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ALGERIE
La
vérité en marche
UN
DOSSIER REALISE PAR FABRICE NICOLINO
Fabrice Nicolino,
POLITIS - Jeudi 31 Octobre 2002
Qui
derrière les bombes de Paris ?
Canal+ diffuse un
formidable documentaire sur les vrais commanditaires des attentats en
France.
Qui a-t-on jugé
à Paris pendant des semaines ? Avant tout Boualem Bensaïd,
considéré comme l'un des principaux responsables des attentats
de l'été 1995. Y en a-t-il d'autres plus inattendus que
ce lamentable terroriste? C'est la conviction de trois journalistes des"
Lundis de l'investigation ", sur Canal +. Dans le documentaire que
l'on pourra voir le 4 novembre (à 23 h 15 et en crypté hélas
!), Jean-Baptiste Rivoire, Romain lcard et Laurent Caujat apportent de
nombreuses révélations.
QUi commande le GIA au moment des attentats ? Djamel Zitouni.Plusieurs
anciens officiers algériens interrogés par Canal + affirment
que Zitouni était un homme des services secrets algériens.
Cet islamiste aurait été repéré dans un camp
d'internement du Sahara, ou la junte au pouvoir avait parqué des
milliers d'opposants. Les services auraient ensuite fabriqué, en
partie grâce aux médias qu'ils contrôlent, un Zitouni
implacable et téméraire pour lui permettre de monter dans
la hiérarchie des GIA. Chose faite en 1994. L'armée tend
une vaste embuscade aux chefs principaux chefs du GIA, mais épargne
bien sûr Zitouni qui prend le pouvoir, élimine les chefs
islamistes survivants, et place ses hommes.
Pour quoi faire ? Aider les militaires à rester au pouvoir, bien
sûr. Dans cette perspective, le soutien français, qui conditionne
l'image internationale du régime est vital. Orles principaux partis
politiques algériens, dont même le FLN et le FIS commencent
en 1994 des discussions qui vont conduire, en janvier 1995, aux accords
de Rome, ouvrant la voie à la paix, avec les islamistes. Pour le
pouvoir, c'est une menace de mort. " Tout ce qu'avaient construit
les militaires s'écroulait.", constate l'ancien militaire
Mohamed Samraoui.
Les journalistes de Canal + n'ont guère de mal à se servir
de la chronologie, car elle est elle en effet cohérente. En août
1994, cinq français sont tués à Alger: Zitouni est
présenté comme l'un des auteurs de l'attentat. En décembre,
alors qu'a Rome on est tout près de l'accord, un Airbus est détourné
d'Alger à Marseille dans des conditions que Balladur, lui-même
alors Premier ministre, trouve suspectes. Jamais d'ailleurs l'Algérie
ne répondra au juge Bruguière sur les circonstances précises
de toute cette opération. A l'été 1995 en tout cas,
juste après l'élection de Chirac, une vague d'attentats
meurtriers déferle sur Paris et au début de 1996, les moines
de Tiberine sont assassinés. Autant de messages?
L'équipe de CanaI + en est persuadée, mais elle n'est pas
la seule. Alain Marsaud, l'ancien chef du service central de lutte antiterroriste,
et proche de Pasqua, pense qu'il est très vraisemblable qu'un GIA
manipulé par les services algériens a voulu prendre la France
en otage, Et d'ailleurs, ajoute-t-il, la DST avait à l'époque
fait part au gouvernement de ses doutes sur les commanditaires du détournement
de l'Airbus ! Rien que pour cela, le film vaudrait d'être vu et
médité. Mais il y a plus encore, mieux si c'est possible.
Debré, qui
le nie aujourd'hui, a bel et bien confié à des journalistes
ses interrogations sur les vrais responsables des attentats. Et Chirac
en novembre 1995, avait adressé au président Zéroual,
nouvellement élu, un message très ferme exigeant qu'il n'y
ait plus jamais d'attentas téléguidés en France.
Y aurait-il eu un deal? Le gouvernement français s'abstiendra constamment,
par la suite, de critiquer le pouvoir militaire algérien. Jospin
compris.
Ce dernier lance en direct au journal de PPDA, le 29 septembre 1997, ce
qu'on peut prendre comme un aveu ou presque. Vous comprendrez, dit-il
en substance, que je dois penser aux Français et à leur
sécurité. " C'est lourd de dire ceIa " insiste-t
-il. Et Alain Chenal, le délégué aux questions algériennes
du PS, d'enfoncer le clou devant la caméra de Canal + : "Jospin
a dit ce jour-là qu'il avait des soupçons sur les attentats,
et que s'il s'exprimait trop ouvertement; il pourrait y en avoir d'autres.
"
Ajoutons pour finir deux mots sur Ali Touchent, le grand ordonnateur,
selon l'enquête officielle, des attentats de 1995. Ce lieutenant
de Zitouni recrute pour la manutention des bombes des paumés de
banlieue, comme Khaled Kelkal, qui sera descendu par la police française.
La plupart de ces jeunes - dénoncés? - seront arrêtés,
mais pas Touchent.
Au total, un travail convaincant et remarquable. En 2003, la France a
décidé de fêter l'année de l'Algérie,
et le régime des généraux entend en profiter pour
redorer son blason dégoûtant de sang. Ça commence
mal.
F. NI.
Attentats de Paris,
enquête sur les commanditaires, lundi 4 novembre, Canal +, 23h15.
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