle un mouton noir. C'était un islamiste
convaincu, mais il donnait des informations stratégiques aux services
. "
Zitouni, futur chef
du GIA, aurait donc commencé sa carrière en renseignant
les services secrets algériens. à la publication de ces
révélations, l'ambassade d'Algérie à Paris
monte au créneau.
Mohamed Ghoualmi
Ambassadeur d'Algérie en France
Synthé
" le vrai journal " de Karl Zero Canal plus , 1997
" C'est
quelque chose de tout à fait fantaisiste et tout à fait
farfelu et je suis indigné par le fait qu'on utilise de telles
méthodes pour porter atteinte à l'intérêt du
pays que je représente et aussi de mon point vue à ses intérêts
diplomatiques et dans une certaine mesure aux relations entre la France
et l'Algérie. "
Mais derrière
les civils, ce sont en fait les militaires qui dirigent l'Algérie.
En 1992, l'homme fort du pays, c'est le général Nezzar.
Un homme de l'ombre qui n'avait pas hésité à faire
tirer sur la foule lors d'émeutes en 1988.
Il y a quelques semaines,
Nezzar était à Paris pour un procès en diffamation.
L'occasion de le rencontrer est exceptionnelle.
Colère
Nezzar :
JB Rivoire : "
Bonjour, c'est Canal + ! Est ce qu'on peut vous demander une interview
pour Canal + par écrit , c'est très important
vous
ne souhaitez pas nous répondre ? "
Devant notre caméra,
un jeune algérien tente de nous empêcher de poser des questions.
JB Rivoire : "
Est ce que les attentats de Paris de 1995 ,c'est grave ? "
Le jeune algérien
appelle les agents de sécurité .
Nezzar: "
Que
vous sautiez sur une étincelle comme ça et que vous portiez
des jugements sur les gens, ça je vous l'interdis. Je vous l'interdis".
En 10 ans de guerre,
Nezzar et ses généraux n'ont jamais apprécié
qu'on questionne leurs méthodes. Voici l'organigramme secret des
vrais patrons de l'Algérie.
A droite, les forces
militaires proprement dites. A
gauche, les services secrets du DRS, la redoutable sécurité
militaire, avec le capitaine Ouguenoune.
Au cours de notre
enquête, un troisième officier a accepté de nous parler.
Longtemps bras droit
du patron du contre-espionnage, il a déserté l'armée
en 1996. A l'époque, ses chefs lui demandent d'organiser en Allemagne
l'assassinat de Rabah Kebir, porte parole du FIS pour l'Europe.
L'affaire Zitouni,
notre officier connaît, un de ses lieutenants la lui a confirmé
en 1994.
Colonel M. Samraoui
Ancien des services secrets (DCE)
" On m'avait
dit - et je connais le lieutenant parce qu'il a été sous
mes ordres- ' il y a Djamel Zitouni qui rôde à la caserne
. Qu'est ce qu'il se passe ? Il rôde , il est convoqué
'
"
JB Rivoire : "
qu'est ce que ça veut dire ça ? "
Colonel Samraoui
: " ca veut dire que c'est un agent , qu'il recevait ses instructions
de la part de nos chefs. "
Zitouni circule librement,
en effet. En juillet 1994, il est même aperçu au siège
des services secrets, dans la banlieue d'Alger.
Abbas Aroua est universitaire.
Il a coordonné l'une des meilleures enquêtes sur le "
GIA ". Selon lui, les services algériens cherchaient à
l'époque à renforcer la crédibilité de l'islamiste
Zitouni, pour le placer ensuite au sommet du " GIA ".
Synthé : " An inquiry into the Algerian massacres " ed.
Hoggar
Abbas Aroua
universitaire (éditions Hoggar)
" Il fallait d'abord le valider comme un insurgé islamiste
aux yeux de l'opposition armée et aux yeux de la population . Les
médias algériens contrôlés par le pouvoir militaire
ont tout fait pour gonfler le personnage "
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ex-officier de la sécurité militaire (DCSA)
" Ce qu'on
a toujours fait c'est entretenir une image , une image d'un Zitouni sanguinaire
que les médias malheureusement ont amplifié à l'époque
"
JB Rivoire "
ça vous aidait ? "
Capitaine Ouguenoune
: " ca nous aidait en tant que services secrets ? Oui ça nous
aidait en tant que services secrets "
Le 3 aout 1994, cinq
français sont donc tués à Alger. En France, l'émotion
est considérable. Les services algériens mettent alors l'attentat
sur le dos de Zitouni. Relayée par l'Agence France Presse, l'un
des seuls médias étrangers autorisés en Algérie,
cette version officielle est reprise par tous les Journaux Télévisés.
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ex-officier de la sécurité militaire (DCSA)
" C'est
vrai que la version officielle c'est ' Zitouni , un islamiste pur et dur
a tué cinq Français' . En fait c'est tout à fait
autre que ça puisque Zitouni était déjà manipulé
, recruté par un des chefs des services opérationnels de
la sécurité militaire , enfin ce qu'on appelait la sécurité
militaire mais c'est en fait la DRS . Ce chef là s'appelle le colonel
Tartag Bachir . Et donc c'est ce colonel Tartag Bachir qui avait en fait
monté toute cette opération où des gendarmes ont
été tués ."
Il s'agit désormais
de crédibiliser Zitouni sur la scène internationale, renforcer
son image d'islamiste sanguinaire et hostile à la France.
Abbas Aroua
:
"Après avoir validé sa loyauté islamiste , après
en avoir fait un chef médiatiquement , la phase suivante ou l'étape
suivante consistait à lui faciliter un coup d'Etat sur le GIA "
L'armée tend
donc une embuscade au chef du GIA et à ses principaux lieutenants.
Ils sont tous tués, sauf Zitouni. Numéro trois du groupe
islamique armé, il est épargné par les militaires.
Plutôt content
de l'opération, le patron du contre espionnage algérien
la raconte à ses homologues des services secrets français.
Témoignage
d'un haut fonctionnaire du ministère de la défense qui préfère
garder l'anonymat mais qui s'en souvient parfaitement.
Synthé
: par téléphone: haut fonctionnaire du ministère
de la défense.
"Cette
anecdote m'avait quand même frappé . C'est effectivement
qu'il l'ont épargné . Qu'ils l'ont épargné
volontairement . Alors que tout avait été fait pour l'embuscade
et qu'ils tuaient tout le monde s'ils voulaient . Et celui là n'avait
pas été tué exprès. Mais moi quand on m'a
raconté ça , ça ne m'a pas paru surprenant . Qu'on
ait épargné un type parce que soit on avait déjà
des contacts avec lui et qu'on pensait qu'après il prendrait la
relève , ce qui s'est apparemment passé , et qu'il serait
plus accommodant , cela me paraissait dans l'ordre des choses ,franchement
"
JB Rivoire : "
ce type d'anecdotes , c'est susceptible d'être raconté ?
"
Haut fonctionnaire
: " ah non ne me citez pas , parce que là je serai emmerdé
"
Protégé
par l'armée, Zitouni va prendre la tête des GIA. Pour cet
ancien numéro 2 de l'ambassade d'Algérie en Lybie, les services
secrets algériens ont réussi ce jour là un coup de
maitre.
Mohamed Larbi
Zitout
Ancien diplomate algérien
" Avant
Zitouni c'était l'infiltration. A partir de l'arrivée de
Zitouni c'est la main mise totale des généraux sur le GIA
"
A partir de cette
date, le " GIA ", qui est censé combattre le régime,
retourne sa violence contre la population. Les algériens ne comprennent
plus ce qui se passe.
Colonel Ali
Ex-officier au ministère de la défense
Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL)
" Vous
ne pouvez pas expliquer pourquoi on tue une religieuse de quatre vingt
quinze ans. Vous ne pouvez pas comprendre pourquoi on tue au couteau un
bébé de quatre ans , de deux ans. Vous ne pouvez pas en
tant que musulman , en tant qu'être humain et je dirais en tant
qu'individu tout simplement , pourquoi on éventre une femme enceinte.
C'est de la barbarie pure .Il n'y a pas autre chose , c'est pour frapper
l'imaginaire , c'est pas autre chose . Donc il y avait une stratégie
: il fallait frapper les gens dans leurs émotions , il fallait
les choquer . Vous voulez le FIS , voilà ce qu'ils sont en train
de faire . L'effet escompté , c'était que la population
divorce totalement avec l'idéologie islamiste. "
LE
" GIA " AU SERVICE DES GENERAUX
Abbas Aroua.
" Quand
Zitouni s'autoproclame chef du GIA, la 1ère chose qu'il fait c'est
qu'il fait exécuter tous les chefs de maquis et pour les remplacer
par ses complices des services de la DRS. Donc il met à la tête
des maquis des gens qui lui sont fidèles et qui collaborent avec
lui "
Après avoir
placé ses hommes, Zitouni commence à éliminer les
vrais islamistes. Les chefs du FIS étant en prison, il se contente
de les exclure symboliquement. Mais d'autres dirigeants, comme Rabah Kebir,
le porte parole du FIS en Europe, ou le Cheikh Sahraoui, qui dirige la
mosquée de la rue Myrha, à Paris, sont inscrits sur une
liste d'opposants à assassiner. Une liste qui n'aurait pas été
établie par Zitouni.
Colonel Ali
Ex-officier au ministère de la défense
Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL)
" Lorsqu'il
y a eu cette fameuse liste des dirigeants du FIS à exécuter
à l'étranger et en Algérie , elle a été
faite à Ben Haknoun dans les locaux de la DRS parce que tout simplement
il fallait éliminer ce qu'on appelle 'les intellectuels du FIS'
"
Synthé : DRS
: services secrets
Mostafa Brahami
:
Djamel Zitouni a fait la besogne que n'ont pas pu faire directement les
services secrets algériens à savoir s'attaquer à
ces cadres du Front Islamique du Salut et de les assassiner "
Zitouni et ses lieutenants
font le travail, puis des communiqués portant le tampon du GIA
sont publiés à Londres.
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ex-officier de la sécurité militaire (DCSA)
" Faire
un tampon avec un signe du GIA ou l'envoyer à Al Hayat ou à
n'importe quel agent , ça ne veut rien dire "
El Hayat : le plus
grand quotidien en langue arabe de Londres. Depuis 10 ans, ce journal
publie régulièrement les communiqués du GIA en affirmant
qu'ils émanent des islamistes. En fait, le journaliste chargé
de l'Algérie reçevait les communiqués par Fax, il
n'a jamais pu en vérifier la provenance.
Kamil Tawil
journaliste " El Hayat " à Londres
"à
l'époque, le GIA sortait deux ou trois communiqués par semaine.
Comment vouliez vous qu'on en vérifie l'authenticité? c'était
impossible ".
Pendant 10 ans,
le monde entier a donc cru à des revendications du GIA dont aucun
journaliste n'a jamais vérifié l'authenticité. Et
les services secrets algériens ne se seraient pas contentée
de rédiger eux mêmes certains de ces communiqués.
Capitaine Ouguenoune
Ex-officier de la sécurité militaire (DCSA)
" Ce monsieur
est le capitaine Chouchane. C'est la dernière preuve vivanteque
le GIA est une pure invention des services secrets puisqu'on lui a donné
l'ordre d'aller seconder Zitouni en 1995 . "
Synthé :
www.anp.org
JB Rivoire : "
c'est à dire qu'on a demandé à un militaire d'aider
Zitouni ? "
Capitaine Ouguenoune
" Oui. On a demandé cet officier , qui est un officier des
services spéciaux , de partir pour devenir le bras droit de Djamel
Zitouni dans le maquis "
Depuis que le capitaine
Chouchane a confirmé publiquement son incroyable histoire, le général
Nezzar a trouvé un argument imparable pour le discréditer.
Général Nezzar :
" Chouchane est un islamiste convaincu et je respecte parce que c'est
un islamiste convaincu
"
JB Rivoire : "
c'est un officier des forces spéciales algériennes à
qui on a demandé , à qui le commandant Abderahmane a demandé
en 1995 de devenir le numéro 2 de Djamel Zitouni à la tête
du GIA "
Nezzar : " ça
c'est faux "
Soldat d'élite,
instructeur des forces spéciales de l'armée, le capitaine
Chouchane fut longtemps un officier modèle.
Mais dans les
années 90, comme beaucoup de jeunes algériens, il devient
sympathisant du FIS.
En janvier
1992, les islamistes gagnent les élections mais l'armée
interrompt le processus électoral.
Choqué par le coup d'état, Chouchane refuse de tirer sur
la foule, il est jeté en prison. En 1995, la direction de l'armée
vient le chercher dans sa cellule et lui propose une mission très
spéciale.
Au cours de
notre enquête, nous l'avons retrouvé dans le nord de l'angleterre.
Pour la première fois devant une caméra, il a accepté
de nous raconter ce qui lui était arrivé.
Capitaine Ahmed
Chouchene :
"ils m'ont
emmené au centre de torture de Ben Haknoun et là le général
m'a proposé de travailler avec lui . Le colonel Tartag était
avec lui . Au début ils m'ont proposé de liquider les chefs
du FIS qui avaient pris le maquis . Je leur ai dit que je croyais qu'ils
allaient me proposer de liquider Zitouni ou des gens qui ont reconnus
les crimes contre les enfants , les femmes et ainsi de suite . Là
Bachir Tartag était énervé , il m'a dit laisse Zitouni
tranquille , c'est notre homme et c'est avec nous que tu vas travailler
"
Le colonel Bachir
Tartag et le général Abderahmane, deux des plus hauts responsables
des services secrets algériens qui ont refusé notre demande
d'interview, auraient donc ordonné au capitaine Chouchane d'encadrer
Djamel Zitouni.
C'est mettre l'un
des meilleurs instructeurs de l'armée au service du chef du "
GIA ".
Chouchane :
" là, je savais que si j'hésitais je ne sortirais pas
du bureau . C'est pour ça que j'ai dit: ' je vais essayer de le
contacter à ma façon' . Ils m'ont dit: 'non , on va arranger
ta rencontre avec lui'".
Chouchane accepte,
il cherche à gagner du temps. Quelques semaines plus tard, l'armée
lui fixe un rendez vous dans un hotel d'Alger. Il se rends sur place,
aperçoit l'émissaire de Zitouni, puis s'éclipse et
parvient finalement à rallier l'Angleterre. Six ans d'exil.
Synthé : www.anp.org
Capitaine Hocine
Ouguenoune
Ex-officier des servies secrets (DCSA):
" Quelle honte
les vrais terroristes , c'est ceux là
; Le général Kamel Abderahmane, c'était mon chef.
C'est lui qui décidait pour la majorité de ce qu'il fallait
faire avec Djamel Zitouni. "
Et les généraux
vont bientôt confier à Zitouni une nouvelle mission: frapper
l'Europe.
Fin 1994, le régime
est de plus en plus contesté sur la scène internationale:
à Rome, des opposants algériens convoquent une conférence
de presse.
Du FLN au Front Islamique du Salut, tous les partis envisagent un processus
de paix prévoyant le retour à la démocratie et le
départ des militaires.
Le monde entier comprend alors que l'Algérie peut fonctionner sans
que l'armée soit au pouvoir: les généraux s'inquiètent
Colonel M. Samraoui
Ancien de la direction du contre espionnage
" Ils
ont bati tout leur combat sur la lutte contre les intégristes ,
sur la lutte contre les islamistes .Mais une fois que les islamistes sont
acceptés par la société démocratique, tout
ce qu'ils ont construit tombe comme un château de cartes . Ces gens
là, à chaque grande occasion, il faut que les attentats
, que le terrorisme resurgisse pour crédibiliser leur théorie
, leur discours . "
synthé
24 decembre 1994
Aéroport d'Alger
Abderahmane Meziane
Cherif
Ministre de l'intérieur
" A partir
de 14h30 , des terroristes -ce que nous croyons être- ont pu s'infiltrer
, passer les différents barrages de contrôle et ils prennent
depuis cette heure là en otage 232 passagers "
Nous sommes un mois
seulement après la réunion des opposants algériens
à Rome. Sur l'aéroport d'Alger, les hommes de Djamel Zitouni
viennent de prendre en otage un airbus d'Air France.
Ce jour là,
les services de sécurité de l'aéroport n'ont pas
fait leur travail: certains bagages n'ont pas été fouillés
et 63 passagers sont montés dans l'avion sans que leurs billets
ne soient contrôlés, une négligence impensable dans
un pays soumis à une guerre terroriste. Pendant ce temps, les hommes
de Zitouni introduisent tranquillement dans l'Airbus des armes et des
explosifs.
Colonel M. Samraoui
Ancien de la direction du contre espionnage
" Il était
impensable de faire passer même une arme de poing . Or ces gens
là sont passés
Il y avait même des explosifs
. C'est louche."
Abderahmane Meziane
Cherif
Ministre de l'intérieur
Journaliste
: " est ce que les terroristes revendiquent d'une organisation ?
"
Cherif: "
Ce sont des terroristes . "
Journaliste
: " des islamistes vous voulez dire "
Cherif: "
des terroristes "
A Paris, on commence
à s'interroger sur l'attitude des autorités algériennes.
Après l'assassinat de deux passagers, Edouard Balladur propose
que des gendarmes français interviennent.
Alger refuse.
Au bout d'une trentaine
d'heures d'angoisse, les preneurs d'otages abattent un troisième
passager d'une balle dans la tête. Il a 23 ans, il est cuisinier
à l'ambassade de France.
Edouard Balladur
téléphone alors au président Zéroual.
Colère
Balladur (M6):
" Je dis notamment au président Zeroual que je le tenais pour
responsable de la vie des Français qui étaient dans cet
avion et que faute de quoi , je prendrais la Communauté internationale
à témoin du comportement du gouvernement algérien
qui aurait empêché la France de sauvegarder la vie de ses
ressortissants . Ca a été difficile et peu diplomatique
comme conversation "
Après ce coup
de téléphone, l'Airbus décolle enfin pour Marseille,
le GIGN intervient.
Huit ans après ce détournement, l'Algérie n'a toujours
pas répondu aux questions du juge antiterroriste Bruguière
sur les circonstances exactes de l'affaire.
Pour la veuve du
jeune cuisinier abattu, ce silence est difficile à comprendre.
Catherine Beugnet
veuve de Yannick Beugnet
" Je ne
vois pas l'intérêt du gouvernement algérien de faire
obstruction à la justice . Pourquoi ils le font , pourquoi ils
n'ont pas laisser accéder aux bandes enregistrées de la
tour de contrôle , pourquoi le juge Bruguière n'arrive pas
à avancer plus dans l'affaire. Il nous a réuni une fois
ou deux depuis , c'est tout . Moi je veux autre chose , je veux des résultats.
Parce que les personnes qui ont vraiment commandité cet attentat
, elles sont vivantes elles, elles sont quelque part . "
Malgré le
détournement de l'Airbus, la paix progresse.
Début 1995, réunis à nouveau à Rome, les partis
algériens signent enfin un accord historique: ils s'entendent pour
gouverner l'Algérie ensembles, sans les militaires.
Maitre Ali Yahia
Ligue algérienne des droits de l'Homme
" Seul
le peuple peut désigner l'autorité et toutes les institutions
qui doivent désigner le pays. "
A Paris, des hommes politiques comme Valéry Giscard d'Estaing ou
François Léotard se déclarent favorables aux accords
de Rome. François Mitterrand lui même tente de rallier Helmut
Kohl au processus de paix. En mars 1995, même l'administration Clinton
considère que le régime militaire algérien a échoué.
Les généraux se sentent lâchés par la communauté
internationale, Le GIA va frapper Paris.
A leur arrivée au pouvoir, Jacques Chirac et Alain Juppé
seront salués par l'une des plus importantes campagnes d'attentats
terroristes jamais organisée en France.
Le 15 juin, un quotidien
algérien proche des services de sécurité annonce
l'arrivée en France d'un commando chargé de commettre des
attentats.
Le 11 juillet, le cheikh Sahraoui, un des dirigeants du FIS qui figurait
sur la liste des hommes à abattre par Zitouni est mitraillé
à Paris.
Le 25, c'est la bombe de St Michel.
L'affaire sent la manip, d'autant que les vrais islamistes, eux, condamnent
ces attentats qui les discréditent auprès de la communauté
internationale.
Mostafa Brahami :
" Stratégiquement, le FIS n'avait aucun intérêt
à se priver de la base islamiste , s'il y a base islamiste en France
. Il n'avait aucun à intérêt à se couper des
pseudo aides financières qu'il pouvait recevoir de la France "
En août, comble de la provocation, un communiqué signé
Zitouni ordonne au président Chirac de se convertir à l'islam.
Infantilisme, ou
coup monté des services algériens pour discréditer
les islamistes ? la question se pose d'autant plus que l'organisateur
des attentats de Paris, un certain Ali Touchent, est un personnage bien
étrange.
Depuis le début
des années 90, ce lieutenant de Djamel Zitouni recrute des jeunes
dans les banlieues françaises et les pousse à commettre
des attentats au nom du " GIA ". Exemple : Khaled Kelkal, recruté
par Touchent, puis abattu par les gendarmes en septembre 1995.
Quand ils ne se font pas tuer par balle, les jeunes recrutés par
Touchent sont tous interpellés.
Les arrestations
sont spectaculaires, mais quand les policiers interrogent les jeunes,
ils sont souvent déçus.
Confidence d'un policier
des renseignements généraux qui était en fonction
au moment des attentats et qui a été mis au placard après
avoir dénoncé certains dysfonctionnements dans son service.
Jean Lebeschu
Ex officier aux renseignements généraux
" Ce qui
était étonnant c'est que quand on voyait ces jeunes passer
alors qu'ils venaient d'être arrêtés par la DNAT ou
par la brigade criminelle , pour avoir fait un peu de PJ avant , je m'étonnais
du comportement de ces jeunes "
Journaliste : "
c'est à dire ? "
Jean Lebeschu "
c'était un comportement assez enfantin . On n'aurait jamais cru
que c'était des gens qui faisaient partie d'un réseau dur
du GIA . Je pense qu 'au sein du GIA y a certainement des gens plus durs
. "
synthé DNAT
: Division nationale antiterroriste
Ces gens plus durs,
c'est notamment Ali Touchent mais il n'est jamais inquiété
par la police: En 1993, lors de l'opération chrysanthème,
puis en 1994 en Belgique et enfin en 1995, après les attentats
de Paris, les réseaux montés par Touchent tombent les uns
après les autres, mais lui échappe aux arrestations. systématiquement.
Benoit Dietsch
Avocat de Boualem Bensaid:
"Quelqu'un
qui une fois , deux fois , trois fois parvient à passer au travers
des amilles du filet , soit il est extrêmement habile , soit il
est prévenu avant et il est prévenu avant par des gens qui
savent qu'il y a des interpellations qui vont avoir lieu, que des opérations
de police et de justice vont être montées. Pour échapper
trois fois, il faut peut être être prévenu avant."
Lors des procès des attentats de Paris, en octobre, Jean Francois
Clair, numéro 2 de la DST, a du venir démentir que ses services
aient pu entretenir des contacts avec Ali Touchent. Mais pour beaucoup
de spécialistes du terrorisme, Touchent était au minimum
un agent secret algérien.
Jean Lebeschu
Ancien officier aux renseignements généraux:
" C'était
fatalement un agent. En France, on a connu aussi des agents comme cela
qui montaient un réseau et puis ils sont toujours sortis, ils ont
remonté un réseau après. Pour moi, c'est un agent,
c'est difficile de comprendre autrement
"
Touchent, agent des
services secrets algériens ? Après les attentats de Paris
en tout cas, il part se réfugier à Alger.
Trois ans plus tard,
les autorités algériennes déclarent qu'il est mort
et qu'il ne peut donc pas être jugé. Une affirmation que
la justice française n'a jamais pu vérifier.
En fait, la DST aurait
compris dès 1995 que Touchent travaillait pour les services secrets
algériens. Témoignage du juge Alain Marsaud, ancien patron
de la lutte antiterroriste.
Alain Marsaud
Ex-chef du service central de lutte antiterroriste (1986-89)
"C'est
vrai qu'une des reflexions de la DST, cela a été de constater
que dès qu'on remontait les réseaux Kelkal, on tombait sur
des gens des services officiels algériens. On avait tous de bonnes
raisons d'être extremement prudents."
Un an après
les attentats, notre colonel Samraoui, que l'on aperçoit ici avec
le général Nezzar, évoque l'affaire Touchent avec
l'un de ses collègues et ami, responsable de la sécurité
militaire à l'ambassade d'Algérie à Paris.
Colonel M. Samraoui
Ancien de la direction du contre espionnage:
" il m'avait
dit que Touchent leur appartenait. C'était grosso modo un agent
des services qui activait en France."
Reste la question
centrale: pourquoi l'Algérie aurait décidé d'organiser
des attentats en France ?
Samraoui :
"En faisant des attentats en France, on mobilise l'opinion publique
française, les gens se disent : oh, l'islamisme est un danger,
voilà, c'est ce qui a été fait en Algérie,
déjà : oh, les islamistes sont des terroristes, ils vont
nous couper la tête
cette peur a obligé les gouvernements
français à agir et à expulser tous les supports des
islamistes
"
Alain Marsaud
Ex-chef du service central de lutte antiterroriste (1986-89):
"Quand on a vécu les années 83 à 90, on se rend
compte que le terrorisme d'état est quelques chose d'assez particulier,
cela utilise des organisations écran. En l'espèce, on peut
considérer qu'à un moment ou à un autre, le GIA a
été une organisation ecran pour porter le feu en France"
JB Rivoire : Pour
prendre la France en otage ?
Alain Marsaud : Pour
prendre la France en otage
LA
FRANCE
OTAGE OU COMPLICE ?
Les attentats de
Paris n'auraient donc pas été du terrorisme aveugle, mais
des messages envoyés par l'Algérie à la France.
En 1995, le gouvernement
Juppé comprend-il que notre pays est probablement victime d'un
terrorisme d'état ?
D'après notre
enquête, la DST en avait averti Jean-Louis Debré, alors ministre
de l'intérieur, dès le mois d'aout, soit un mois après
la bombe de St Michel.
Alain Marsaud
Ex-chef du service central de lutte antiterroriste (1986-89):
"La DST a eu l'occasion de faire savoir au gouvernement qu'elle avait
des soupçons. Il n'y avait pas les bons algériens qui gouvernent
et les méchants qui commettent des attentats en France, c'était
plus compliqué."
Le 15 septembre 1995, Jean-Louis Debré invite des journalistes
à déjeuner au ministère de l'intérieur. Très
rapidement, il se met à parler des attentats. Il a manifestement
un message à faire passer.
Dominique Gerbaud
Journaliste à " La Croix "
Ex-pdt de l'association de la presse présidentielle:
" Il nous
a dit une chose qui nous a surpris et notamment qu'il avait des doutes
sur la responsabilité des auteurs des attentats et qu'ils se demandait
si une manipulation des autorités algériennes était
possible. Cela nous a semblé être une information de toute
première importance, en tout cas une information nouvelle."
Le lendemain, à
la " Une du Monde ", ces propos de Jean Louis Debré selon
lesquels " la sécurité militaire algérienne
voulait que l'on parte sur de fausses pistes pour qu'on élimine
des gens qui les gênent " vont provoquer la colère d'Alger.
Le ministre de l'intérieur
va alors faire semblant de ne pas avoir dit ce qu'il a dit. Dans son entourage,
on " dément formellement l'existence de l'interview "
et on se " réserve d'examiner toutes les suites judiciaires
que mérite cette affaire ".
Mais quelque temps
plus tard, Debré confirme ses propos à un journaliste préparant
un livre sur Chirac.
Hubert Coudurier
Directeur de la rédaction du " LeTélégramme
de Brest ":
"Dans une rencontre avec lui quelques semaines plus tard, il m'avoue
qu'il l'a fait sciemment."
JB Rivoire : quel
est son but ?
Son but, c'est d'envoyer
un signal au régime algérien : on a pas la preuve qu'il
y ait eu orchestration, manipulation des attentats de Paris, officiellement,
on attribue cela aux islamistes, mais il y a des doutes un peu partout,
dans toutes les sphères du pouvoir. Donc on va pas balancer une
bombe atomique sur Alger, mais on va faire passer des messages par des
canaux discrets, par les services, et là, officiellement par la
presse. Tout en disant qu'on ne l'a pas fait. Mais le message est passé.
Synthé : Jean
Louis Debré
Président de l'Assemblée nationale
JB Rivoire
: "Monsieur Debré, bonsoir, peut on vous poser une question
pour Canal + ?
C'est à propos des attentats de Paris en 1995, vous avez déclaré
à l'époque que la sécurité militaire voulait
emmener les services français sur de fausses pistes
Vous ne voulez pas nous répondre ? On ne peut pas parler des attentats
de Paris, monsieur Debré ?"
Jean Louis Debré
ne préfère pas nous parler et pourtant, à l'époque,
même Alain Juppé se méfiait des services secrets algériens.
Selon le Canard enchaîné, il aurait ordonné aux enquêteurs
français de " limiter à l'extrème, voire de
cesser tout contact avec les services algériens de renseignement
"
A l'époque,
notre policier des renseignements généraux apprend qu'un
algérien qui informe un de ses collègues semble bien au
courant des attentats qui vont avoir lieu
Jean Lebeschu
Ancien inspecteur des renseignements généraux:
"Cet algérien, avant chaque attentat, appelait le collègue
des RG pour lui dire qu'il allait se passer quelque chose. A la fin, on
trouvait cela un peu particulier car dès que cet individu appelait,
il se disait que cela allait péter. On se disait que c'était
étonnant. J'ai appris par la suite que cet individu qui était
venu tamponner l'officier des RG au 5e étage des RG était
un officier algérien. Il en avait la méthodologie et la
volonté, il n'a jamais été arrêté, on
n'en a jamais parlé, donc c'est fatalement un type couvert par
notre hiérarchie, il faisait partie de l'entente entre les services
algériens et nous mêmes."
Un officier algérien
aurait donc prévenu Paris la veille de chaque attentat. Le scénario
est à peine croyable, mais il ne surprend pas le juge Marsaud.
Une pratique qui ne surprend pas le juge Marsaud.
Alain Marsaud
Ex-chef du service central de lutte antiterroriste (1986-89)
" Cela
ne sert à rien de commettre des attentats si vous ne faites pas
passer le message et si vous ne forcez pas la victime à céder.
Donc après, se met en place une diplomatie parallèle : il
faut bien faire comprendre d'ou vient la menace et comment on peut y mettre
fin en contrepartie de certains avantages
"
Le régime
algérien se serait donc servi du terrorisme pour forcer la France
à le soutenir. Et l'affaire serait un secret de polichinelle.
Nezzar :
"Allez voir vos services, ils connaissent très bien le problème,
je m'excuse
"
JB Rivoire : vous
voulez dire que les services secrets français sont au courant ?
"Ils doivent
être au courant"
JB Rivoire : C'est
ce qui se confirme dans notre enquête, effectivement
"Alors allez
les voir, confirmez et condamnez nous
"
Et le général
Nezzar n'est pas le seul à dire que Paris avait compris la manip.
Quelques temps après les attentats, l'ancien premier ministre algérien
Abdelhamid Brahimi, que l'on aperçoit ici quand il était
au pouvoir recueille les confidences d'un proche de Chirac.
Abdelhamid Brahimi
:
"Il m'a dit qu'en 1995, après que Zéroual ait été
élu président algérien, en novembre 1995, le président
Chirac lui avait envoyé un message disant notamment que la France
n'accepterait jamais à l'avenir que la sécurité militaire
n'organise des attentats en France.
Alors j'ai dit : vous le savez, pourquoi ne le dites vous pas ?
Donc les autorités françaises savent que c'est la sécurité
militaire qui a fait ces attentats
"
Après 1995,
en tout cas, plus aucun responsable politique français ne prendra
la risque de critiquer le pouvoir algérien. Même Lionel Jospin,
pourtant peu favorable au régime des généraux, se
retrouve coincé une fois devenu premier ministre.
Synthé : TF1
20h 29/9/97
Lionel Jospin
Ancien premier ministre
" Dans
le cas de l'Algérie, la très grande difficulté, c'est
que nous ne savons pas comprendre ce qui se passe véritablement
en Algérie (
) nous sommes contre une opposition fanatique
et violente qui lutte contre un pouvoir qui lui même utilise, d'une
certaine façon, la violence et la force de l'état. Alors
nous sommes obligés d'être assez prudents (
) je dois
aussi penser aux français : nous avons déjà été
frappés. Je dois veiller à ces questions. Je suis pour que
nous prenions nos responsabilités, mais en pensant que la population
française doit aussi être préservée. C'est
lourd de dire cela mais vous comprendrez aussi pourquoi il est de ma responsabilité
de le dire "
Alain Chenal
Chargé de l'Algérie au Parti socialiste
JB Rivoire
: "ça veut dire que les politiques francais ne peuvent pas
dire ce qu'ils ont à dire sur le pouvoir algérien parce
qu'ils ont peur des bombes."
Chenal : "C'est
ce que j'ai compris et c'est ce que tous les observateurs ont compris"
Quand Zitouni est
tué dans le maquis, en juillet 1996, il a rempli sa mission : forcer
la France à soutenir le régime, assassiner une bonne partie
des intellectuels islamistes, et terroriser la population algérienne.
Aujourd'hui, les massacres de civils continuent et la plupart des généraux
sont toujours au pouvoir.
Colonel Ali
Ex-officier au ministère de la défense
Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL)
" Ils
ont besoin de la violence pour gérer l'Algérie . Un minimum
de violence comme ça les Algériens pensent à une
seule chose : leur vie et leur sécurité ils demandent pas
où est partie la recette du pétrole ni ce qu'on fait avec
l'argent des Algériens ou quoi que ce soit .C'est un pays qui fait
2 millions de kilomètres carrés. Qu'est ce qu'ils ont fait
de plus par rapport à ce qu'à fait la France ? Est ce qu'ils
ont construit une ville nouvelle ? Y en a pas .Est ce qu'ils ont construit
des routes , des autoroutes ? Y en a pas ."
JB Rivoire : "
mais on se révolte pas parce que c'est dangereux. "
Ali : " c'est
très dangereux "
Colonel M. Samraoui
Ancien de la direction du contre espionnage:
" Qui
soutient ces gens là à part la France ? La France est leur
principal soutien. Certains services français , certains services
spéciaux français , certaines sphères politiques
françaises bien connues aident ces gens là . La vente de
matériel militaire c'est une aide supplémentaire pour permettre
la survie de ces gens là , de ces généraux là
"
Ce régime
que la France soutient depuis 1992 pour des raisons commerciales, stratégiques
et par peur du terrorisme a aujourd'hui du plomb dans l'aile.
Depuis les massacres
de 1997, beaucoup d'Algériens ont compris que le " GIA "
avait souvent servi de couverture aux services secrets pour commettre
massacres et attentats.
Le gouvernement français, lui, fait comme s'il n'avait rien vu:
en 2003, notre pays s'apprête à célébrer "
l'Année de l'Algérie en France ".
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