RSF
Reporters sans Frontières
13
août 2002
Le
caricaturiste Djamel Noun menacé par la télévision
publique
Le 10 août,
Djamel Noun, caricaturiste du quotidien arabophone El Youm, est reparu
après avoir disparu pendant quelques jours suite à des menaces
proférées à son encontre par des employés
de ENTV (Entreprise Nationale de la Télévision), la télévision
publique algérienne.
"C'est la deuxième
fois en un mois que des citoyens se sentant diffamés décident
de se faire justice eux-mêmes en menaçant un journaliste.
Ce grave dérapage renforce l'Etat de non-droit et vide de toute
signification la notion de liberté de la presse en Algérie",
a commenté Robert Ménard, secrétaire général
de Reporters sans frontières. "L'organisation s'inquiète
de la multiplication par les citoyens de gestes d'intimidation à
l'égard des journalistes et demande aux autorités algériennes
de mettre rapidement un terme à la logique d'impunité qui
se développe dans le pays", a-t-il ajouté.
Le 10 août
2002, Djamel Noun est réapparu après trois jours de silence,
et a expliqué au quotidien El Djil les raisons qui ont motivé
sa décision. Le caricaturiste a déclaré avoir été
obligé de modifier son lieu de résidence en raison des menaces
proférées par les employés de ENTV après que
le quotidien El Youm a publié, le 7 août, une de ses caricatures
qui brocardait les méthodes de recrutement de la télévision
publique. "Tout le monde les a entendu dire qu'ils connaissaient
mon lieu de résidence et qu'ils étaient décidés
à "en finir" avec moi", a-t-il ajouté, faisant
allusion au rassemblement, le 7 août, des employés de la
télévision algérienne devant le bureau d'El Youm.
Par ailleurs, le
caricaturiste a affirmé que la télévision algérienne
avait lancé, sous les ordres de Djamel Mâafa, président
du syndicat de la télévision, une campagne de dénigrement
à son encontre en le qualifiant de "terroriste" et en
le mettant sur le même plan que le chef du GIA, Antar Zouabri.
Le 7 août,
vers 16 heures, plusieurs dizaines de travailleurs de ENTV s'étaient
rassemblés devant le siège d'El Youm, à la maison
de la presse Tahar-Djaout, à Alger. Ils souhaitaient protester
contre la publication d'une caricature parue le jour même dans le
quotidien. Celle-ci se moquait de la façon dont les femmes étaient
recrutées au sein de la télévision d'Etat (voir dessin).
Selon des témoins, les hommes, très énervés
voulaient pénétrer de force dans les locaux du journal.
Refusant la proposition de la direction d'El Youm de recevoir une délégation
de trois personnes, le groupe aurait insulté les journalistes du
quotidien et menacé Djamel Noun. Par ailleurs, plusieurs employés
auraient déclaré aux journalistes qui se trouvaient sur
place que, s'ils pénétraient dans les locaux du quotidien,
ils "saccageraient tout" et qu'il se réservait le droit
de poursuivre en justice "les responsables" du journal.
Le 30 juillet 2002,
le quotidien avait été condamné à 210 000
dinars (2 788,62. euros) de dommages et intérêts suite à
une plainte de l'ENTV. La télévision avait porté
plainte pour "diffamation" contre El Youm après que Redouane
Boudjemâa avait publié une enquête sur la gestion de
la télévision où il était notamment question
de détournement d'argent.
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Virginie Locussol (moyen-orient@rsf.org / middle-east@rsf.org)
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