|
|||||
|
LAMENDEMENT DU CODE PENAL A TRAVERS LA DIFFAMATION Une démocratie sous contrôle Fayçal Metaoui, El Watan, 18 avril 2001 Le projet damendement partiel du Code pénal relatif à la répression de la diffamation, de loffense et de linjure sera bientôt débattu à lAPN. Ce qui y est prévu signifie une chose : la mort à terme de la presse indépendante. Linitiative des journalistes
algériens de lancer une pétition-interpellation aux députés
intervient à quelques jours du débat sur cette question. Les échos
qui parviennent du siège du Parlement naugurent rien de bon. Le
fait que la commission juridique évite de toucher au projet du texte
est un signe qui ne doit pas tromper. -------------------------------------------------------------------- Le Matin, 17 avril 2001 Voici les principaux articles concernant les sanctions à l'encontre du délit de diffamation proposés dans le projet d'amendement du code pénal. Article 144 bis : Condamnation à une peine allant d'une année à trois ans de prison et à une amende de 100 000 à 1 000 000 DA ou à l'une des deux peines de celui qui porte atteinte au Président de la République par des propos diffamatoires, insultants ou humiliants, que ce soit par le biais d'un écrit, dessin, déclaration ou tout outil d'émission de son ou image ou tout moyen électronique ou informatique ou autre de communication. Les pouvoirs publics s'autosaisissent et engagent automatiquement la procédure des poursuites judiciaires. Dans le cas de récidive, les peines de prison et d'amende citées dans cet article vont doubler. Article 144 bis 1 : Lorsque le délit mentionné dans l'article 144 bis est commis à travers une publication, quotidienne ou hebdomadaire ou mensuelle ou autre, la poursuite judiciaire est engagée à l'encontre de l'auteur du délit, des responsables de la publication et de sa rédaction ainsi que contre la publication elle-même. Dans ce cas, l'auteur du délit est condamné à une peine de prison allant d'une année à trois ans et d'une amende de 100 000 à 1 000 000 DA ou à l'une des deux peines. La publication est condamnée à une amende de 500 000 à 5 000 000 DA. Les pouvoirs publics engagent automatiquement la procédure des poursuites judiciaires et en cas de récidive, les peines de prison et d'amende précitées vont doubler. Article 146 : Si l'humiliation, l'insulte ou la diffamation portées par le biais des moyens cités dans les articles 144 bis et 144 bis 1 sont dirigées à l'encontre du Parlement ou l'une de ses Chambres, contre les cours de justice ou les tribunaux, l'ANP ou toute institution publique ou tout autre corps constitué, les mêmes peines citées dans les articles précédents sont appliquées. En cas de récidive, les peines de prison et d'amende sont doublées. Article 298 : Pour une diffamation dirigée à l'encontre des individus, la condamnation est d'une peine de prison allant de cinq jours à six mois et d'une amende de 5 000 à 50 000 DA ou de l'une des deux peines. Pour diffamation dirigée à l'encontre d'une personne ou plus appartenant à un groupe racial ou doctrinal ou une religion quelconque, la condamnation est à une peine de prison allant d'un mois à une année et d'une amende de 10 000 à 100 000 DA ou de l'une des deux peines si il y a une volonté d'incitation à l'intolérance entre les citoyens ou les populations. ---------------------------------------------------------------------------------------- Pétition Le Matin, 17 avril 2001 L'Assemblée populaire nationale (APN) s'apprête à débattre un nouveau texte codifiant la diffamation, l'injure et l'offense. La teneur particulièrement répressive de ce texte annonce une réduction certaine de la liberté de la presse et de la liberté d'expression. Les journalistes professionnels admettent que les règles de déontologie et d'éthique, règles universelles, doivent être respectées quelles que soient les circonstances. Nous, journalistes signataires de la présente pétition, sommes inquiets devant la volonté du gouvernement de museler la presse et de rétablir les pratiques de la censure. Nous estimons que les rares acquis démocratiques arrachés par les Algériens ne sauraient être remis en cause sous quelque prétexte que ce soit. Le droit à l'information et la liberté d'expression sont des principes constitutionnels qui ne doivent en aucune manière être violés. Les journalistes signataires appellent tous les députés à faire preuve de raison et de responsabilité et à prendre en compte l'aspiration à la liberté et à la démocratie de l'ensemble de la société algérienne d'aujourd'hui. Premiers signataires : Fayçal Métaoui
(El Watan), Djamila Kourta (El Watan) Souhila H. (El Watan), Salima Tlemçani
(El Watan), Mohamed Tahar Messaoudi (El Watan), K. Smaïl (El Watan), Nahla
Rif (El Watan), A. Samil (El Watan), A. Bahmane (El Watan), Réda Bekkat(El
Watan), Athman Senadjki (El Khabar), Slimane Hammiche (El Khabar), Malek Reddad
(El Khabar), Chafik Abdi (le Jeune Indépendant), Hocine Adryen, H'mida
Ayachi (El Youm), Fouzia Ababsa (L'Authentique), Arezki Louni (L'Authentique),
Kamel Boutarène (El Khabar), Souad Azouz (El Khabar), Smaïl Semroud
(El Khabar),Hacine Djâafar(El Khabar), Mustapha Bamoune (El Khabar), Ayache
Senouci (El khabar), Larbi Zouak (El Khabar), Farid Maataoui (El Khabar), Zhor
Hadjam (Le Matin), Khadidja Chouit (Le Matin), Wahab Habbat (Agence New Press),
Fodil Mezali (Le Matin), Djamel Boukrine (Le Matin), Nadir Benseba (Le Matin),
Rachid Mokhtari (Le Matin), Samira I. (Le Matin), Amar Hamiche (Le Matin), Saïd
Chekri (Le Matin), Mohamed Bouhamidi (éditeur), Ferchouche Yasmine (Le
Matin), Katia Debbouz (Le Matin), Nacer Medjkane (Le Matin), Saber Ayoub, Abdelkader
Hamid (El Khabar), Ameur Mahieddine (El Khabar), Bendjekoum Mohamed (El Khabar),
Ali Fayçal (El Khabar), Anis Rahmani ((El Khabar), Hamid Yacine (El Khabar),
D. Youcef, Abdelkrim Ghezali, Zine Cherfaoui, Ahmed Kaci, Younes Hamidouche,
Ghania Amriout, Karima Mokrani, R. Allam (La Tribune), Chawki Madani (El Khabar),
Rabah Abdellah (Le Soir d'Algérie) Kamel Amarni (Le Soir d'Algérie),
Zineb Merzouk (Le Soir d'Algérie), Echikr Amine (Le Soir d'Algérie),
Azeddine Bensouiah (Le Soir d'Algérie), Fatma Houari (Le Soir d'Algérie),
Samah Bencheikh (La Nouvelle République), Wahida Benaïssa (Le Soir
d'Algérie), Nawel Imes (Le Soir d'Algérie), Hidayet Bouhraoua
(Le Soir d'Algérie), Badredine Manâa (Le Soir d'Algérie),
Nacer Belhadoudja (Le Soir d'Algérie), Fouad Boughanem (Le Soir d'Algérie,)
Hakim Lâalam (Le Soir d'Algérie), Dad Mouloud (El Khabar), Youcef
Zirem (Le Jeune Indépendant), Rachid Kaci (Le Jeune Indépendant),
Amina Azoune (Le Jeune Indépendant), Samira Mana (Le Jeune Indépendant),
Gacem T. (Le Jeune Indépendant), Nabila Greffon (Le Jeune Indépendant),
Naïma Boulares (Le Jeune Indépendant), Sihem Hennine ---------------------------------------------------------------------------------------- El Watan 21 avril 2001 B. Ghechir : «Dépénaliser linfraction journalistique» La vive polémique
née au lendemain de la sortie médiatique dAhmed Ouyahia,
ministre de la Justice, relative à la révision du Code pénal
et les débats relancés par le président Bouteflika au sujet
du Code de la famille ne pouvaient évidemment pas ne pas susciter lintérêt
du président de la LADH. La révision envisagée du Code pénal suscite de sérieuses inquiétudes dans les milieux de la presse notamment. Quelle lecture faites vous du projet Ouyahia ? La proposition de modifier le Code pénal, visant à protéger les corps constitués de loffense, de loutrage, de linjure et de la diffamation, concerne très exactement larticle 144 du Code pénal. La nouveauté, cest que cette fois-ci, en plus de loutrage, on a inséré loffense, linjure et la diffamation. Une modification qui touche essentiellement larticle 144-bis. Et là, le fait de codifier la diffamation et linjure concernant les hauts responsables et agents de lEtat dans des articles autres que ceux relatifs à la diffamation entre particuliers donne limpression que le pouvoir essaye de se protéger, approfondissant ainsi le fossé qui existe déjà entre lui et le reste des citoyens. La première constatation que lon peut faire dautre part à ce sujet, cest quon a privilégié des responsables par rapport aux citoyens. Car si on procède à une comparaison entre les peines stipulées par les articles 296, 297 et 298 relatifs à la diffamation entre simples citoyens, la différence est nette. Pour le petit peuple notamment, larticle 298 du Code pénal fait état de cinq jours à six mois demprisonnement dans les cas de diffamation entre particuliers. Or, dans le cas dun responsable, la peine varie dun an à trois ans. De fait, on fait peur au citoyen afin quil évite de diffamer. La LADH est bien entendu contre linjure, la diffamation et loffense, mais on remarque que même si on doit protéger le président de la République, comme institution essentiellement, il ne faut pas oublier que les autres responsables, députés, magistrats... sont avant tout des citoyens. Alors pourquoi justement les protéger par rapport aux autres citoyens. La seconde constatation quon peut faire également, cest que larticle proposé pour modification cible les journalistes. Larticle 144-bis stipule en effet clairement que si une infraction est commise par une publication quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, des poursuites sont alors engagées contre lauteur de loffense, les responsables de la publication, de la rédaction ainsi quà lencontre de la publication elle-même. Or, cette proposition pose un problème, parce que généralement la responsabilité pénale est personnelle et la sanction aussi. Pourquoi faut-il donc pénaliser les responsables de la publication, de la rédaction et le journal dans le cas où un journaliste commet une injure ou une offense, dautant que cela est contraire à la théorie générale en matière de droit criminel. Le ministre de la Justice a fait référence aux textes égyptiens et français pour tenter dargumenter son projet. Quen pensez-vous ? En effet, dans le cas de
lEgypte, le gouvernement évoque larticle 178 du Code pénal
égyptien et considère que ce dernier a trait à la diffamation.
Cela est faux. Comment, concrètement, la LADH qualifie-t-elle ces nouvelles dispositions relatives à la révision du Code pénal ? Ces nouvelles dispositions protègent beaucoup, à notre avis, les institutions de lEtat, ce qui, dailleurs, est contraire aux principes de la démocratie, laquelle demande de la critique et des débats contradictoires. A la LADH, nous sommes contre linjure, la diffamation et loffense, mais on ne peut tolérer que toute personne qui sapproche du président en subisse les conséquences. Normalement, il est demandé au président dexiger de la société de critiquer tout responsable, tout gestionnaire pour faire avancer les choses et pour avoir plus de transparence dans la gestion des affaires publiques. A cet effet, la Ligue algérienne des droits de lhomme demande que les journalistes aient le droit à la critique, la suppression de la peine demprisonnement pour les journalistes en cas de diffamation, de ne pas sanctionner le responsable de la publication du journal et aussi de permettre aux gens de la presse de pouvoir critiquer, surtout la personnalité publique. Aux Etats-Unis par exemple, les articles ayant trait à la diffamation ont été abrogés dans les années 50. Cela dit, nous comptons prochainement publier une étude en ce sens, et exiger la dépénalisation de toute infraction journalistique. Par Lydia R.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||