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MUTINERIE
A ANNABA
Des
risques de dérapage
Par A. Djabali,
El Watan, 8 mai 2002
Des mutins dont
certains armés de barres de fer et autres objets sur les toits
criant par intermittence des slogans contre le pouvoir, Ouyahia et le
«chef», des gardiens surexcités à lextérieur
des carrés destinés aux quartiers des détenus, un
procureur général qui ne sait par quel moyen ramener les
prisonniers dans leurs cellules, dautres détenus représentant
leurs caramades chargés de négocier, tels sont les faits
majeurs qui ont caractérisé la deuxième journée
de mutinerie au centre de rééducation 1000 lits El Bouni,
Annaba.
Fatigués mais
toujours déterminés, les détenus sont restés
sourds aux multiples appels leur enjoignant de rejoindre leurs cellules
respectives. Jusquà 17 h 30 hier, ils avaient cru en larrivée
dune délégation représentant le ministère
de la Justice ou toute autre institution de lEtat. Limportant
dispositif de sécurité mis en place à partir de 13
h laissait effectivement croire à cette éventualité,
consolidée par lévacuation des alentours de létablissement
pénitentiaire. Dans la même journée, une alerte maximale
avait été donnée au niveau de lancien établissement
de rééducation situé à proximité du
Cours de la révolution (centre-ville). Des rumeurs persistantes
faisaient état de léventualité dun mouvement
similaire dans cette vieille prison principalement occupée par
des détenus en attente de procès. En nombre important, les
journalistes avaient tenté den savoir plus auprès
de M. Mahdadi, le procureur général. Qui est derrière
la mutinerie provoquée ce lundi à 17 h par plusieurs centaines
de détenus du centre de rééducation El Bouni, Annaba
? Dans lincapacité de répondre, M. Mahdadi a éludé
cette question en soulignant que le mouvement de colère des détenus
est motivé par la situation sociale aléatoire de la majorité
dentre eux. Il a souligné : «Les principales revendications
que nous avons enregistrées auprès des représentants
des mutins portent sur lélargissement de la mesure de grâce
à tous les détenus sans distinction de délits, y
compris la drogue et les affaires économiques, le transfert des
condamnés originaires de diverses régions du pays vers leur
wilaya dorigine et une célérité dans la prise
en charge des demandes de liberté conditionnelle par la commission
de reclassement et de rééducation. Ces revendications ont
été transmises au ministère de tutelle pour y être
traitées. Notre mission, aujourdhui, est de veiller à
éviter tout dérapage.» Pourquoi alors ces cris de
«Allah Ouakbar», «Pouvoir assassin», «Ouyahia
assassin» entendus de lextérieur durant ces deux jours
de mutinerie et exprimés par plus de trois cents détenus
condamnés à diverses peines de prison dont plusieurs à
perpétuité ou à mort. Dès la première
heure de leur mouvement, plusieurs de ces détenus avaient pris
dassaut le portail principal du centre pour tenter de sévader.
Préalablement, sous la menace de mettre le feu, ils avaient réussi
à imposer aux gardiens louverture de toutes les portes des
cellules.
1600 détenus
au lieu de 1000
A lexception de quelques quartiers de condamnés, le mouvement
prit de lampleur pour entraîner le plus grand nombre, y compris
ceux dont la peine de prison arrivait à expiration. Sur les 1600
détenus que compte le centre prévu pour 1000, plus de 500
dentre eux suivront la dizaine de meneurs dont des condamnés
à mort. La mutinerie nétait pas spontanée.
Elle répondait à un plan préalablement établi.
Selon des sources concordantes, elle aurait été entamée
à la suite dun incident provoqué par des détenus
entre eux. Dautres sources ont affirmé que bon nombre de
ces derniers auraient provoqué les gardiens pour leur imposer une
réaction ferme et, de là, créer lincident.
Sous la menace de mettre le feu à tout le centre en cas de refus,
les gardiens furent contraints douvrir les portes des cellules avant
de se replier à lextérieur du centre des incarcérations.
Toute possibilité dévasion leur ayant été
coupée, les mutins prendront dassaut les toits où
ils passèrent toute la nuit du lundi. Hier, plusieurs centaines
dentre eux, dont certains armés de barres de fer et autres
objets, y étaient encore. Sous une banderole écrite en arabe,
impossible à déchiffrer, ils scandaient les mêmes
slogans contre le pouvoir et le ministre de la Justice. Bien quil
ne lait pas exprimé lors de la conférence de presse
improvisée quil a animée devant le portail du centre
de rééducation, le procureur général paraissait
connaître les dessous de cette mutinerie. Cest pourquoi il
ne cachait pas ses appréhensions quant à un éventuel
dérapage : «Nous devons coûte que coûte éviter
une quelconque action à même denvenimer la situation.
Comme vous avez pu le remarquer, les détenus sont sur des toits
très élevés. Un accident ou la moindre anicroche
entre détenus peuvent avoir de graves conséquences. Cest
pourquoi, nous multiplions les contacts avec leurs représentants
pour les sensibiliser sur la nécessité de mettre un terme
à leur mouvement. Nous les avons informés que leurs problèmes
pourraient trouver solution auprès du ministère de tutelle.»
Au même moment, plusieurs dizaines de familles proches des détenus,
en instance de parloir, reprenaient les mêmes slogans que ceux des
détenus. «Il sagit dune manipulation politique
qui répond à des objectifs connus des seuls auteurs. A travers
des propos tenus il y a quelques jours au parloir par nos enfants, nous
savions quil se préparait quelque chose de grave dans cette
prison. Malgré notre insistance, ils nont rien voulu nous
dire», nous ont affirmé un couple de parents très
inquiets de la tournure que pourrait prendre ce mouvement. Inquiétude
dautant plus grande au regard du bouclage de tout le périmètre
par les services de sécurité et la gendarmerie.
Négociations
Pour parer à toute éventualité, services de sécurité,
protection civile, médecins et équipements dévacuation
durgence sont en alerte maximale. Malgré plusieurs tentatives
de sensibilisation à un comportement plus sage de la part du procureur
général et de trois de leurs représentants, les détenus
ne veulent rien entendre. Ils menacent daller à des cas extrêmes
en cas dassaut de leur position par les forces de sécurité.
Une situation apparemment inextricable qui dépasse les compétences
de M. Mahdadi, le procureur général, très affaibli
par toute une nuit blanche passée à négocier avec
les mutins. A lheure où nous mettions sous presse, les quelque
500 détenus révoltés nont toujours pas rejoint
leurs cellules. Ils persistent à occuper, jour et nuit, les toits
de cette grande prison quest le centre de rééducation
1000 lits El Bouni. Un centre qualifié de «Sofitel»
par Hadj Bettou au moment de sa libération il y a quelques semaines.
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