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Un sociologue
algérien répond aux intellectuels français
"
Vous tordez les faits "
Abdelkader Djeghloul,
Le Matin, 1 mars 2001
Réponse à
l'article " M. Védrine et le bain de sang en Algérie ",
signé par Pierre Bourdieu, François Gèze, Alain Joxe, jeanne
Kervyn, Gema Martin-Munoz, Salima Mellah, Véronique Nahoum-Grappe, Fatiha
Tala-hite, Brahim Touati, Pierre Vidal-Naquet publié dans Le Monde du
9 février 2001
Libre à vous de
" penser " dans les catégories de l'occidentalisme homiste
qui, pour moi, n'est au moins qu'un avatar de la grande tradition de pensée
de l'Occident, au plus qu'une imposture mortifière.
Libre à vous de haïr l'État algérien et sa "
colonne vertébrale ", à savoir son armée, à
l'instar de tous les pays de la planète ()
Vos " façons de penser " et vos " modes de voir ",
vos amours et vos désamours, dont je me soucie pour ma part comme d'une
guigne, ne doivent pas faire oublier l'essentiel à ceux qui ont lu votre
texte dans Le Monde du 9 février avec le respect que l'on a habituellement
pour des femmes et des hommes dont le métier est de dire autant que faire
se peut le " vrai ". Dans votre texte, vous avez sciemment abusé
de la confiance des lecteurs dans votre " magistère ". Vous
avez délibérément menti en uti-lisant les techniques habituelles
de la nouvelle pseudo-p ; " pensée " unique. Vous n'apportez
aucune information fondée, vous procédez d'abord par ronronnements
dis-crets, presque inoffensifs, à la limite de l'insignifiance. Vous
endormez la vigilance du lecteur en entrecroisant le présent de l'indicatif
péremptoires et le conditionnel furtif, créant ainsi d'emblée
une atmosphère de catastrophe cataclysmique et transformant en "
pré-requis " indiscutable ce qui est au mieux une thèse provenant
de vos imaginaires surchauffés ()
Contrairement à votre assertion, il n'y a pas de " bain de sang
" en Algérie égale à celui du Rwanda où l'armée
de votre État a été directement impliquée - et dans
ce cas vous n'avez rien dit, ou à celui de la Somalie où l'armée
de votre État a été direc-tement impliquée - et
vous n'avez encore rien dit -, ou encore à ceux de l'Irak et de la Serbie,
qui saignent encore des bombardements infligés par l'armée de
votre État - et, dans ces deux cas, vous n'avez toujours rien dit, à
moins que vous n'ayez pour cer-tains d'entre vous applaudi.
Votre premier mensonge n'est pas gratuit. Vous avez l'émotion glacée.
Il faut produire un " leurre " à haute efficacité affective
pour que le lecteur puisse croire à votre second mensonge : c'est l'armée
nationale populaire qui tue en Algérie. Que les choses soient claires.
Il est évident que l'ANP tue ou capture les " islamistes armés
" quand ces derniers refusent de se rendre. Mais cela ne vous intéresse
pas. Par un tour de passe-passe qui fait de vous les auteurs d'un véritable
" Timisoara intellectuel ", vous mettez en doute l'existence même
des " terroristes " en les affublant du terme " présumé
". Tandis que vous affirmez en procédant par glissements successifs
que l'armée algérienne est l'auteur des massacres imputés
aux " islamistes armés " et par extension et pêle-mêle
de la plupart, pour ne pas dire, de la totalité, des actes de violence
commis en Algérie et, pour faire bon poids, aussi à l'étranger.
Bien sûr, la couleuvre est grosse à avaler. Même repris par
un professeur au Collège de France, un ragot est un ragot. Alors, il
vous faut produire un troisième mensonge, écrire l'innommable,
vous compromettre en tant que travailleurs intellectuels, devenir de grossiers
tricheurs et faussaires, affirmer contre toute évidence que vous avez
une preuve. Vous le faites dans un sautillement d'écriture qui restera
sans doute longtemps au " hit-parade " du bêtisier de l'intelligence
française : " Dans le second témoignage, celui de Habib Souaïdia,
il s'agit cette fois de preuves directes et précises de cette im-plication.
" J'ai lu et relu La sale guerre avant de savoir que son auteur était
un " ripoux " condamné par la justice militaire algérienne
à quatre ans de prison et chassé ensuite de ses rangs. Et je n'y
ai trouvé aucun " élément " ou " indice
" de " preuve " pas plus d'ailleurs que dans le témoignage
de Nesroullah Yous, entièrement écrasé par la poste-face
de François Gèze qui, lui, et lui seul, opère le passage
à la limite d'une implication de l'ANP dans le massacre de Bentalha.
Tout seul, votre troisième et " gros " mensonge fondé
sur l'identification d'un té-moignage à une preuve ne trompe personne
et prête presque à sourire de par sa jobar-dise roublarde. Il prend
cependant de la consistance car il sert à un quatrième : "
La politique algérienne, sous le couvert de lutte antiterroriste, n'est
rien d'autre que l'éradication tant politique que physique de toute opposition.
" Vous connaissez le champ politique algérien, aussi bien que moi,
vous ne faites donc pas d'erreur, mais délibérément un
quatrième mensonge, par omission cette fois. Comment pouvez-vous occulter
que deux partis qui se réclament de l'islamisme politique, le MSP et
Nahda, ont pignon sur rue et participent au gouvernement ? Comment pouvez-vous
occulter que deux autres partis le FFS, qui se situe dans la mouvance de l'Internationale
socia-liste, et le PT d'obédience trotskiste, sont représentés
au Parlement ?
Vous le pouvez, c'est tout ! Tout dialogue sur les faits est impossible avec
vous. Vous les tordez et les inventez à votre convenance pour tenter
de réaliser votre désir, celui de mettre sous tutelle internationale
notre État : " Il y a lieu, dites-vous, de lui appliquer les mêmes
principes du droit international que ceux qui ont été mobilisés
contre d'autres dictatures de ce type. " Merci de nous menacer de manière
à peine voi-lée, nous tous, Algériennes et Algériens,
de quelques " frappes chirurgicales " d'une guerre bien " propre
" pour nous guérir de notre " sale guerre ". Cela nous
fait une bonne raison supplémentaire de défendre notre État
et en particulier notre armée, dans sa reconquête du monopole de
la violence légitime, seule base possible d'une recom-position pacifiée
de notre champ politique.
Quant à vous, nous
savions déjà grâce à Paul Nizan qu'il fallait se
méfier des intellec-tuels " chiens de garde ". Nous apprendrons
désormais à reconnaître les " chiens d'assaut "
et à leur faire mordre la poussière de leurs mots patelins et
inhumains, même s'il faut pour cela devenir " loups ".
Abdelkader Djeghloul, sociologue
indépendant
algeria-watch
en francais
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