Alger juge la coopération avec la France insuffisante

Florence Beaugé, Le Monde, 14février 2001

Le ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, a effectué, mardi 13 février, une visite de quelques heures à Alger, au cours de laquelle il a eu des entretiens avec son homologue, Abdelaziz Belkhadem, ainsi qu'avec le président Bouteflika. Hubert Védrine a estimé que ces rencontres avaient permis de passer en revue "dans un climat de confiance et très constructif la situation actuelle, les rapports bilatéraux et tous les problèmes qui intéressent" les deux pays.

Ni lyrisme ni effet d'annonce, lors de la visite de moins d'une journée effectuée par le ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine, à Alger, mardi 13 février, mais un travail de fond se voulant indépendant de la conjoncture immédiate et la volonté réaffirmée avec force par les responsables des deux pays de développer leur coopération, jugée par Alger "en deçà de leurs potentialités". Il y a peut-être "une ambition démesurée côté algérien, un peu plus raisonnable du côté français, ce qui fait que nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde en ce qui concerne la vitesse de croisière", a reconnu le président Abdelaziz Bouteflika, sur le mode philosophe, au terme de ses quatre heures de discussions et de son déjeuner de travail avec le chef de la diplomatie française. Cela dit, "rien ne bloque" entre Alger et Paris. Les relations sont même "tout à fait excellentes" selon le président algérien.

Face à l'impatience de ses interlocuteurs de voir s'intensifier la coopération économique, M. Védrine a rappelé que si le gouvernement de Lionel Jospin encourageait vivement les entreprises françaises à s'installer en Algérie, c'était à elles d'évaluer le cadre juridique, l'environnement et la sécurité de leurs investissements, avant de prendre leurs décisions de manière souveraine. "La balle est en partie du côté algérien", estime-t-on du côté français.

LE DOSSIER DES VISAS

Même chose pour Air France, que le gouvernement français ne peut contraindre à reprendre ses vols sur Alger tant que la compagnie aérienne jugera insuffisantes les mesures de sécurité prises du côté algérien. Rien de très nouveau, semble-t-il, à propos de la dette algérienne, sinon qu'elle continue de faire l'objet de négociations pour une reconversion sous forme d'investissements. En ce qui concerne le dossier des visas, il est prévu que le consulat d'Oran rouvre ses portes en 2001.

D'ici là, seuls les consulats d'Alger et d'Annaba fonctionneront. Ce qui signifie que l'épreuve des interminables files d'attente de jour comme de nuit, dénoncée par de nombreux Algériens comme étant "insupportable et humiliante", n'est pas près de prendre fin. Quant au lycée français d'Alger, fermé depuis neuf ans pour des raisons de sécurité, les modalités de sa réouverture sont en cours de discussion. La date reste encore à déterminer.

Si le principe d'une visite officielle à Alger du président de la République, Jacques Chirac, et du premier ministre, Lionel Jospin, reste acquis, il ne paraît pas certain que ces déplacements auront lieu dans le courant de l'année 2001. La délégation française s'est montrée évasive sur ce point. Du côté algérien, en revanche, on semblait considérer l'année en cours comme un fait presque assuré.\

Le climat de cette visite de M. Védrine a-t-il été affecté par la récente publication en France du livre La Sale Guerre, mettant en cause l'armée algérienne dans certains des massacres perpétrés dans le pays ainsi que par la pétition d'une dizaine d'intellectuels dans Le Monde du 9 février, appelant les autorités françaises à prendre leurs distances à l'égard du pouvoir algérien ? La question a été posée lors d'un point de presse conjoint tenu par Hubert Védrine et son homologue, Abdelaziz Belkhadem. Là encore, la réponse, côté algérien, a paru très philosophe. "Il s'agit d'une question de liberté d'expression, les relations entre Etats ne peuvent être affectées par ce qui s'écrit dans la presse", a estimé M. Belkhadem, approuvé par le chef de la diplomatie française.

D'autres questions sur les harkis et sur l'actuel débat en France sur la torture pendant la guerre d'Algérie ont également été posées au ministre français par les journalistes algériens présents au point de presse.
Récusant l'idée que les présidents Chirac et Bouteflika se soient livrés à une polémique sur les anciens supplétifs de l'armée française, M. Védrine a rappelé que la France était "très attachée à ce que les harkis puissent
se rendre dignement en Algérie". Quant à la torture, le ministre s'est contenté de répondre que cette question avait été discutée en France, notamment à l'Assemblée nationale, et qu'il revenait aux historiens de faire leur travail, suivant le vœu de Lionel Jospin.

 

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