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Lutte antiterroriste Les nouveaux défis de larmée algérienne Le Quotidien d'Oran, 19 décembre 2001 La démonstration militaire de Tora Bora a prouvé aux experts militaires que lon pouvait venir à bout dune résistance terroriste aussi farouche soit-elle du moment que les moyens adéquats sont déployés. En Algérie, les enseignements du démantèlement de la Qaïda peuvent être utilisés face à un terrorisme régressif mais persistant, à condition que lANP sache encore neutraliser les irréductibles des groupes armés. Si larmée américaine est considérée comme la plus efficace au monde, ce nest pas seulement pour son arsenal militaire et technologique mais surtout pour son efficacité dans le combat. Elle tue, froidement et efficacement, ce qui est son rôle en tant que garante de la sécurité des Etats-Unis et, à la faveur de la crise afghane, du monde. Ce qui est dailleurs le rôle de toute armée professionnelle. Tout ce qui est armes conventionnelles disponibles a été utilisé contre la Qaïda dOussama Ben Laden et le régime des talibans. Soutenue par une force au sol (lAlliance du Nord) équipée par ses soins et par les Russes, larmée américaine a bombardé, pilonné, harcelé les irréductibles de la Qaïda jusquà lépuisement et leffondrement. Pas de détail pour des Américains rompus aux techniques du «killing» qui ont réussi en lespace de quelques semaines en Afghanistan ce que Alexandre le Grand na pas réussi au IVème siècle avant notre ère et lex-armée rouge en dix années. Les grottes de Tora Bora ont été ensevelies par un tapis de bombes et les combattants talibans avec. Cette réussite tient en une stratégie usitée concernant le terrorisme. Guerre ou lutte antiterroriste ? Le Pentagone a utilisé des moyens militaires surdimensionnés contre la Qaïda qui, avec son armement sommaire, ressemble à sy méprendre aux groupes islamistes algériens qui sévissent dans les maquis. Mis à part des mortiers et des mitrailleuses, les terroristes de la Qaïda ne disposaient pas darmements lourds - ce qui fut confirmé après la prise des grottes de Tora Bora -, ce qui na pas empêché les Américains dagir comme un éléphant en face dune souris. La philosophie de guerre américaine tient des expériences précédentes. En 1945, les Etats-Unis ont changé leur perception du combat depuis quils ont évalué que les soldats américains ne savaient pas tuer. Et dans bien des cas ne voulaient pas tuer leur ennemi. Le général Bradley a évalué ce taux à 15% des GIs qui osaient abattre leurs ennemis. Ce pourcentage a augmenté à 55% durant la guerre de Corée et à 90% durant la guerre du Vietnam. Et ceci grâce à la remise en question des méthodes de formation. Les unités délite américaines ont été les plus soumises à ces nouvelles méthodes de conditionnement psychique face à une menace aussi ambiguë et traître que le terrorisme dans ce quon appelle les Boot Camps. Les résultats en Afghanistan ne font que conforter létat-major américain sur la pertinence dune telle transformation. En quoi lAlgérie est concernée par ce débat ? Face aux critiques répétées à mesure que les groupes terroristes continuent leur carnage, lANP tente, avec des moyens devenus insuffisants, déradiquer les dernières poches terroristes qui ont tendance à se radicaliser à mesure que leffectif des groupes terroristes se réduit. Sur ce point, peu de résultats probants ces derniers mois dus au fait que les unités antiterroristes algériennes ont besoin dun profond réaménagement des structures de lutte et de rajeunissement des effectifs. Combattre un terrorisme mobile, sournois et entraîné suppose être au maximum de ses potentialités techniques, psychologiques et nerveuses. Après plus de dix années de lutte, les groupes terroristes sinscrivent dans la durée et évitent, toujours, la confrontation directe, tout en sattaquant à des cibles civiles potentiellement indéfendables (isolement géographique). Leur nombre diminue, puisque estimé à 1.200 membres entre partisans de Antar Zouabri (GIA) et Hassan Hattab (GSPC), à mesure que leur capacité de nuisance et de destruction saccroît. Face à eux, larmée algérienne sest adaptée, a dégrossi ses effectifs, sest perfectionnée dans la traque des groupuscules en montagne et a professionnalisé ses interventions mais demeure, toutefois, réactive au terrorisme qui frappe ici et là. Une armée classique, aussi professionnelle soit-elle, ne peut rien contre une menace non conventionnelle qui a fait ses preuves avec dautres guérillas. Cette situation de statu quo sécuritaire est également favorisée par les moyens déployés contre le terrorisme. Mise sous embargo militaire, lANP na pas profité des derniers équipements militaires fabriqués par les firmes internationales. Manque déquipements de vision nocturne, dhélicoptères adaptés aux engagements directs, darmements légers, de véhicules pouvant contrecarrer le relief des montagnes, dengins sophistiqués de déminage et de moyens de reconnaissance aérienne, larmée algérienne a dû faire avec des moyens du bord qui lui ont valu des pertes humaines proportionnellement importantes dans ce genre de lutte. Malgré lexpertise acquise en matière de connaissances antiterroristes et le patriotisme infaillible des éléments délite de larmée, retracer et traquer le terroriste dans les maquis est une mission suicide si on ne possède pas les moyens adaptés. LANP sefforce actuellement de les acquérir. Depuis deux années et le redéploiement de larmée vu la nouvelle configuration terroriste, létat-major a diagnostiqué les besoins de la phase actuelle et sest attelé à acheter léquipement qui lui convient. Les marchés ont eu du mal à se concrétiser face à lembargo politico-militaire diffus imposé par certaines puissances occidentales possédant elles-mêmes larmement souhaité. Ce rééquipement a donné lieu à lachat de drones de reconnaissance dAfrique du Sud, de véhicules tout-terrains du Qatar (un don), dappareils légers de Tchéquie, déquipements de vision nocturne et infrarouge de Grande-Bretagne, davions bombardiers de Russie et a favorisé la relance de la formation des cadres de lANP dans des centres dentraînement anglo-saxons et arabes (Jordanie et Egypte). Mais tout cela naurait probablement jamais été possible sans londe de choc du 11 septembre. Enfin, un troisième aspect a considérablement affecté cette lutte. Les Américains avec leur «licence to kill» (permis de tuer) ne font pas dans la dentelle lorsquil sagit de réduire le terrorisme à son expression la plus stérile. Face à la pression des gouvernements occidentaux, la critique permanente des ONG des droits de lhomme, linquisition des médias étrangers, les cris stridents dune opposition politique qui exploite lidée dangereuse «descadrons de la mort», la lutte contre le terrorisme a eu un déficit psychologique énorme. Quoi de plus déstabilisant pour des jeunes Algériens se sacrifiant pour la collectivité que dentendre dire que leur détermination et leur sens de la Nation ne valent pas la peine dêtre mis en avant. Les ambiguïtés politiques aidant, létat-major de larmée a réorganisé sa lutte sous des facteurs plus compréhensibles à une opinion publique dont la demande est pourtant dune simplicité aberrante: la sécurité. Cet ordre des choses, pour ne pas dire désordre, a volé en éclats après les attentats antiaméricains. Washington juge dorénavant le monde dans sa capacité à endiguer le terrorisme et réfute toute collaboration tiède, timorée ou politiquement ambiguë. LANP sest retrouvée en plein dans un dispositif mondial de lutte antiterroriste après lavoir longtemps appelé de ses voeux. Quà cela ne tienne. Des commandos algériens se voient rouvrir les centres de formation antiterroriste en Occident. Les marchands darmes se pressent autour de létat-major algérien et déclinent leur panoplie de gadgets. Le GIA/GSPC redevient une extension localisée de la Qaïda. On sintéresse de près aux Afghans algériens, aux réseaux en Europe, aux faux réfugiés islamistes... mais, le plus important, on redonne à larmée algérienne cette «licence to kill» pourvu que le terrorisme ne frappe plus... Mounir B.
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www.algeria-watch.org
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