A propos de la visite de Reporters sans Frontières en Algérie

Visite controversée de RSF en Algérie
25 juin 2000

ALGER (AP) -- Une délégation de Reporters Sans Frontières, menée par son
secrétaire Robert
Ménard se trouvait dimanche à Alger, pour une visite difficile, très
controversée dans les milieux de la
presse algérienne.

Seuls deux journalistes étaient à l'aéroport lors de l'arrivée samedi de
RSF, qui a récemment dressé un rapport très critique de
la situation de la presse en Algérie.

Dans un communiqué publié vendredi, le Syndicat national des
Journalistes algériens (SNJ), avait une nouvelle fois appelé
médias et société civile à une ''opération portes closes'' envers l'ONG
de défense de la liberté de la presse.

Robert Ménard, qui estime que la situation de la presse en Algérie s'est
beaucoup améliorée ''même s'il reste beaucoup de
choses à faire'', a déclaré à l'Associated Press qu'il comptait
''rencontrer la presse privée et publique, les représentants des
ministères de l'Intérieur, de la Défense et de la Communication, ainsi
que ceux qui représentent les 57 journalistes tués et quatre
disparus'' depuis le début des violences en 1992.

Le secrétaire général de RSF s'est dit ''étonné et peiné de l'attitude
du SNJ'', trouvant que c'est ''une réaction négative et
irresponsable''. Mais ''je vais tout faire pour calmer le jeu pour que
le SNJ revienne sur sa décision'', a-t-il ajouté.

Dans son communiqué, intitulé ''Repartez chez vous, M. Ménard'', le SNJ
rappelle ''les positions hostiles tenues durant ces
dernières années par RSF contre l'Algérie et la presse algérienne''.

Ciblant directement le patron de RSF, il se dit ''convaincu de
l'existence dans les rangs de RSF de membres sincères et
réellement engagés dans la défense de la liberté d'expression, à la
différence de Robert Ménard et de son clan'' et considère
que ''c'est ce dernier qui porte tort à leur action solidaire''.

Au SNJ, on considère que M. Ménard ne cesse de s'attaquer aux
journalistes algériens, les accusant d'être manipulés, de faire
dans l'autocensure et d'occulter les atteintes aux droits de l'Homme en
Algérie.

Début jui, le SNJ avait déjà appelé les journalistes à boycotter la
visite de RSF. Samedi, la majorité des titres de la presse
algérienne expliquaient leurs griefs à l'égard de RSF et les raisons
pour lesquelles ils ne comptent pas recevoir M. Ménard.

RSF, dont la mission durera jusqu'au 30 juin, est la dernières des
quatre ONG invitées à venir en Algérie par le président
Abdelaziz Bouteflika: elle a été précédée depuis début mai par Amnesty
International, Human Rights Watch et la Fédération
internationale des droits de l'homme (FIDH).

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La mission de Reporters sans frontières est arrivée hier

" On vient discuter "
Amar H.,<Le Matin, 25 juin 2000

La maison de la presse Tahar Djaout, où est domiciliée la majorité des titres
indépendants, est prise d'une vive polémique autour de l'accueil (ou non) de
Reporters sans frontières (RSF). Au point où certaines rédactions ont procédé
par vote. Plusieurs titres ont décidé de boycotter la délégation de RSF,
arrivée hier à Alger pour rencontrer les professionnels des médias. Le choix
du boycott ne fait cependant pas l'unanimité chez les journalistes, dont
certains préfèrent la confrontation d'idées, arguments à l'appui. Frappée par
une interdiction de séjour depuis plusieurs années, RSF a été autorisée par
le Président Abdelaziz Bouteflika à venir effectuer une mission d'enquête en
Algérie au même titre que les autres ONG de défense des droits de l'Homme.
RSF, décriée par les journalistes algériens pour ses positions hostiles,
voire humiliantes à leur égard, séjournera pendant une semaine en Algérie
afin de constater de visu les conditions dans lesquelles ils exercent leur
métier et d'enquêter sur les atteintes à la liberté de la presse. La
délégation, composée de cinq membres, sera conduite par son secrétaire
général, M. Robert Menard. " Notre préoccupation première est de rencontrer
les professionnels des médias publics et privés. Nous essayerons de discuter
avec toutes les parties pour pouvoir sortir avec une idée claire sur la
situation ", nous a déclaré à son arrivée M. Menard. La délégation de RSF
compte également mener une enquête sur les assassinats des journalistes, et
sur les quatre journalistes à ce jour portés disparus. " Repartez chez vous,
M. Menard ! " C'est sous ce titre que le Syndicat national des journalistes
(SNJ) a rendu publique, hier, une déclaration, où il explique les motifs de
sa position. " Parce qu'il (M. Menard, NDLR) pense, muré dans ses certitudes
et son arrogance, qu'il ne peut y avoir de journalistes libres en Algérie et
que derrière chaque plume et chaque média se tient un général galonné ou un
milliardaire véreux " Le SNJ a appelé l'ensemble des organisations de la
société civile algérienne à une " opération portes closes ". Mais cela n'est
pas de l'avis de l'ensemble de la corporation. Plus grave : cette prise de
position a soulevé une bourrasque au sein du syndicat, qui enregistre déjà
les premières démissions. Cela avant même la prochaine session de son conseil
national, prévu le 13 juillet, qui s'annonce explosive.
Des membres du conseil national du SNJ affirment qu'ils s'inscrivent " en
faux " contre la déclaration du SNJ. Une " contre-déclaration " abondant dans
ce sens a été rendue publique hier (voir déclaration). L'un d'eux se dit même
convaincu que ce " grave impair suscitera une cascade de démissions du
syndicat ". Les journalistes syndiqués contestataires estiment que la
position du SNJ a été " prise en catimini par un nombre restreint de membres
du bureau exécutif du SNJ, alors que le bon sens aurait voulu que toute
position sur un dossier aussi sensible fasse l'objet d'un débat au sein du
conseil national ". Ils estiment également que, dans le fond, la déclaration
rendue publique par le bureau exécutif " porte un grave préjudice à la
profession ".

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SYNDICAT NATIONAL DES JOURNALISTES
"Repartez chez vous M. Ménard !"

A. C.,Liberté, 25 juin 2000
C'est le message adressé par le SNJ au secrétaire général de l'organisation
Reporters sans frontières qui sera, aujourd'hui, à Alger pour enquêter sur
les médias et les journalistes qu'il a toujours considérés comme des
porte-voix du pouvoir.
Tout en appelant l'ensemble des médias et des organisations de la société
civile algérienne à une opération "portes closes", le SNJ explique les
raisons qui l'ont amené à adopter une telle position à l'égard de Robert
Ménard et de son organisation. "Parce qu'il nous avait conseillés d'installer
des caméras de surveillance et de porter des gilets pare-balles, comme si
nous avions besoin de ses conseils pour cela, au lieu de nous apporter sa
solidarité concrète", souligne un communiqué du SNJ transmis, hier, à la
rédaction. Et d'ajouter : "Parce que pour lui, il n'y a jamais eu et il n'y a
toujours pas de presse libre et de liberté d'expression dans notre pays et
qu'il a considéré et considère encore les journalistes algériens comme des
relais et des porte-voix du pouvoir".
Toutefois, le SNJ est convaincu qu'il existe dans les rangs de RSF des
membres sincères et réellement engagés dans la défense de la liberté de la
presse et d'expression "à la différence de Robert Ménard et de son clan". Il
considère que c'est ce dernier qui "porte tort à leur action solidaire".

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Déclaration

Des journalistes algériens ont rendu publique la déclaration ci-après en
signe de désaveu à la position exprimée par le SNJ au sujet de la visite de
RSF. Parmi la liste des signataires, quatre membres du Conseil national du
SNJ et des adhérents se disent démissionnaires de ce syndicat.

Nous, journalistes algériens, après avoir pris connaissance de l'appel du
Syndicat national des journalistes (SNJ) au boycott de la mission de RSF,
estimons que :
- cette décision n'engage que le SNJ auquel nous dénions le droit de
s'exprimer au nom de tous les journalistes algériens ;
- le contenu de cet appel est une insulte aux principes de la liberté
d'opinion et au droit de tout confrère, quelle que soit sa nationalisté, de
s'informer sur la situation de la profession en Algérie ;
- le sens de l'éthique et de la déontologie interdit que les divergences avec
le point de vue de RSF s'expriment sous forme d'injures et d'invectives.

Liste des signataires : Noureddine Azzouz (La Tribune), Hocine Adryen
(journaliste indépendant), Ahmed Kaci (L'Est républicain), Fayçal Metaoui (El
Watan), Youcef Zirem (journaliste indépendant), Salim Djaâfar (Le Siècle),
Habet Hannachi (journaliste indépendant), Yacine Merabet (La Tribune), Yassin
Temlali (journaliste indépendant), Abdelkrim Ghezali (La Tribune), Abdoun
Mohamed (L'Authentique), Faouzia Ababsa (L'Authentique), Mohamed Mehdi (Libre
Algérie), Amarni Badiaâ (L'Authentique), Louni Arezki (L'Authentique), Taleb
Ahmed (L'Authentique), Larbi Bouazza (L'Authentique). Sebaïhi Moussa (El
Açil), Saouli Fayçal (El Youm), Saïd Chekri (Le Matin), Amar Hamiche (Le
Matin), Rachid Mokhtari (Le Matin), Khadija Chouit (Le Matin), Hammiche
Slimane (El Khabar), Redouane Aghrib (El Khabar), Chawki Madani (El Khabar),
Saâdi Belkhadem (El Khabar), Guessoum Soulef (El Khabar-Hebdo), Salah Eddine
(El Açil), Hasna Yacoub (La Tribune), Abdelaziz Azizi (La Tribune), Mustapha
Aït Aoudia (La Tribune), Saliha Aoues (La Tribune), Ali Benyahia (La
Tribune), Mehdi Chakib (La Tribune), Chahla Chettouh (La Tribune), Lyès Malki
(La Tribune), Mohamed Nedjar (El Açil), Ketfi Hasna (El Açil), Berrached
Mehdi (El Açil), Abderrahim (El Açil), Baghali (El Açil), L. Messalti (El
Açil), Hadri Allel (El Açil), Mekhaldi (El Açil), Saïd Kaced (journaliste),
H. Seklaoui (Jeune Indépendant), Rachid Kaci (Jeune Indépendant), Zaâf Med
(Jeune Indépendant), Djamel Zerrouk (Jeune Indépendant), Mohamed Kouini
(journaliste), Hamidou Benomari (Jeune Indépendant), Mustapha Abdelli
(JeuneIndépendant

 

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