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Boutéflika II : négociations en cours
Par El-Kadi Ihsane, Le Quotidien d'Oran, 24 octobre 2002
Le président Boutéflika a-t-il gagné son indépendance à légard du cercle de décision qui la fait candidat officiel implicite aux dernières présidentielles ? Cest la première question que nous posent inévitablement nos confrères de la presse étrangère de passage à Alger. La réponse nest jamais facile. Oui le président Boutéflika a aujourdhui une autonomie plus grande à légard de ceux qui étaient là avant lui. Plus grande quau début (en 1999 ou en 2000) lorsquil avait du mal à choisir un gouvernement ou à faire passer une loi de réorganisation du secteur public. Il concentre, à hauteur des services de la Présidence, un nombre de décisions jamais égalé, depuis lère Chadli, et ne subit plus le chantage dune censure par lassemblée grâce à une majorité FLN plus fidèle. Non, le président Boutéflika nest pas plus quun trois quart de président quil ne voulait pas être. Il na pas pu modifier la constitution dans le sens quil souhaitait. Il ne peut pas nommer les chefs supérieurs de lANP au poste de commandement contre lavis du chef détat-major et, surtout, il ne peut pas engager sa politique préférée à légard de lislamisme radical, celle dune réconciliation qui va plus loin que la concorde civile. «Oui et non» est donc la bonne réponse qui ne satisfait jamais un interlocuteur souvent pressé de se débarrasser des nuances. Alors senchaîne logiquement la seconde question, plus intéressée : Boutéflika a-t-il gagné suffisamment dautonomie à légard des décideurs qui étaient là avant lui pour envisager de briguer un second mandat présidentiel sans leur consentement préalable ? Cest le débat de lheure. La réponse que suggère la lecture dune partie de la presse nationale est bien que le Président estime sêtre émancipé des conditions de son arrivée au pouvoir. «Il veut son second mandat seul, sans avoir rien à devoir aux autres». Cest probablement vrai quil le veut. Le peut-il ? Lair du temps ne lui est pas défavorable. Les Algériens se sont installés sur la pente douce dune certaine résignation électorale, à défaut dêtre civique. Cela plaide pour la continuité du pouvoir civil actuel. Les relais pour une campagne boutéflikienne sont rodés, notamment à travers le FLN, bien mieux quen 1999 où le coup de pouce des officines était «ostentatoirement» indispensable. La caution occidentale est à portée de main. Lalternative Benflis intérieure au camp présidentiel ne paraît pas sérieuse. La question évolue donc forcément. Le cercle des décideurs qui a aidé, de manière décisive, Boutéflika à devenir président de la République en 1999 a-t-il encore les moyens de lempêcher de briguer et de gagner un second mandat ? Et dabord, souhaiterait-il len empêcher ? A la manière dont a évolué la polémique, depuis le début de lété dernier, la tentation de rappeler Boutéflika à sa vassalité existe. Au moins dans le ton du général-major, Lamari, lorsquil évoque les bilans des uns et des autres. «Si Boutéflika veut voler de ses propres ailes, il doit apprendre à assumer seul les conséquences de ses choix politiques» : tel est le contenu de message. Cest valable pour le traitement de lislamisme radical autant que pour la gestion de la crise en Kabylie. En somme, laccord historique par lequel le général en retraite, Larbi Belkheir, a réussi à convaincre la haute hiérarchie de larmée, au dernier trimestre de 1999, de soutenir la candidature dAbdelaziz Boutéflika est un accord en cours de renégociation. Léchec nest pas garanti comme le pronostiquent, ou lespèrent, une majorité de commentateurs. Seulement, les limites de périmètres se discutent serrés. La rupture nest pas à exclure aussi. Comme en janvier 1994, lorsque Abdelaziz Boutéflika, pressenti pour devenir président de lEtat, a claqué la porte à la veille de la conférence qui devait lintroniser après plusieurs rounds de négociations avec notamment le général Nezzar. En 1998, les chefs de larmée étaient en position délicate, après la démission du président Zeroual. Eclaboussés par la succession des massacres, les révélations sur létendue du nombre de disparus et léchange des accusations dans la bataille contre le duo Zeroual-Betchine. Abdelaziz Boutéflika apportait la promesse dune nouvelle respectabilité extérieure, en plus de lacceptation de donner une couverture politique légitime à laccord avec lAIS. En dépit de ses velléités de revanche, cétait un bon risque. En 2003, année préélectorale, comme en 1998, la donne aura changé. Le plus dur de lurgence a été surmonté. Le 11 septembre 2001 a considérablement détendu la pression sur les atteintes aux droits de lHomme commises en Algérie au nom de la lutte contre le terrorisme. A lheure de Guantanamo, il est difficile, dans lunivers des ONG internationales, de poursuivre de son exigence morale les chefs militaires algériens de la même manière quavant. La haute hiérarchie de larmée na donc, en théorie, plus le même besoin pressant dêtre protégée en Occident par le bouclier dun Président fréquentable et prêt à toutes les concessions pour redorer le blason terni de son pays. Linverse est vrai. Le président Boutéflika qui a étendu lentement son pouvoir effectif, durant ses 42 mois de mandat, na pas la même dépendance à légard du soutien des militaires pour poursuivre sa mission à la tête de lEtat. Cette renégociation
du contrat est donc délicate car chaque partie a le sentiment,
à peine contenu, quelle peut, maintenant, se passer de lautre,
à lexacte inverse de 1998. Le bon sens voudrait quelles
finissent par trouver un nouveau terrain dentente. Le problème
est que, cette fois, les garanties sont plus fragiles pour protéger
un nouvel accord. Le président Boutéflika II, sortant auréolé
dune victoire légitime des urnes, peut décider de
remanier la tête de larmée à sa guise, comme
le lui permet la constitution et comme il sest, bien sûr,
gardé de le faire au terme du premier accord. La négociation
sera donc longue, ardue et harassante pour le pays. Un élément
plaide toutefois pour une issue consensuelle. Le président Boutéflika
a réussi dans sa principale mission jusquà lheure.
Il a apporté, avec laide importante du 11 septembre il est
vrai, un répit aux généraux écrasés
sous le poids de leurs responsabilités dans les options politiques
des années 90 et de leurs désastreuses conséquences.
Ils devront en tenir compte le moment venu. Un seul paramètre peut
changer totalement la donne : que le président Boutéflika
qui était un bon bouclier extérieur, durant son premier
mandat, ne le soit plus à lintérieur du pays dans
un second mandat. Cest même le risque le plus imminent. La
crise kabyle, la procession des émeutiers dans le pays, la montée
du front social, la procession de la violence islamiste... Le bilan du
président de la République nen fait pas un favori
naturel dune vraie élection présidentielle. Et cela
aussi, le moment venu, comptera dans la balance. |
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www.algeria-watch.org
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