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Algérie : qui manipule les casseurs ? « Les germes d'une guerre civile sont là... » Le Nouvel Observateur,
Semaine du 05 juillet 2001 -- N°1913 -- Alors que les comités de village de Kabylie ont appelé à une nouvelle manifestation à Alger ce jeudi, Hocine Zahouane, avocat et militant des droits de l'homme, dresse le bilan de deux mois d'affrontements et avoue son inquiétude face à l'aveuglement du pouvoir... Le Nouvel Observateur. - Comment expliquez-vous que les manifestations qui ont éclaté en Kabylie après la mort suspecte du jeune Massinissa Guermah dans la gendarmerie de Beni Douala se soient transformées en émeutes et étendues à toute l'Algérie ? Hocine Zahouane. - Dans ce pays, les chefs des forces de sécurité et les responsables de l'exécutif ont acquis au fil des ans une véritable culture de l'impunité. Face à la colère manifestée par la population, ils ont réagi comme s'il y avait crime de lèse-majesté. Et la bavure de Beni Douala a déclenché un engrenage de violence que personne ne contrôle plus. N. O. - Approuvez-vous ceux qui réclament le retrait de la gendarmerie de Kabylie ? H. Zahouane. - C'est le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) qui a le premier proposé - alors qu'il participait encore au gouvernement - le remplacement de la gendarmerie par la police. Dans le climat du moment, après des affrontements où il y avait eu mort d'hommes, cette proposition a eu un certain écho. La gendarmerie a été prise pour cible parce qu'elle apparaissait comme un corps hostile. Ce qui est dramatique. Pour moi, ceux qui ont avancé cette revendication n'ont pas réfléchi. Au fond, ce qu'exprime la population, c'est le besoin d'une protection contre les abus. Elle demande que la souveraineté populaire soit respectée. Il faut donc réfléchir et trouver un terrain de dialogue. Mais aujourd'hui les blessures sont trop vives. La tâche de tout homme raisonnable est de dépassionner les esprits. N. O. - Quel est le poids, parmi les revendications actuelles, de ceux qui appellent à une « autonomie régionale » en Kabylie ? H. Zahouane. - La question de l'identité culturelle berbère est posée depuis la fin des années 40. Mais l'insurrection de 1954 a tout balayé avec la revendication de l'indépendance nationale. Sans verser dans le chauvinisme régional, il est clair que la Kabylie a fourni à la révolution algérienne la majeure partie de ses cadres. Elle est le coeur de la nation algérienne. Soupçonner cette région de visées séparatistes est infantile ou mal intentionné. Ce qui est vrai, c'est que parmi les problèmes de l'Algérie il y a celui de l'amazighité. Mais cette question a été complètement faussée et toutes les issues fermées pour qu'il n'y ait pas de débat loyal. N. O. - Au cours de la manifestation du 14 juin à Alger, on a vu des Algérois pourchasser les manifestants kabyles. Redoutez-vous désormais des conflits entre régions ? H. Zahouane. - Ce danger existe parce que les enjeux sont politiques et que les pouvoirs se sentent menacés. Lorsque je vois à la télévision le secrétaire général du ministère de l'Intérieur se féliciter que des Algérois (1) se soient mobilisés pour s'opposer aux manifestants, je dis que ces propos sont choquants, indignes, porteurs des germes de la guerre civile. Le 14 juin, c'est clair, il y a eu manipulation. Qui étaient ces jeunes qui se livraient au pillage, allumaient des incendies ? Qui étaient ces jeunes qui pourchassaient les manifestants ? Nous avons constaté que les recettes des Impôts étaient prises pour cible de façon systématique. A plusieurs reprises, les assaillants sont même allés jusqu'à la destruction des fichiers. Comment ne pas voir qu'il y a eu là manipulation et que ceux qui ont incité ces jeunes au vandalisme ont cherché à échapper au contrôle fiscal ? N. O. - Un dialogue avec le pouvoir est-il encore possible ? H. Zahouane. - Pour ouvrir le dialogue, il faut être fort. Or le pouvoir est affaibli. Il n'a pas de base sociale et il se crispe. Toute la question, aujourd'hui, est de savoir comment la société va s'organiser pour résister à la tentation nihiliste, pour dépasser sa propre violence et revenir à des formes d'organisation plus policées. Le nombre des victimes est énorme, les dégâts matériels sont très importants. N. O. - Plusieurs dizaines de personnes ont été signalées comme disparues à la Ligue des Droits de l'Homme après la manifestation du 14 juin. Avez-vous une idée du sort de ces disparus ? H. Zahouane. - En fait, nous avons recensé une cinquantaine de personnes présumées disparues. Mais nous n'avons pas encore d'opinion définitive sur ce sujet. Cela dit, le nombre des morts recensés dépasse la soixantaine et on compte des milliers de blessés. Chaque Algérien devrait aussi réfléchir à cela. (1) 60% des habitants d'Alger sont d'origine kabyle. GHANIA MOUFFOK
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www.algeria-watch.org
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