Activisme, agitation et absence de perspectives

Par Ahmed Kaci, La Tribune, 18 novembre 2002

Sitôt tombé le rideau des élections locales du 10 octobre dernier, tombaient avec lui la tension en Kabylie et l’effervescence qui a tenu le pays en haleine durant dix-huit mois faits d’affrontements avec, à chaque fois, leur lot de victimes. En fait, les prédictions des observateurs avertis et leurs mises en garde n’ont pas mis du temps à se vérifier : la contestation démocratique citoyenne et populaire qui a émergé en Kabylie ne sortira pas indemne de la position suicidaire adoptée par les animateurs des structures dites abusivement «arouch» qui manquaient de tout et pourvues, du moins dans leur majorité, de leur seule bonne foi. Manque de vision et surtout de discernement stratégique, confusion dans la définition et la caractérisation de l’adversaire principal et des alliés, absence de perspectives politiques claires rapportées à la conjoncture du moment et aux rapports de force réels. L’une des conséquences directes de la fuite en avant du mouvement dans l’activisme, l’émeute et l’affrontement sans se soucier d’affiner son organisation, de maintenir les fils du dialogue avec ses bases si bien que le 10 octobre, il aura fallu en arriver à une violence des plus préjudiciables pour toute la région pour mettre en échec le déroulement des élections. En plus clair, le mouvement citoyen n’arrivait pas à dépasser -aujourd’hui il en est retombé- sa forme contestataire primaire et toutes les rares fois où, par des volontés et par des initiatives, il a tenté de sortir la tête de l’eau, des forces l’en replongeaient par de subtiles et non moins efficaces manœuvres dignes des professionnels de la guerre psychologique. Le mouvement ne devrait point se révéler comme une alternative globale et crédible : c’est, d’ailleurs, la plus grande angoisse de ceux qui font tout pour qu’une telle perspective ne voie jamais le jour en Algérie, car elle remettra en cause leurs privilèges, leurs dogmes, leurs intérêts mesquins, dévoilera leurs trahisons, les condamnera devant la justice des hommes et celle, plus impitoyable, de l’histoire. En un mot, un tel développement sonnera irrémédiablement le glas de la forfaiture. Mais un mouvement qui se déroule uniquement sur le mode de l’agitation est condamné à l’extinction. De cela il paraît clairement aussi que des marionnettistes au niveau des sommets du pouvoir n’en veulent pas. Les signes d’essoufflement sont visibles depuis de nombreuses semaines. Les citoyens de Kabylie ne répondent plus aux appels des animateurs aussi massivement et avec le même entrain. Aucune des actions programmées depuis le 10 octobre n’a été menée faute de répondant de la part de la population. Preuve que les objectifs et les actions choisies ne collent plus aux aspirations des citoyens de Kabylie qui, comme le reste de l’humanité, auraient aimé voir les «arouch» s’impliquer dans la recherche de solutions à leurs problèmes. On ne parle pas des problèmes qui relèvent de bouleversements politiques, mais des difficultés de tous les jours qu’une modeste mobilisation de l’environnement immédiat suffit à régler, à atténuer, à en montrer les dangers et à prévenir contre les conséquences et à y aider les victimes. Les fléaux comme la drogue, l’alcoolisme, la prostitution ne sont que des exemples parmi tant d’autres où le mouvement citoyen aurait pu peser de son poids moral dans le sens de leur éradication. Un front qui n’aurait en aucun cas rabaissé le mouvement citoyen au rang d’une simple association de quartier, mais contribué à raffermir sa place d’acteur travaillant à faire échec à la désocialisation programmée du pays. Et comme on veut quelque part maintenir le mouvement dans cette agitation sans nom afin d’obscurcir l’horizon des véritables objectifs, on procède depuis quelques jours à ce qui s’apparente à une grossière provocation menée tambour battant à travers une panoplie de moyens. Arrestations tous azimuts de citoyens de Kabylie, convocation d’ex-détenus devant le juge, de manifestants fichés après la marche du 14 juin 2001, agressions contre des avocats suivies de propos pour le moins intolérables à l’endroit de toute une région, de déclarations de hauts responsables militaires s’apitoyant sur la région, etc. En fait, l’objectif ne serait-t-il pas la réunion de tous les ingrédients pour un énième soulèvement de la région à des fins inavouées, à des règlements de comptes entre cliques et coteries dans la perspective des partielles de mars 2003 et particulièrement des présidentielles de 2004 ? Rien n’infirme un tel scénario d’autant que les rangs du mouvement sont piégés et sa capacité de réflexion gravement inhibée. Dans la ville d’El Kseur -édifiant exemple de proposition réaliste-, la création d’une commission consultative, inspirée du modèle de démocratie participative, qui gérerait la commune, a été renvoyée aux calendes grecques. Ni la CADC ni l’interwilayas ne se sont penchées sur cette proposition pour remédier à la situation que vivent une soixantaine de communes en Kabylie. C’est sans commentaire enfin.

A. K.

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Mouvement citoyen-pouvoir

Un nouveau dialogue en perspective

Par Moussa Ouyougoute, La Tribune, 18 novembre 2002

Une nouvelle offre de dialogue n’est pas à exclure dans un futur proche. Officieusement du moins, elle est bel et bien engagée et devrait, à en croire un délégué aujourd’hui en retrait par rapport à la structure des archs, se concrétiser au cours de l’année prochaine.Pour ce nouveau round de dialogue, le pouvoir exécutif compte, selon notre interlocuteur, le mener avec surtout les parents de martyrs et des délégués qui leur sont proches et connus pour l’aide et l’assistance qu’ils leur ont apportées durant les moments difficiles.Pour rendre le rendez-vous possible, plusieurs délégués, ceux évoqués ci-dessus, les exclus (ou radiés) du mouvement des arouch, s’attellent à préparer une rencontre devant regrouper tous les parents de victimes de la répression ainsi que tous les animateurs en retrait pour une raison ou une autre. Et au cours de cette importante réunion, toutes les personnes ayant été associées de près ou de loin à la gestion de cette extraordinaire dynamique citoyenne, née des tragiques événements de Kabylie, pourront à loisir faire le bilan des 20 mois de lutte ininterrompue. Les politiques, faire le point depuis le début du printemps noir à leur retrait (ou exclusion), c’est selon. Les parents de martyrs et les blessés pourront à leur tour dresser leur constat : de la solidarité manifestée par des pans entiers de la société en Algérie et de l’étranger, de la prise en charge des blessés par balles, sur le dépôt de plainte et autres dossiers transmis à la justice et enfin sur le cas des indemnisations sur lequel il y a manifestement une divergence dans l’attitude à adopter. Parmi eux, il y a ceux qui ont constitué leur dossier pour percevoir les dites indemnités alors que d’autres restent fidèles à la position du mouvement des archs qui, lui, refuse de percevoir un centime tant que les criminels de leur progéniture ne sont pas jugés et que la plate-forme d’El Kseur n’est pas satisfaite dans sa totalité.Le rendez-vous, en tous les cas, s’il devait avoir lieu, ne manquera pas de mettre mal à l’aise les délégués de l’interwilayas. Ceux-ci vont ainsi perdre d’abord l’initiative et ensuite s’accommoder d’une nouvelle structure qui pourrait se targuer de représenter les citoyens de Kabylie d’autant que le mouvement n’est plus ce cadre mobilisateur de ces derniers mois. Il faut dire aussi que la répression qui sévit avec son lot d’arrestations et les décisions farfelues entérinées par certains délégués, pour le moins qu’on puisse dire fantaisistes, sont loin d’arranger les choses des animateurs les plus réfléchis.

M. O.

   
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