FORUM SUR LA PRESSE ECRITE

Débat entre experts

Par Arab Chih, El Watan, 15 juin 2002

Un forum ayant pour thème «La presse écrite algérienne : quelle relation communicationnelle avec les autres champs sociaux ?» a été organisé jeudi dernier par l’Institut international de communication et de marketing (IICOM). Une occasion pour les principaux animateurs Abdelaziz Rahabi, Ahcène Djabalah, Abdou Bouziane, Nassereddine Aloui, Mohamed Abdou Benabbou, Abrous Outoudert de dresser un état des lieux.

L’ancien ministre de la Communication, M. Abdelaziz Rahabi, a mis le doigt sur le phénomène de «la surpolitisation» de la presse écrite algérienne qui, de son point de vue, accorde plus d'intérêt aux polémiques de l’ancien personnel politique et aux discours des partis, reléguant ainsi les programmes et les autres champs sociaux au second plan. Ce qu’il a considéré comme un «piège» que la presse n’a pas su déjouer. Hyperpolitisation qu’il a, en outre, expliquée par deux faits : la jeunesse de la presse et la demande sociale. L’autre «reproche» fait par Rahabi à la presse est celui de réserver peu d’espace à un passé et un patrimoine culturel extrêmement riches ainsi qu’à l’actualité internationale. L’ex-ministre de la Communication s’est, encore une fois, prononcé pour la libéralisation de la publicité en estimant que «l’Anep ne devrait pas être le seul opérateur dans le secteur de la publicité». Abordant le phénomène de la surpolitisation de la presse écrite, M. Ahcène Djaballah est remonté à 1990 pour trouver une explication. Pour lui, «les motivations premières qui ont poussé à la création des quotidiens sont politiques». Autrement dit, «c’est le journaliste éminemment politisé ou l’homme politique qui ont créé la nouvelle presse». Toutefois, cet aspect dominant n’est pas une tare et il est le résultat d’une demande citoyenne. Ce qui le désole quelque peu, c’est le fait que les 39 quotidiens existants reproduisent presque le même message et ont la même approche méthodologique, et seule une poignée de quotidiens assure réellement sa survie. A ce propos, il a donné le chiffre de 900 titres (une centaine de quotidiens et le reste des périodiques de tout genre) créés de 1990 à 2000 dont une soixantaine seulement continue d'exister. Ce qui constitue à ses yeux «un échec». Mais sur le plan tirage, il estime qu’il y a une avancée. D’une moyenne de 600 000 exemplaires/jour en 1988, le tirage de la presse écrite est passé en 2000 à 1 700 000 exemplaires/jour. «Avec une meilleure diffusion, on pourrait largement atteindre les 2 000 0000 exemplaires/jour», a-t-il soutenu. Récusant le concept de surpolitisation, Abdou Bouziane, ancien directeur de l’ENTV, lui préfère plutôt celui de «suridéologisation». Après avoir relevé que «les propriétaires de journaux se veulent et assument un rôle d’acteurs politiques», il a prêté à la presse écrite d’avoir structuré le champ politique «en deux camps violemment antagoniques : les tenants de l’archaïsme et les gens éclairés par la modernité, la laïcité,etc.». Alors que lui, il ne voit aucune différence programmatique (privatisation, mondialisation, chômage, sécurité sociale...) entre les partis de la mouvance démocratique tels le RCD et MDS et les partis islamistes qui n’ont de contradiction, toujours selon lui, qu’au niveau idéologique. Si la loi sur la publicité n’a connu aucun amendement depuis 1990, c’est parce qu’«il y a des titres, tout comme le pouvoir, que l’opacité sur la publicité arrange», a-t-il soutenu. Pour lui, le maintien des journaux à un tirage très réduit est «une aberration du point de vue économique». Non sans s'interroger sur l’identité de ceux qui paient la facture et si cela ne procède pas d’une manipulation politique et d’«une volonté de parasitage pour bloquer l’évolution normale des choses». Pour ce qui est du maintien de la presse publique qui pourtant «ne fait pas l’opinion publique», A. Bouziane l’a expliqué par l’absence de consensus chez les décideurs pour trouver une solution. Analyse que ne partage pas tout à fait A. Djaballah pour qui le maintien par le pouvoir de la presse publique renseigne sur sa volonté «de ne pas lâcher ce pouvoir d’informer». Paradoxalement, les quelques éditeurs de journaux présents se sont montrés peu prolixes. Le responsable du quotidien arabophone El Youm, M. Aloui, a expliqué le phénomène de la surpolitisation de la presse par la fermeture des médias lourds aux partis politiques qui se sont rabattus alors sur la presse écrite. Mais aussi par une certaine demande sociale. Aussi, il ne croit pas à l’uniformité du point de vue du contenu et de celui de la stratégie de communication, entre les différents titres. Pour sa part, le directeur du Quotidien d’Oran a mis l’accent sur la nécessité d'établir «des règles du jeu claires» car, de son avis, «beaucoup de journaux progressent de façon occulte».

 

 
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