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ASSOCIATION DES FAMILLES DE DISPARUS DE LA WILAYA DE CONSTANTINE Ben Latrech Rabeh Monsieur le président de la République Les données condensées dans les tableaux ci-joints ne peuvent être considérés comme exhaustives, nous les avons mentionnés par souci d'exactitude des dossiers que nous avons établit selon les informations fournies par les familles des disparus qui nous sont parvenus à ce jour. Cependant le contenu est rigoureusement exact. Notre association étant toute récente, n'ayant pas encore reçu Le quitus d'agrément officiel pour pouvoir activer plus efficacement, se faire connaître et se faire approcher par l'ensemble des familles de disparus, victimes de notre tragédie nationale dont les auteurs se situent à la haute sphère de l'Etat. Dans le cadre de notre reconnaissance officielle, nous avons instruit notre affaire devant la chambre administrative du tribunal de Constantine depuis le 27.07.2000 sous le n° 1426 et nous attendons les suites que nous réserve la justice. Ceci étant, sans vouloir donner lecture des tableaux ci-joints, nous rappelons seulement une remarque qui nous paraît essentielle étant donné la réalité de l'événement qui s'y attache et la symbolique que celle-ci évoque. Le mois d'août est marqué particulièrement par la journée du 20 considéré comme étant la journée du Moudjahid. C'est spécialement cette nuit du 20 août 1994 que beaucoup de quartiers de la ville de Constantine furent jonchés de cadavres. Nous ne citerons que les quartiers qui nous sont limitrophes et dont les victimes ont été identifiées.
Belaribi Abdelouaheb, né le 17.1.1961 à Constantine, marié, 1 enfant Boukhalfa Brahim, né le 7.4.1961 à Constantine, célibataire Enlevés tous les deux de leurs domiciles puis assassinés par les services de Sécurité Militaire.
Boumaaza Belkacem, surveillant général au CEM Daksi Euchi Fayçal: dossier transmis à Amnesty International
Messiad Belkacem, enlevé de son lieu de travail à la Sonitex de Constantine Semira Nadir, 19 ans
Benouadane Driss, 27 ans Lahbib Mohammed-Salah Souidane Mohamed, 51 ans Guenifi Mohamed-Cherif, 38 ans Le même jour la police procède à l'enterrement au cimetière central de Constantine de 4 cadavres sous la désignation de X algériens. Pourquoi est-ce précisément le 20 août que ces cadavres furent jetés? C'est tout simplement la signature de l'ouvre de quelques éléments d'Anciens Moudjahidines qui ont été organisés et armés par les soins du général Djouadi Abdelhamid, ex-chef de la 5° région militaire, auquel a succédé le Général Boughaba Rabah en continuant l'ouvre avec autant de zèle. Les quelques éléments d'Anciens Moudjahidines qui se sont organisés pour prêter leurs concours aux services de sécurité militaire relevaient directement de l'autorité du général et traduisait dans la pratique l'expression du fameux mot d'ordre de l'ex-premier ministre Redha Malek: "La peur doit changer de camp". Depuis, l'exposition de cadavres était devenue une règle courante et une monnaie de change. Chaque attentat terroriste contre un élément des services de sécurité tous corps confondu, 10 cadavres étaient jonchés dans le lieu où a lieu l'attentat. Nous retracerons ces événements dans un tableau plus explicite. Il est entendu que le but de notre association n'est ni d'aiguiser la haine, ni de repousser la concorde ou la réconciliation que nous considérons, d'ailleurs, comme fatalement inévitable. Ce que nous refusons au nom de nos disparus, de nos assassinés, c'est d'occulter la vérité. Nous considérons que la caution de la vérité est le minimum de respect à tous nos morts sans distinction du côté où ils sont tombés et de nos disparus sans distinction du côté qui les a enlevés. Dans tous les cas, nous, familles de disparus de Constantine, nous ne cesserons d'exiger la vérité sur le sort de nos enfants, de nos époux, de nos pères et de nos frères. Nous clamerons avec toute l'énergie de notre force à toutes les institutions ou organisations, nationale, internationale, gouvernementale ou non, pour exiger d'abord la vérité, ensuite la justice. Nous exigeons de connaître la vérité sur l'ampleur de notre drame pour puiser la force sincère et mesurer au moins la largesse de notre générosité et le courage de notre souffrance, de notre endurance. Les conditions actuelles de la politique de la concorde ne sont qu'un leurre et une frustration des valeurs de générosité et de courage qui anime chaque famille de disparus. On ne peut bâtir aucune paix réelle sur les corps de nos disparus sans considération de leur sort et des conséquences de leurs familles, particulièrement à la veille de la rentrée scolaire pour ceux qui ont la chance de pouvoir y prétendre avec pour certains la fameuse autorisation paternelle pour l'accomplissement de certaines formalités. Les expositions de cadavres dans les rues de Constantine particulièrement dans les quartiers populaires ne peuvent être ignorées par les Hauts responsables civils et militaires qui ont en charge d'administrer l'ordre et la sécurité des biens et des personnes, du moins au niveau local tel que le chef de région, le supposé Responsable de la sécurité - le chef de la sûreté de wilaya - le wali de Constantine - le procureur général du tribunal de Constantine. L'absence quasi totale de réaction de ces autorités, leur silence absolu implique leur responsabilité ou du moins leur complicité et constitue néanmoins le délit de non dénonciation de crime. La répétitive de ces spectacles est la preuve formelle de la couverture de nos hautes autorités si ce n'est pas sur leurs ordres que ces ouvres macabres s'accomplissent. Les confiscations illégales de biens tel que: véhicules - camions - bijoux - argent - marchandises - équipement industriel - incendie de maison - vêtements, ne sont pas un coup de hasard, mais bien une stratégie de terreur et une prime à l'agression sous forme du butin du vainqueur. La multiplicité des appellations de services de sécurité, la fréquence d'action et d'intervention pratiquement 24h/24h, le choix des lieux d'interventions, les abus de violence pratiqués par tous les corps de sécurité confondus, ne sauraient constituer quelques dépassements d'éléments zélés des services de Sécurité que l'on présente quelque fois à l'opinion publique incriminant un petit policier ou un petit inspecteur de police ou même quelques éléments subalternes tel le cas du disparu Torche Rabah dont l'affaire portée en justice demeure toujours pendue au niveau de la cours de Constantime qui ne semble pas prête de connaître son épilogue et dont le mystère de la disparition n'est pas éclairci. Il s'agit bien d'une stratégie pensée et élaborée dans les bureaux d'état major par des Généraux et des Conseillers dans le but évident de terroriser le citoyen et de le maintenir dans une soumission aveugle. Il reste entendu que nos propos ne visent pas à innocenter les groupes armés terroristes, ni à prendre leur défense. Notre but n'est pas non plus d'innocenter toutes les personnes enlevées ou arrêtées, car la question pour nous ne se pose pas en terme d'innocent ou de coupable, mais en terme de droit de l'homme, du respect de la personne humaine et de la justice conformément à la loi. Nous avons établi nos statistiques sur un échantillon de données (près de 700) qui est loin de refléter toute l'ampleur des disparus, des morts sous la torture et des exécutions sommaires, néanmoins les tableaux que nous joindrons permettent une lecture claire qui nous confère le droit d'exiger de rendre publique la liste des survivants pour leur épargner toute mesure de représailles qu'ils encourent à chaque instant et à leur famille d'évacuer l'angoissante incertitude du sort de leurs disparus. Monsieur le Président: En votre qualité du premier magistrat du pays, de Président de tous les algériens, il ne pourrait vous être possible de considérer que le problème des disparus est un problème hors du champ de votre compétence, ou que les balises de lignes rouges vous sont tracées. Si le problème de ces personnes est d'essence politique, leur sort relève de principe de droit et de justice. Qu'ils soient jugés s'ils sont coupables, qu'ils soient libérés s'ils sont innocents. Notre voux, monsieur le Président, est qu'une enquête sérieuse par des personnes crédibles et neutres soit ordonnée pour rétablir la vérité, toute la vérité sur l'ampleur de la tragédie de nos disparus d'abord et les responsables de son origine ensuite. Chaque jour qui passe est un jour de trop pour le disparu et pour sa famille. Chaque jour qui passe induit l'état de terreur et non l'état de Droit. Au nom de quel principe maintient-on cette situation, où la famille même du disparu se trouve marginalisée et spolié du moindre droit social: pas d'allocations familiales, pas de sécurité sociale, pas d'aide sociale, pas de travail. Monsieur le Président, Notre démarche auprès de votre haute et honorable autorité nous est dictée par le scrupule de notre conscience de vous tenir informé de notre démarche que nous sommes contraint d'entreprendre auprès de toute institution non gouvernementale dans l'espour de faire entendre notre cause. Bien respectueusement Pour l'association des Familles
de Disparus de Constantine __________________________________________________________________________________________ CAS D'ARBITRAIRE FLAGRANT: Saker Salah né le 10 janvier 1957 à Constantine, professeur de mathématiques secondaire ex-élu du FIS, arrêté le 29 mai 1994 à 18h15 de son domicile par la police judiciaire qui reconnaît l'avoir remis à la sécurité militaire suivant P.V. n° 848 du 10-7-94. Disparu depuis. Aouabdia Brahim né le 8 juillet 1943 à Ain M'lila, maître tailleur arrêté le 30 mai 1994 à 9h du matin de son lieu de travail par la police judiciaire. On lui confisque son véhicule de marque Renault 2 matricule 1047-172-25. L'officier de police judiciaire reconnaît l'avoir remis au service de sécurité militaire suivant P.V. n°16532/96 du 04-09-96. Depuis disparu. Kitouni Salah né le 23 août 1953 à Constantine, journaliste arrêté le 09 juillet 1996 en se rendant au commissariat sur convocation. Remis à la sécurité militaire suivant télégramme officiel n° 10058 du 16-07-96. Disparu depuis. Lechar Salim né le 28 mars 1961 à Constantine, ouvrier, arrêté le 30 août 1994 de son domicile. Le procureur du tribunal délivre l'autorisation de visite du prisonnier. La famille se présente le jour de visite et apprend que le prisonnier n'y est pas. Disparu depuis. Lamamri Aissa né le 02 décembre 1959 à Mila, commerçant (confection), arrêté le 12 décembre 1994 à son domicile par les forces combinées. On lui confisque un stock de marchandise tissus pour une valeur de 5 000 000 DA - 10 machines à coudre industrielles - une voiture de type Renault trafic immatriculée 5041-383-25 carte grise n° 299291. On incendie l'atelier pour masquer le vol. Un constat par huissier est dressé photo à l'appui. Gharbi Said né le 23 février 1968 à Constantine, profession non précise, exécuté devant chez lui en présence de sa famille en date du 10 septembre 1996 à 12h00 par les forces combinées. On lui dérobe les objets suivants: livret de famille de son père et du sien propre - des photos de famille - une bague en or - 02 boucles d'oreille en or - une ceinture composée de 20 louis d'or - un collier de perle - 03 louis en or - téléviseur NB - 03 tapis - des couvertures - un réchaud lessiveux - 01 réchaud à gaz - 02 horloges murales - 01 séchoir de cheveux - 01 moulin à café - 01 fer à repasser - 01 ventilateur - 01 service à café. Détruit: bibliothèque - buffet de cuisine - vaisselle - frigidaire - (ils ont emporté le corps du défunt). Boucherit Lotfi néle 07 novembre 1967 à Constantine, Docteur en médecine, arrêté le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile par les services de sécurité. Mort sous la torture et ils lui ont dérobé les objets suivants: des livres religieux - une paire de chaussure neuve - 50 000 DA - une somme en devise non déterminée - 01 appareil photo - une médaille de combattant de libération.
EXECUTION SOMMAIRE
OU MORT SOUS LA TORTURE
LISTE DES MORTS ET
ENTERRES SOUS L'APPELATION X ALGERIENS ENTERRES AU CIMETIERE DE CONSTANTINE
PAR LES SCE DE SECURITE (ENTERREMENT COLLECTIF)
NB: Liste non exhaustive. Le nombre est plus important. Faute de précisions, nous avons renoncé à les mentionner en attendant des investigations complémentaires.
LISTE DES MORTS SOUS LA TORTURE OU EXECUTIONS SOMMAIRES PAR LES SERVICES DE SECURITE: ANNEE 1995
NB: Liste non exhaustive. Le nombre des morts est plus important. Faute de précisions, nous avons renoncé à les mentionner en attendant des investigations complémentaires.
Liste des morts enterrés
sous l'appelation X Algériens
LISTE DES MORTS SOUS LA TORTURE OU EXECUTES SOMMAIREMENT PAR LES SERVICES DE SECURITE 1996
TRANCHES D'HEURES DURANT LESQUELLES LES SERVICES DE SECURITE OPÈRENT
TRANCHES D'AGE AU MOMENT DE L'ENLEVEMENT
SITUATION DE FAMILLE AU MOMENT DE L'ENLEVEMENT
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