Des dizaines d’interpellations à Mila

La protestation tourne au vandalisme et au racket

Le Quotidien d'Oran, 19 novembre 2002

La protestation sociale violente semble faire des émules et s’installer dans la durée au sein de plusieurs villes et villages du pays. Après donc Khenchela et récemment Batna et Jijel, puis Sétif, c’est au tour de Mila de vivre des événements semblables.

Les habitants de la localité de Djebel Aougueb, située au sud-est du chef-lieu de wilaya et à quelques encablures de Constantine, ont emboîté le pas à ceux de la commune de Ouled Khlouf et celle de Bouhatem, pour investir la route et exprimer leur malvie d’une façon pour le moins brutale.

Pour la seconde fois en moins d’une semaine, après la sortie avortée de mercredi dernier, les habitants de cette bourgade nichée sur les flancs de la montagne dont elle tire l’appellation, ont brutalement réinvesti la RN5 pour la bloquer durant toute la journée de dimanche. La circulation était sérieusement perturbée sur cet axe important, reliant Constantine à Sétif en passant par Chelghoum Laïd. Les usagers de ce tronçon ont dû effectuer un long détour en transitant par la localité de Oued Segun, pour se rendre à leurs destinations.

Les manifestants qui se comptaient par centaines, ont radicalisé leur mouvement en érigeant des barricades à l’aide d’objets hétéroclites sur une distance de 07 km, affirme une source sécuritaire. Des pneus et des troncs d’arbres enflammés ont été disposés le long du tronçon bloqué, a-t-on constaté sur place. Plusieurs automobilistes qui tentaient de forcer le passage, ont été agressés tandis que d’autres ont été rackettés par des éléments infiltrés parmi la foule à la faveur de la confusion générale. De nombreuses voitures ont été littéralement saccagées, alors que celles qui essayaient de fuir la furie des manifestants, ont subi une lapidation en règle. Les pare-brise des véhicules volaient en éclats et leur tôle se défonçait au moindre coup de gourdin et autres barres de fer, témoignent des victimes terrorisées.

Le déplacement du wali sur les lieux, accompagné des autorités civiles et militaires, n’a pas pour autant tempéré l’ardeur des protestataires qui ont durci le ton et menacé de poursuivre leur action si des solutions concrètes n’étaient pas apportées à leurs revendications. «Nous ne pouvons plus vivre sur des promesses et des engagements jamais suivis d’effets», lançaient certains à l’adresse de chef de l’exécutif.

Ce profond malaise, nous dit-on, est motivé par le chômage endémique dans lequel croupissent des dizaines de jeunes et, surtout, le retard accusé dans l’attribution des 2.000 DA décidée par le président de la République au profit des écoliers issus des familles démunies. Le manque d’eau potable, l’absence d’électricité dans certaines dechras environnantes et le raccordement au gaz naturel toujours attendu, semblent être les raisons à l’origine du déclenchement de ce violent mouvement de protestation, affirment des sources concordantes.

Ce n’est qu’en fin d’après-midi, après une intervention musclée des forces de l’ordre, que la situation s’est débloquée et la route rouverte au trafic, peu avant la rupture du jeûne. La gendarmerie nationale a procédé à une soixantaine d’interpellations parmi les manifestants, affirme une source proche du commandement qui ajoute que les émeutiers arrêtés, seront tous déférés devant le parquet. Enfin, certains des passagers violentés et délestés de leurs biens, ont déposé plainte, tandis que d’autres ont hésité par crainte de représailles, conclut la même source.

Med Salah Mimoune

   
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