CHAKIB KHELLIL, MINISTRE DE L'ENERGIE ET DES MINES AU " QUOTIDIEN D'ORAN "

"Je mettrai fin à la rente pétrolière"

Par Mounir B., Le Quotidien d'Oran, 3 mars 2001

S'il y a un seul mot pour résumer le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khellil, ce serait le pragmatisme. M. Khellil en est imprégné. Son allure de technocrate BCBG ne fait que renforcer un personnage au discours rationnel. Hyper-rationnel.
Evitant les débats politiciens sur les questions pétrolières, le ministre de l'Energie est déterminé à défendre son avant-projet de loi sur les hydrocarbures face à la contestation grandissante des syndicats et des travailleurs du secteur. Il plaide, lors de cet entretien, pour un changement radical dans la perception de la problématique de la richesse et de la rente pétrolière, bouscule les idées reçues et, par là même, le " mythe " de la productivité de Sonatrach qu'il espère rendre plus concurrentielle. Chakib Khellil, fort de son expérience dans le domaine acquise depuis les années 70 en Algérie et poursuivie en tant que consultant international auprès de la Banque Mondiale sur les questions énergétiques en étant, notamment, l'architecte de la réforme pétrolière en Amérique du Sud, entend appliquer un remède que certains considèrent comme douloureux au secteur énergétique algérien. Il se dit soutenu par des cadres. Refuse les arguments des travailleurs l'accusant de " brader " la souverainté algérienne. L'homme ne compte pas reculer d'un iota face à la fronde qui s'organise et qui risque de s'étendre au Parlement. Explications.

Le Quotidien d'Oran: Monsieur le Ministre, Sonatrach a réalisé un bénéfice de 22 milliards de dollars, la production et les réserves sont en hausse, il y a eu signature de neuf nouveaux contrats. Est-ce qu'on peut dire que la conjoncture pétrolière en cette année 2000 a été bonne pour vous ?
Chakib Khellil: Oui, elle est bonne mais elle n'est pas à la mesure du potentiel minier algérien. Pas à la mesure de ce que peut faire l'Algérie, qui peut faire beaucoup mieux en terme d'investissements. D'ailleurs, nous avons démontré à travers l'appel d'offre sur les six blocs d'exploration qu'on peut faire des contrats beaucoup plus rapidement en une période de six mois, on peut avoir six contrats au lieu de deux contrats par an. Donc, on peut faire mieux. Il a été aussi démontré qu'au vu du potentiel de l'Algérie, nous sommes bien en deçà de ce qui peut être fait en terme de puits d'exploration par kilomètre carré. On est bien en deçà de la moyenne internationale et, bien sûr, bien en deçà de ce qui se fait aux Etats-Unis. La moyenne internationale est évaluée à une centaine de puits alors qu'en Algérie, c'est huit puits, alors qu'aux Etats-Unis, c'est 500. Cela vous donne une idée du nombre qui reste encore à réaliser. C'est pour ces raisons, que la nouvelle loi sur les hydrocarbures est orientée pour attirer notre part raisonnable du capital dans les investissements en amont et en aval qui se trouvent de par le monde. Pour cela, il faudrait que nous soyons compétitifs. C'est-à-dire, qu'il n'est pas suffisant d'être compétitif du simple point de vue fiscal. Il faut être compétitif du point de vue réglementation, technique et environnemental, mais également compétitif du point de vue institutionnel. Ca veut dire avoir, non seulement des gens compétents, mais avoir une transparence dans les procédures de négociation ou d'appels d'offres et traiter tous les investisseurs de la même manière. La même règle qui s'applique à tous les investisseurs, c'est très, très important pour les investisseurs. D'ailleurs, on l'a démontré avec les six blocs d'exploration où nous avons eu 22 offres.

Q.O.: Puisque vous avez évoqué l'avant-projet de loi sur les hydrocarbures, le syndicat des pétroliers a refusé les termes de ce projet et il y a une contestation qui gronde. Comment allez-vous faire face à cette protestation ?
C. K.: L'avant-projet de loi est basé sur le programme du gouvernement. Le programme du gouvernement est très clair. Il a été approuvé par l'APN et le Sénat. Je ne fais qu'appliquer le programme du gouvernement. Si vous l'examinez dans son étude spécifique relative à la politique énergétique et minière... Ensuite, vous avez le programme d'action. Que dit ce programme d'action: favoriser par une adaptation continue, l'efficacité de nos lois et règlements; améliorer la réglementation relative aux monopoles naturels, assurer la libre concurrence, garantir dans un cadre légal et transparent l'autonomie des entreprises... Ça, c'est ce que dit le programme du gouvernement. Ce n'est pas moi qui le dit. Donc, il y a eu une discussion au niveau national qui a été présentée à l'APN et au Sénat et on ne peut pas remettre en cause un programme du gouvernement. S'il on le remet en cause, on aurait dû le faire au niveau du débat sur ce programme. Moi, j'ai été nommé pour exécuter le programme du gouvernement...

Q.O.: Mais, cela est en rapport avec le programme du gouvernement alors que la contestation syndicale tourne autour de l'avant-projet de loi...?
C. K.: La contestation ? Tout le monde a ses opinions. Tous les citoyens ont le droit de contester ou de formuler des critiques. Il y a un avant-projet de loi, il faut comprendre, d'abord, ce qu'il dit. Ce que l'avant-projet de loi dit, c'est très simple. Il dit: faisons revenir à l'Etat son droit qui est d'être propriétaire du domaine minier. La Constitution dit que les ressources naturelles sont la propriété de la collectivité nationale dont l'Etat est l'émanation. L'Etat décide maintenant de reprendre ses droits sur le domaine minier. Il le fait à travers une agence de l'Etat, 100% de l'Etat, qui n'a que cette fonction. Cette agence n'a pas de fonctions d'investissements ou commerciales. Elle a pour simple fonction de donner des contrats d'exploration et de production sur la base d'appels d'offres transparents, ouverts et compétitifs. Cette agence s'appellera ANAFT. Cette agence aussi contrôlera la banque de données. Toutes les entreprises, qu'elles soient publiques ou privées, peuvent avoir cette banque de données mais c'est l'Etat qui est propriétaire des données et de ses informations. Car l'information, c'est la puissance. ANAFT mettra à la disposition de tous les opérateurs, des données, et les opérateurs feront une offre à l'Etat. Quitte à l'Etat de choisir le mieux disant pour lui octroyer les contrats. Donc, tout se fait dans la transparence.

Q.O.: Vous avez sillonné le territoire national pour aller au-devant des cadres et des travailleurs du secteur afin de les sensibiliser sur cet avant-projet de loi. Qu'avez-vous déduit et ressenti à travers ces contacts et discussions ?
C. K.: Ce que j'ai ressenti, c'est que les cadres sont complètement convaincus une fois qu'on leur explique ce qu'on veut faire. On ne veut pas privatiser Sonatrach, on ne veut pas la restructurer, on ne veut pas la réorganiser. La loi sur les hydrocarbures ne concerne en aucune manière Sonatrach. Elle concerne l'Etat qui reprend ses droits sur les domaines miniers. Moi, je suis l'Etat. Je reprends mes droits. Qui est contre l'Etat qui reprend ses droits sur les domaines miniers ? Qui ? Je ne leur enlève pas leurs emplois. Je vais vous dire un peu ce qu'ils m'ont dit à Skikda. Je vais vous répondre. Ils disent: " Ce projet de loi porte atteinte à la souveraineté nationale car il est contraire à l'article 17 de la Constitution ". Est-ce que vous pensez qu'il est contraire à un article qui dit que les ressources naturelles sont la propriété de la collectivité nationale ? Est-ce que je suis en contradiction avec la Constitution ? Quand je l'ai fait dans le domaine minier, avec la loi minière, pourquoi ils n'ont pas soulevé ce problème ?

Q.O.: Mais est-ce que vous comprenez ces inquiétudes...?
C. K.: Qu'est-ce que vous voulez que je comprenne ? Ce n'est pas une question de compréhension. C'est une question d'opposition. Ils s'opposent mais pas sur des bases logiques et rationnelles. Comment voulez-vous que je discute avec eux ? Ils ne m'ont pas fait de propositions écrites. Moi, je voulais leurs déclarations. Il disent que c'est un domaine stratégique. Nous avons dans la loi des mines existantes, que l'uranium est un minerai stratégique. Qui acheté l'uranium? Qu'est-ce qu'on va faire avec de l'uranium ? La seule ressource stratégique, ce sont les ressources humaines. Il n'y en a pas d'autres. Le Japon n'a pas de ressources naturelles. Sonatrach qui a ouvert son bureau à Londres qui est le bureau le plus intéressant, elle y a mis des ressources humaines et non naturelles. L'Inde qui exporte des logiciels à 5 milliards de dollars n'a pas de ressources naturelles mais humaines. Ils disent que c'est une menace de déstabilisation, c'est la fierté nationale, le démembrement, la suppression d'emploi, l'atteinte aux intérêts des travailleurs, l'atteinte à la stabilité du pays... Que pouvez-vous répondre à des accusations pareilles? Il n'y a aucun démembrement. Qui parle de démembrer Sonatrach ? Je reprends mes droits et je ne touche pas à Sonatrach et à l'emploi. Au contraire. Lorsque vous ramenez des compagnies à investir et au lieu d'avoir deux compagnies par an, j'en ai dix. Cela veut dire que je multiplie le nombre d'investisseurs par cinq. Quand je fais l'appel d'offres du projet de 2000 mégawatts, pour la première fois, on exporte de l'électricité. Je crée de l'emploi qui n'existait pas auparavant. Quand je fais un appel d'offre sur la raffinerie d'Adrar, pour la raffinerie de condensat d'Alger, de l'unité de dessalement d'Arzew, Quand je crée une centrale de 800 mégawatts à Skikda, quand je fais le partenariat à l'ENOR. Ce sont des exemples existants.

Q.O.: Mais vous citez là des projets d'emploi à long terme, alors que ce sont les inquiétudes des travailleurs qui sont actuellement dans le secteur...
C. K.: Mais je réponds à leurs inquiétudes. Leurs inquiétudes ce sont les suppressions d'emplois. Moi, je dis que c'est le contraire. Non seulement je ne touche pas à Sonatrach mais je crée de nouveaux emplois. Alors quelles sont ces inquiétudes ?

Q.O.: Déjà, il y a un autre type d'inquiétudes portant sur l'échéancier. Est-ce que vous vous êtes fixé une date butoir pour le passage de la loi devant l'APN ?
C. K.: La loi sur les hydrocarbures est une loi qui ne touche pas à Sonatrach...

Q.O.: Oui, il y a apparemment confusion avec l'ouverture du capital de Sonatrach ?
C. K.: L'ouverture du capital est très simple. Je peux la faire n'importe quand. Il suffit que le président de la République signe un décret présidentiel qui dit j'ouvre le capital de Sonatrach et je l'ouvre pour 10% aux travailleurs. Cela je ne le fais pas. Où est l'inquiétude ? Je peux le faire à n'importe quel moment. Là, ils peuvent être inquiets. La question est que je veux ramener les investisseurs qui sont inquiets parce que l'environnement n'est pas transparent. Parce qu'il y a un conflit d'intérêts entre le rôle de Sonatrach comme représentant de l'Etat et son rôle d'agent commercial. Il n'y a pas de procédures transparentes, compétitives, ouvertes. C'est ce qui est ressorti lors de la conférence des investisseurs internationaux.
Le Quotidien d'Oran: Mais concernant l'échéancier...
Chakib Khellil: C'est le plus rapidement possible. C'est demain l'APN. On a fait la présentation à tous les citoyens. On a fait un effort surhumain. Que dites-vous de la loi sur les télécommunications ? Pourquoi il n'y a pas eu d'opposition à cette loi ? Je vous pose la question et à travers vous à la presse. La loi sur les télécommunications pose les mêmes problèmes que la loi sur les hydrocarbures. Elle fait revenir à l'Etat son rôle de régulateur et de contrôleur. Elle met en place une entité de régulation. Elle vend des GSM. C'est la même chose. Quelle est la différence entre ces deux lois ? Aucune. Pourtant la loi sur les télécommunications est passée au Parlement comme une lettre à la poste. Du point de vue approche ou organisation des secteurs, il n'y a aucune différence entre la loi sur les télécoms, les mines ou les hydrocarbures. On procède de la même manière, à savoir la séparation du rôle de l'Etat en tant que responsable de la politique et qui contrôle l'application des réglementations et laisser les entreprises qui jouent leur rôle commercial.

Q.O.: Cela nous amène à Sonatrach. Quand comptez-vous donner son autonomie à cette entreprise pour qu'elle soit concurrentielle par rapport aux autres compagnies pétrolières dans le monde, car il y a confusion, actuellement, sur son rôle exact ?
C. K.: Exactement. Il y a une confusion pour elle-même. Imaginez-vous le patron de Sonatrach. Lorsqu'il discute avec les compagnies étrangères, le fait-il en tant que représentant de l'Etat ou en tant que partenaire ? Vous êtes normalement occupé à créer de la richesse, vous n'avez pas à réfléchir s'il faut protéger la redevance, contrôler les coûts.

Q.O.: Vous pensez donc que son autonomie passera par la façon de gérer ce problème ?
C. K.: C'est ça. Sonatrach a déjà beaucoup d'avantages sur les autres. D'abord, elle connaît beaucoup mieux le pays que quiconque. Ensuite, elle a déjà un certain nombre de permis qui lui donnent une longueur d'avance sur n'importe qui. Donc, si vous vous inquiétez sur la compétitivité de Sonatrach, il n'y a qu'à parler aux cadres. Ils vous diront: " Il n'y a aucun problème ". Si vous parlez aux travailleurs, qui n'ont pas d'expertise, ils sont évidemment inquiets. Mais si vous parlez aux cadres, aux techniciens, aux experts, aux jeunes cadres... ils sont heureux. Maintenant, on peut faire ce qu'on veut. On va atteindre finalement l'objectif de créer de la richesse, de nous améliorer, de nous former, de faire la concurrence aux autres. Pour la première fois, Sonatrach va avoir des contrats sur chaque gisement. Vous savez qu'elle n'a pas de contrats. C'est moi qui lui donne des permis et je continue à lui donner des permis. En plus de cela, je lui donne des contrats. C'est-à-dire que je lui donne les possibilités que les compagnies privées ont et qu'elle n'a pas. Quand Sonatrach va se faire financer des choses à l'extérieur, elle utilise son bilan. Elle fait des bénéfices, donc, nous la finançons, c'est toute la compagnie qui est garantie. Avec le nouveau texte, il y aura une garantie sur projet comme le font les autres sociétés, comme Anadarko qui a fait l'exploration et trouvé le gros gisement de Hassi Berkine. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont pris leur contrat, fait des études et sont partis voir une banque qui les a financés sur la base du projet lui-même et non sur la base de leur bilan. C'est ce qu'on appelle financement de projet. Pour la première fois, Sonatrach aura cette flexibilité de faire financer ses projets de manière spécifique. Donc, si le projet ne marche pas, ce n'est pas son bilan qui en pâtit. Cela va être bon pour l'Etat car Sonatrach va payer une redevance comme les autres, payer des impôts comme les autres. Elle va maximiser ses bénéfices et en lui laissant ce choix, cela implique qu'elle va maximiser les impôts. C'est une incitation à Sonatrach de maîtriser ses coûts. Vous imaginez-vous que l'Etat ne sait pas quels sont les coûts. Ni de Sonatrach ni des compagnies. C'est pour cela que l'Etat reprend son rôle. Car quelle est la rente qui revient à l'Etat ? 22 milliards que vous avez évoqués. Quelle est la part de Sonatrach et de l'Etat ? Vous pourriez me le dire, vous ? Moi, je peux pas le dire. Vous, vous pouvez pas me le dire car vous avez des raisons de ne pas pouvoir le dire, mais, moi, en tant que ministre, je peux pas le dire. La séparation, c'est la transparence. Car il faut que je sache que sur ces 22 milliards de dollars, qui est due en partie à la flambée des prix du pétrole, quelle est la partie qui est due à l'efficacité de Sonatrach ? Sonatrach peut perdre de l'argent et on me montre des bénéfices. Supposons que cette année, le prix ait augmenté de 50%. Sa production aurait pu diminuer de 50%, on aurait eu le même revenu que l'année dernière. On aurait montré que Sonatrach a fait une bonne performance. Eh bien, moi, je veux mettre en place un système qui va inciter Sonatrach à améliorer ses coûts de telle manière que je sache quelle est la productivité de ses travailleurs. Je veux voir une augmentation de la productivité des travailleurs. Je veux voir quelle est la partie du bilan qui revient à l'effort de Sonatrach, au lieu de celle de l'Etat ou du marché.

Q.O.: Vous avez cité l'expérience de la mise en vente publique des blocs. Précédemment, on mettait deux à trois années à négocier un contrat, ne serait-ce pas une mise en application anticipée d'une clause de l'avant-projet de loi sur les hydrocarbures ? N'est-ce pas illégal ?
C. K.: Ce n'est pas illégal mais personne n'a voulu l'utiliser auparavant car c'était trop transparent, trop simple, trop clair. On veut démontrer les fruits de la nouvelle loi à travers des projets. L'action de ce ministère est basée sur une stratégie. La stratégie, c'est des lois, les séminaires, les projets et les communications. La communication est planifiée. On va discuter avec les partis politiques. Je leur expliquerai la loi. S'ils ont des arguments convaincants, qu'ils me les mettent par écrit mais si on me dit " porte atteinte à la souveraineté nationale ", que voulez-vous que je leur réponde ? Ce sont des arguments qui datent de 1970. Moi aussi j'étais là en 70. J'étais conseiller du président Boumediène. J'étais patron du département gisements de Sonatrach. J'ai fait le fameux projet Valhyd. Les gens protègent leurs rentes. Mais maintenant, il faut que les gens retroussent leurs manches et commencent à travailler. Il y a un potentiel énorme. De la place pour tout le monde et il y aura pour tout le monde, mais il faut travailler.

Q.O.: Comment se situe l'Algérie par rapport aux autres pays pétroliers puisqu'ils sont dans un contexte identique et que les Saoudiens et les Koweïtiens préparent des lois similaires sur l'investissement pétrolier ?
C. K.: C'est vrai. C'est la preuve que si on ne fait pas cela, l'Algérie perdra le petit rôle qu'elle a déjà. Parce que la Libye attire des investisseurs. C'est le cas de l'Arabie Saoudite, du Nigeria, du Soudan, du Tchad ou à la mer Caspienne. Si on n'attire par les 80 compagnies mondiales dans 5 ans, c'est ce que je veux faire, soit dix par an, on se fera dépasser. Et on est déjà sur la ligne. Et avec dix par an, je vais tellement créer du travail qu'il faudra importer des travailleurs. Dans deux ans, il faudra importer des travailleurs. Quand vous avez autant de chantiers pour 2002, tous les projets que j'ai énumérés, combien de travailleurs faudra-il, selon vous ? Au moins 10 000.

Q.O.: Si les grosses compagnies pétrolières sont favorables, les banques et les milieux financiers sont plus sceptiques...
C. K.: C'est très simple. Quand je suis arrivé, l'année dernière, il n'y avait plus de garanties de l'Etat pour Sonatrach. Toutes les banques ont rué dans les brancards car elles se sont habituées à des garanties de l'Etat pour Sonatrach. Maintenant, tout le monde accepte. L'Exim Bank, la Coface, Ducroire, les Japonais, tout le monde accepte.
Q.O.: Mais les banques disent que ça traîne pour l'adoption de la loi...
C. K.: Pas dans mon secteur. Ils disent que je suis trop impulsif, que j'avance trop vite... Mais dans les autres pays, vous avez constaté combien de temps cela met pour passer une loi de cette envergure ? C'est un temps record. Il n'y a qu'à voir ce qu'on a fait sur la loi des mines. La loi sur l'électricité, elle est déjà en discussion. On va vite.

Q.O.: Concernant l'OPEP, certains pays spéculent sur une réduction de 1,5 à 2 millions de barils/jour pour le second trimestre 2001 afin d'éviter un effondrement des prix. Quelle est la position de l'Algérie sur cette question ?
C. K.: Pour le moment, il n'y a pas de raison pour augmenter ou pour baisser car les prix sont raisonnables. Nous sommes raisonnables et il faut qu'on soit consistants avec nous-mêmes. On a dit stabilité autour de 25 dollars le baril. On est au-dessus de 25. On ne peut pas dire que ce n'est pas raisonnable. Les gens sont inquiets parce que la demande va baisser durant le troisième trimestre mais cette demande va augmenter de la même quantité lors du troisième trimestre. C'est l'OPEP qui décide, pas un ou deux pays. On va se réunir les 16 et 17 mars, on évaluera le marché, on aura une bonne discussion et on prendra une décision pour stabiliser le prix. La priorité est stabiliser les prix. On ne veut pas déstabiliser les prix. On ne veut pas d'un prix de 40 dollars ou un prix de 10 dollars comme vous vous rappelez. Ce n'est pas bon, ni pour nous, ni pour nos clients et nos partenaires. Nous, ce qu'on veut, c'est une stabilité à 25 dollars. Maintenant si certains, une fois qu'ils atteignent 30 dollars, vont diront ce n'est pas suffisant, il faut 40, ça, c'est une autre affaire.

Q.O.: Vous ne rejoignez pas ce genre de discours ?
C. K.: Non, il faut donner le bon signal aux partenaires qu'on ne change pas les règles qu'on se donne. Car si vous donnez le signal, comme quoi vous n'êtes pas stable. Ils ne vous prennent plus au sérieux. Il faut qu'on donne le signal. Nous sommes prêts à satisfaire la demande pour un prix stable et la réussite des pays dans leurs politiques, c'est le signal stable.
Quand je vous dis, je signe ce contrat, même si je trouve que certaines clauses ne marchent pas, j'obéis car j'ai signé. C'est très important. La crédibilité est très importante. Pourquoi on croit maintenant en l'OPEP ? Car on a dit qu'on allait faire des choses, on les a faites. Et on n'a pas dit qu'on allait faire des choses qu'on n'a pas faites. maintenant que l'OPEP dit: "On va réduire". Les gens savent qu'on va réduire. La crédibilité est éminemment importante. Donc, on va décider le 16, on tiendra compte des prévisions mais surtout de la croissance économique aux Etats-Unis. On ne sait pas ce qui va se passer. Si on décide de réduire, que pensez-vous que les Etats-Unis vont faire ? Ils vont dire que c'est l'OPEP qui en est la cause.
Il faut donc bien réfléchir et ne pas faire comme les politiciens qui ne tiennent pas compte de tout l'environnement. On a une position et il faut négocier cette position avec les uns et les autres.

Q.O.: Dernière question. Concernant le projet Aïn Salah-Gaz qui attend l'autorisation du ministère de l'Energie et qui est entré dans sa deuxième phase, est-il vrai que c'est un problème de prix et que la compagnie BP-Amoco voulait vendre du gaz algérien moins cher ?
C. K.: Non, ce n'était pas un problème de prix mais de réglementation. Ils devaient obéir à une certaine réglementation, et ils l'ont fait. C'est réglé.

 

 

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