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Verdict du procès du général en retraite contre Souaïdia Le tribunal de Paris déboute Khaled Nezzar Selon les délibérations, "il n'appartient pas au tribunal de se prononcer sur la véracité des thèses soumises à son appréciation, que seule l'Histoire pourra déterminer" Par Merzak Meneceur, La Tribune, Samedi 28 septembre 2002 En rendant
hier après-midi son jugement concernant l'affaire Nezzar-Souaïdia
mis en délibéré le 5 juillet dernier, la 17ème
chambre correctionnelle du tribunal de Paris a débouté le
général en retraite de ses poursuites en diffamation contre
l'auteur de la Sale Guerre pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur une
chaîne de la télévision publique française
(la 5ème). Souaïdia accusait les généraux de
l'ANP d'avoir "tué des milliers de gens" et disait qu'il
"ne pardonnerait jamais au général Nezzar", assimilé
au général Massu et au général Aussaresses.
Dans son document de quatorze pages, le tribunal a abouti à cette
sentence parce qu'il juge que "les éléments constitutifs
du délit de diffamation ne sont pas réunis". Pourtant,
quelques paragraphes auparavant, il reconnaît que Nezzar a été
atteint dans son honneur mais atténuant le fait en soulignant :
"Le tribunal relève que si M. Nezzar a pu, à juste
titre, s'estimer atteint dans son honneur, en ce qu'il a été
visé de façon personnelle, et pratiquement exclusive, dans
les propos tenus par M. Souaïdia, alors qu'à l'évidence
les responsabilités dénoncées doivent être
partagées, le plaignant -qui a lui-même pu faire connaître
ses propres idées dans un ouvrage publié postérieurement
à celui du prévenu- doit pareillement admettre que le caractère
particulièrement dramatique de la situation algérienne ainsi
que les fonctions éminentes occupées par lui lors d'événements
cruciaux autorisent des sujets comme M. Souaïdia, ayant été
personnellement impliqué dans ce conflit, à faire part de
leur expérience, fût-ce d'une façon virulente, quand
bien même les idées ainsi émises ne correspondraient
pas à sa propre interprétation des événements.""En
tout état de cause, poursuit le délibéré,
il n'appartient pas au tribunal de se prononcer sur la véracité
des thèses soumises à son appréciation, que seule
l'Histoire pourra déterminer, ainsi que l'a d'ailleurs déclaré
M. Nezzar lui-même." Pour le tribunal, "ces considérations"
conduisent à estimer que "les déclarations de M. Souaïdia,
dans les circonstances qui viennent d'être définies, et en
dépit de leur gravité concernant la personne de M. Nezzar,
n'ont pas excédé les limites de la tolérance qui
doit être autorisée en la matière et ressortissent
au cas présent du droit à la liberté d'expression".
Par conséquent, le tribunal a décidé d'"accorder
au prévenu Souaïdia le bénéfice de la bonne
foi".En outre, le tribunal fait observer qu'en tout état de
cause, il constate "l'extinction de l'action publique par voie d'amnistie",
en application de certaines dispositions contenues dans la loi d'amnistie
adoptée par le Parlement français le 6 août dernier.
Cette loi, traditionnellement votée après chaque élection
d'un président de la République, inscrit dans son champ
d'application les délits sur la liberté de la presse, y
compris le délit de diffamation publique envers un particulier.
A l'issue de la lecture du délibéré et de la levée
de l'audience, Maître Bernard Gorny, l'un des avocats de Nezzar
a déclaré que "si quelqu'un a perdu le procès,
c'est nous". Mais il a tenu à retenir une satisfaction et
à relever une contradiction dans le jugement. Ainsi, il a estimé
que le fait de reconnaître que Nezzar a été atteint
dans son honneur "est quelque chose de fondamental". Il s'est
ensuite demandé comment le tribunal peut affirmer qu'il y a gravité
dans les déclarations de Souaïdia pour dire ensuite que celles-ci
n'ont pas excédé les limites de la tolérance. Pour
ces raisons, la partie civile, selon M. Gorny, n'exclut pas de faire appel
au délibéré du 27 septembre. Il a assuré qu'après
consultation avec Nezzar, absent à la séance, la décision
de faire ou non appel sera connue la semaine prochaine.De son côté,
Souaïdia, présent à la séance, n'affichait aucun
triomphalisme. "Comme l'a dit Nezzar et d'autres, l'histoire jugera",
a-t-il déclaré avant d'ajouter, en réponse à
une question d'un journaliste, qu'il ne pouvait se rendre en Algérie,
étant condamné à 20 ans de prison, mais qu'il ferait
le voyage "si, a-t-il dit, on décide de me rejuger".
En revanche, l'un de ses avocats, Me Antoine Compte, jubilait de fait
en déclarant que le tribunal a pris "une décision qui
est un terrible encouragement et un espoir pour la société
algérienne démocratique".
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